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En 1999, Serge Boucher marquait les esprits avec sa pièce 24 poses (portraits) au Centre du Théâtre d’aujourd’hui. Près de 27 ans plus tard, le 3 septembre 2026, la famille Dubé, sous la mise en scène d’Édith Patenaude, a fait un grand retour au Théâtre Duceppe pour inaugurer la saison 2026-2027. Entre les retrouvailles, les secrets et les tensions : tous se réunissent pour célébrer l’anniversaire de Richard, l’aîné. 24 poses (portraits) raconte l'histoire d’une famille ordinaire, dans les bons moments comme dans les mauvais.
Ce retour sur scène de cette œuvre phare de la dramaturgie québécoise contemporaine a notamment été rendu possible grâce à Guylaine Tremblay, qui incarnait à l’époque Carole, la fille, et qui revient ici sous les traits de Claire, la mère de famille.

En 1999, la pièce avait séduit par sa capacité à immerger le public dans une histoire familiale universelle, permettant à chacun de s’identifier. Force est de constater que la version 2026 n’a pas perdu une once de sa pertinence.
Richard fête ses 40 ans, c’est l’occasion pour la famille Dubé de se réunir dans la cour de son bungalow. Tout le monde est là : Claire et Denis, les parents ; Carole et François, la sœur et le frère ; André et Nicole, les beaux-enfants ; et, ce cher Mononcle Roger.
La famille Dubé, comme tant d’autres, évolue dans un tourbillon perpétuel de non-dits, de sous-entendus et de potins. Chaque membre cherche à impressionner, à démontrer sa résilience et à vanter ses dernières découvertes. C’est un enchevêtrement incessant de plaisanteries, de chamailleries, de contradictions, de qui fera rire le plus fort et de qui réussira le mieux à charrier l’autre.

De la nouvelle tondeuse flambant neuve au décès d’une connaissance, de la promotion de la margarine au IGA aux souvenirs d’enfance, les conversations drôles et légères s’enchaînent comme un collage. On passe d’un sujet à l’autre sans jamais vraiment s’arrêter, comme dans ces réunions familiales où l’on parle de tout pour surtout éviter de parler de ce qui compte vraiment.
Ce collage fait progressivement émerger des thèmes plus profonds, sans toutefois qu’ils éclatent au grand jour. En surface, les personnages frôlent ces sujets redoutables, qui révèlent nos sentiments, nous confrontent, avant que le silence ne s’installe et qu’une autre histoire croustillante ou scandaleuse ne vienne couper court à l’occasion.
24 poses (portraits) est un éternel recommencement, une spirale dans les rouages d’une famille où chaque membre s’efforce de préserver son rôle et, surtout, l’image qu’il projette aux autres.

C’est aussi là que l’œuvre présente quelques faiblesses. 24 poses (portraits) suit la famille au long de cette journée d’anniversaire marquée par plusieurs ellipses grâce à des transitions au piano. Au fil de cette journée, la routine de la famille est mise à nu, tandis que la structure demeure constante, comme une boucle sans fin. Le temps s’étire peut-être parce que l’on souhaite voir moins l’aspect comique et plus l’aspect dramatique, qui survient de manière éparse. La fin, elle aussi, semble être parcimonieuse. Touchante, elle est toutefois assez rapide, si bien que l’on ne s’y accroche peut-être pas autant émotionnellement qu’on le souhaiterait.
24 poses (portraits) trouve particulièrement écho dans le décor. C’est lorsque les intrigues les plus profondes émergent que toute l’ingéniosité se révèle. Au début, on ne remarque que le jardin, où se déroule une grande partie de l’action. Pourtant, derrière un mur noir se cachent plusieurs pièces d’une maison qui nous invitent à de petites incursions. Ces petites pièces cubiques permettent au spectateur de plonger derrière l’ombre de chacun des personnages. À l’intérieur, ils prennent une dimension plus humaine, plus sensible, qui nous accroche à leur réalité et à la nôtre.

Au sein des sous-entendus, des révélations et des moments plus drôles, l’amour se faufile subtilement. Il s’agit d’un amour peut-être exprimé différemment, mais qui émerge ici et là à travers les mots, les gestes et les intentions. La famille Dubé aurait pu porter maints autres noms et prendre maintes autres configurations, tant on y trouve de points communs avec la réalité. L’histoire se déroule dans les années 1990, mais les tracas de la vie et les blessures internes demeurent d’actualité
24 poses (portraits) de Serge Boucher est une invitation à regarder les choses en face et à ne pas avoir peur de ces « tabous » qui suscitent un sentiment de malaise. Parce qu’au fond, derrière les blagues, les chamailleries bienveillantes et les apparences que l’on s’efforce de préserver, chaque personne reste humaine et vulnérable.
La pièce sera présentée jusqu'au 4 octobre 2026.
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