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Après 5h de route de Montréal à Chicoutimi, la magnifique ville saguenéenne nous accueille dans une canicule insensée. Dur de mettre la faute entière sur le dos du réchauffement climatique quand on nage dans la foule électrisée venue des quatre coins du Québec (et même du monde!) pour ce Woodstock québécois qui célèbre le plus beau des mariages : celui des mélomanes et de la musique d’ici.
Notre aventure débute avec la jeune Éléonore Dessureault et de ses musiciens, décorant la scène Hydro-Québec de feuillages, de fleurs et d’un curieux œil garni d’ailes de papillon. Le visage pailleté et vêtue d’une robe jaune soleil, elle ressemble à une nymphe sylvestre derrière ses claviers. Tout ça est bien cohérent avec les thèmes de son premier album, Le sentier des fougères, paru plus tôt cette année. Sa musique empreinte de poésie aux sonorités pop-prog, sa voix haute et articulée avec laquelle elle manœuvre des syllabes vocalisées rappelle sans doute la fulgurante Klô Pelgag (qui sera également à la Noce ce samedi), comparaison que je ne suis certainement pas la première à faire.

On a droit à une performance très maîtrisée, d’une belle qualité technique, qui me laisse un peu sur ma faim. L’idée de garnir les claviers de fougères est belle, mais concrètement, son visage en est souvent invisibilisé vu du parterre. Elle profite de la température tropicale pour performer une chanson inédite portant sur les chaleurs de l’été et sort finalement de derrière ses claviers pour danser, les voiles au vent, « en mode Marie-Mai ».

Comme elle s’adresse très peu au public, on en ressort avec une belle expérience musicale, mais qui est somme toute un peu impersonnelle. Elle a tout de même piqué ma curiosité, je vais continuer de la suivre et espérer découvrir un peu plus de cette mystérieuse fée-poète la prochaine fois.

La foule s’entasse plus haut sur la côte, devant la scène Sirius XM, pour le show d’Angine de Poitrine. On n'a pas de photos d’eux à La Noce, mais je me doute que vous les avez déjà vus. D’autres vous en parleront, je préfère attirer votre attention sur une rock star qui mériterait plus d’attention: Laura Niquay.

La rockeuse atikamekw s’empare de la scène Hydro-Québec avec son band 100% féminin, mais surtout, avec son charisme fulgurant. Son interprétation est si sentie que même sans comprendre l’atikamekw, on comprend très bien le sens de ses chansons aux thèmes à la fois culturellement connotés, mais aussi très personnels. Elle souligne la présence de chacun de ses proches dans l’assistance et explique leur rôle dans ses chansons à différentes reprises. Armée d’un tambour traditionnel, elle explique que le chant est une manière de connecter avec les esprits des ancêtres, ce qui teinte la performance d’une gravité tangible. Tout ça pourrait être très solennel, mais ce n’est pas le cas. C’est très sincère, rassembleur, ça fait taper du pied et ça donne envie d’aller apprendre l'atikamekw.

Sa voix rauque porte toute la profondeur émotionnelle d’une blueswoman d’expérience et la chimie qu’elle partage avec ses musiciennes est palpable. Ça me fait tellement bien de voir un groupe de femmes qui rock autant, mais c’est encore plus spécial d’entendre du rock dans une langue autochtone. Niquay a pris la peine de traduire les titres de toutes ses chansons, et elle nous invite même à chanter avec elle « Nikinako ketcikinako » (enlever ses chaussures, enlever ses chaussures) lors de Moteskano, une chanson sur le chemin parcouru par ses ancêtres en raquettes et en mocassins. C’était bien la première fois que je chantais en atikamekw!

On se retrouve demain pour un résumé du jour 2 de mon aventure chicoutimienne au festival de la Noce !
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