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Encore une journée anormalement chaude à Chicoutimi ce vendredi 3 juillet, peut-être pour donner raison à Vincent Roberge dit Les Louanges et à sa chanson La journée va être chaude qu’il allait interpréter en soirée. Une journée chargée politiquement avec des artistes engagés qui donnent le goût à une révolution chantée à l’unisson.
Tout d’abord il y a Le Belladone, avec son esthétique précise, qui happe les algorithmes avec ses 30 000 abonnés. Cette diva en construction s’entoure d’une aura mystique avec ses costumes et maquillages fantomatiques rappelant vaguement la Madonna de Like a Virgin par ses emprunts à la lingerie fine et à l’iconographie catholique, mais une version volontairement grotesque. Sa musique est elle aussi imprégnée de l’éthos goth, avec son champ lexical explicite sur la violence sexuelle et l’objectification des femmes et sa voix passée à travers différents filtres déformants oscillant entre jouissance, détresse et rage. C’est tout de même résolument contemporain, avec des passages rappés, des beats EDM et des références à la culture féministe internet.

Le Belladone ne s’essaye pas à être consensuelle et va peut-être vous choquer avec son féminisme assumé. Après tout, le refrain de son plus grand hit va comme suit : « Moi et les filles, on se fait violer à tous les jours / Par les amis, la famille et par la Cour / Tous les hommes détestent les femmes »

Et mine de rien, dans la foule rassemblée (qui compte pas mal d’hommes, disons-le) les gens chantent à pleins poumons ce refrain paru il n’y a que 3 mois. C’est très excitant de voir la vitesse à laquelle ce projet musical radicalement féministe gagne de la vitesse et j’y vois un réel potentiel de percer à l’international. Ça ne m'étonnerait pas qu’elle tombe dans l'œil d’un festival berlinois d’ici un an.

Ceux qui se seront découvert un intérêt pour le reggaeton en écoutant Bad Bunny au Super Bowl seront heureux de découvrir Jashim. Québécois.e non binaire d’origine colombiennes, ses rythmes dansants ont le petit côté moqueur d’une jeunesse qui fait un pied de nez au statu quo.

La joie de Jashim de partager son art avec nous est tangible et contagieuse. La prestation qui aurait très bien pu tomber à plat dû à la chaleur, la pluie, la barrière du langage, conquiert le public par sa désarmante joie de vivre et celui-ci se laisse entraîner à danser sur ses boucles punchées. C’est un style musical qu’on ne pense pas trouver dans un festival comme la Noce, mais notons que le reggaeton gagne énormément en popularité dans les dernières années et il ne manquait peut-être que le charisme de Jashim pour briser ces conventions.

Les revendications politiques de Jashim attirent également cris de joie et applaudissements. Entre deux « Viva la libertad, viva le Québec libre » on a même droit à un « Viva la Palestine libre » qui entraîne une vague d’enthousiasme. Le clou du spectacle survient lorsque Jashim peint les mots suivants en lettres écarlates sur une toile blanche dressée au tout début du spectacle : A system that has been written by men can be unwritten. Comme on dit : le party est pogné.

Nous avons fini la journée avec un de mes chouchous des dernières années, Les Louanges. Avec Alouette, il nous a pondu un autre album qui a séduit le Québec en un temps record. Les Louanges doit commencer à y être habitué puisqu’album après album, ce projet musical réussit à se renouveler et à surfer sur une vague de popularité grandissante. Toutefois, notons qu’Alouette est son premier projet à saveur politique. L’artiste nous ayant habitués à un univers très intérieur ouvre la porte sur des tonnes de références très ancrées dans l’actualité comme la masculinité saine, l’écoanxiété, les questions d’immigration et le néo-libéralisme, sans pour autant tomber dans quelque chose de moralisateur ou d’impersonnel.

L’artiste s’ouvre au public quant à son expérience comme proche aidant au sein de la famille de sa nouvelle copine, Lia, et de comment ce point tournant dans sa vie a nourri cet album dans sa vision d’un Québec divisé en pleine quête identitaire. Durant la majorité du répertoire performé, le public semble connaître toutes les paroles et l’artiste nous apparaît dans une grande vulnérabilité. Les musiciens du band sont également très généreux, notamment Félix Petit, dont les solos de saxophone sont d’une puissance volcanique.

Quand survient Ne me quitte pas de yeux, sa ballade romantique dévouée, le public, qui jusque-là accompagnait toutes les chansons, semble se taire à chaque couplet pour boire ses paroles avant d’embarquer en chœur dans les refrains. L’artiste à genoux “renouvelle ses vœux” envers Chicoutimi et promet de revenir à la Noce. L’amour profond de l’artiste et de son public est tel qu’on croirait le show d’un artiste de vingt ans de carrière.

Chaque concert à la Noce est marqué par une grande déclaration d’amour de ses artistes. Dur de dire s’ils ne font que jouer le jeu de ce festival au concept original (on y fête littéralement des mariages), puisque chaque concert est effectivement coloré autant d’artistes généreux que d’un public généreux. J’en verse presque une larme à l’idée que ce samedi c’est déjà la dernière journée…
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