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Enfin te voilà (Britney Spears) n’est ni un biopic, ni une comédie musicale, ni un concert de la chanteuse américaine. Dans cette pièce écrite par Marie-Hélène Larose-Truchon et mise en scène par Sébastien David, on plonge plutôt dans les rouages de la société patriarcale et capitaliste par le biais d’une figure que l’on ne connaît que trop bien. En douze tableaux, Britney devient mère monoparentale, infirmière, Cendrillon et même Vierge Marie, tout en symbolisant la femme qui remodèle son image, loin du système qui impose ses normes de genre.
La pièce, qui ouvrira la saison 2026-2027 d’Espace GO, prendra l’affiche du 22 septembre au 18 octobre. La production réunira sur scène Lula Brouillette-Lucien, Stéphanie Cardi, Marie-France Lambert, Dominique Quesnel, Guillaume Tremblay ainsi que Sophie Cadieux, dans le rôle de Britney Spears.
« Au départ, ce que je voulais, c'est que le monde soit tellement en crisse pendant la pièce, contre le personnage du patriarcat », confie sans filtre Marie-Hélène Larose-Truchon. Dans son écœurantite, elle explique aussi avoir trouvé de l’amour et de l’admiration envers la force des femmes dans la vie de tous les jours.
Mais pourquoi donc Britney Spears ? « On parle de Britney Spears, mais il y en a plein d'autres », avoue-t-elle.
Marie-Hélène Larose-Truchon s’est inspirée du jour où Britney Spears s’était rasé la tête devant les paparazzis, mais aussi, plus largement, de la figure inspirante qu’elle représente pour beaucoup de personnes.
« Elle n'était qu'une image, puis là, elle nous a montré qu'il y avait d'autres dimensions à son image en se rasant les cheveux. »
L’événement est devenu pour l’auteure un prétexte pour réfléchir à son propre rôle de femme, à ce que la société attend d’elle sur les plans intime, familial et amoureux. Elle s’est aussi interrogée sur la manière de se défaire de ces attentes, dans un combat qu’elle décrit comme perpétuel face au patriarcat et au capitalisme.
« C'est une femme qui cherche à se libérer. C'est aussi une mère à qui on a enlevé ses enfants, puis [à qui] on reproche d'être devenue folle. C'est une situation qui, dans notre société, dans plusieurs pays, [existe], où les femmes se font enlever leurs enfants, où elles ne sont pas supportées avec leurs enfants dans des situations difficiles. »
Britney Spears est le point d’ancrage de cette pièce en douze tableaux. Elle y est propulsée comme symbole féminin, prenant tantôt les traits de la Vierge Marie fuyant les rois mages, d’une Cendrillon désenchantée, d’une agente correctionnelle, d’une mère monoparentale harcelée par les médias et même de Marilyn Monroe.
« Marie-Hélène m'avait dit qu'elle avait fait de Britney Spears un véhicule pour penser le monde », affirme le metteur en scène Sébastien David, qui rapproche la structure de la pièce avec la théorie du multivers.
La métamorphose est d’ailleurs l’une des thématiques en filigrane d'Enfin te voilà (Britney Spears), construisant petit à petit un portrait contemporain de la femme à divers endroits de la hiérarchie sociale du patriarcat, comme l’explique Sébastien. « Elle devient aussi une femme dans un pays chaud, sur une plage, qui vend des objets. »
« Des fois, on en vient même à se demander : est-ce que je suis en train de regarder Britney se cacher dans quelqu'un d'autre ou bien est-elle devenue ce quelqu'un d'autre? » avoue-t-il, en expliquant jouer sur cette frontière dans la mise en scène.
Les douze tableaux apportent aussi de la complexité à Enfin te voilà (Britney Spears). Chaque personnage incarné implique des variations de tonalité, de forme et d’ambiance, ce qui demande un travail précis pour chacune d’entre elles. À l’image d’un concert pop où les chansons et transitions font constamment évoluer l’atmosphère, il faut réussir à créer cette diversité de tons tout en conservant une certaine cohérence dans l’enchaînement. D'ailleurs, l'élément pop n'est jamais bien loin, puisque parmi les interprètes de la pièce figure un chœur de danseuses, constitué de Meihan Carrier-Brisson, Jade Leblanc, Michelle Carolina Lucero Moris, Jane Millette et Marianne Murphy.
C’est une pièce qui n’aurait jamais pu cesser de s’écrire, selon Marie-Hélène, tant les possibilités étaient grandes. Le point commun entre chaque tableau, c’est qu’ils représentent tous des mythes touchant à la femme, à la culture populaire et, par extension, à Britney elle-même. « La jeune Britney Spears [...] il fallait qu'elle ait l'air sexuelle tout en étant vierge », ajoute-t-elle en faisant référence au personnage de la Vierge Marie.
« Le culte, c'est parce que pour moi, le patriarcat, c'est un culte. On est tous là pour courir après le capitalisme, c'est un culte. [...] Il faut qu'on soit mince, belle, et [qu’on aime], pour vivre, pour survivre », explique l’auteure, pour qui il était important d’avoir un culte dans l'œuvre.
Sébastien pense, de son côté, que la grande force de l’écriture de Marie-Hélène c’est qu’elle n’est jamais dans la frontalité et qu’elle explore les circonstances avec sensibilité.
« La chose qui me touche le plus dans la façon dont on travaille en ce moment, c'est l'esprit de sororité qui se construit dans le texte. On assiste à des femmes qui s'unissent contre le patriarcat. C’est pas fait avec un poing levé, c'est fait avec une vraie charge, avec un cœur, avec de la chair et avec amour. »
Pour plus d'informations sur Enfin te voilà (Britney Spears), rendez-vous sur le site internet d'Espace GO.
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