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La série de textes Poésie du quotidien présente des sujets prosaïques avec une teinte poétique.
On vient de trouver Armand, mort dans le fond d’un conteneur de récupération où j’habite. Livré à lui-même, Armand est un itinérant souffrant de schizophrénie à qui j’allais porter, de temps en temps, mes restes de table, dans le parc en face de chez moi.
Vif d’esprit, avec une éloquence à en faire rougir plusieurs, nous faisions à l’occasion la conversation. D'ailleurs, sa mère, décédée il y a plus de 20 ans, n’a jamais cessé de lui parler. Armand me disait que ce n’était pas facile d’aimer une morte, car on ne choisit pas quel souvenir va surgir.
C’est Noël bientôt, qu’il me disait, et il y a sûrement une boîte quelque part qui contient un cadeau que ma mère a déposé pour moi. J’essaie d’imaginer chaque jour ce que c’est. Je ne crains pas les boites vides à Noël, car je peux m’inventer un nouveau cadeau chaque jour, en attendant de trouver celui que ma mère m’a laissé cette année. Tout le reste de ma vie me fait peur, comme l’infini. Armand m’a fait penser qu’infini c’est un mot qui est lourd de sens, comme: "Dieu est infiniment bon".
Je ne l’ai jamais touché, ni invité à monter chez moi, parce qu’il était sale, qu’il ne sentait pas bon et que j’avais peur des punaises. Là, j’imagine, s’arrêtait ma générosité, même si j’aurais donné beaucoup pour avoir la force de le serrer dans mes bras.
Hier, le concierge m’a demandé ce qu’il pouvait bien chercher dans le fond d’un conteneur. Je ne sais pas, que je lui ai répondu, en ne pouvant m’empêcher de penser au cadeau de Noël de sa mère.
Jamais vu plus grande souffrance; même au bulletin de nouvelles.
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