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Quoi de mieux, lors d’une belle journée d’été en Gaspésie, que d’aller au théâtre en bonne compagnie pour se faire surprendre ? C’est exactement ce que nous avons vécu au Studio du Quai des arts de Carleton-sur-Mer.
En visite au Nouveau-Brunswick chez mon cousin Luc et sa conjointe Maryse, nous avons traversé du côté du Québec pour assister à la toute nouvelle création de David Paquet, mise en scène par Philippe Cyr : Le Palais des Glaces. Un spectacle coloré, déjanté et profondément percutant.
Développée lors d’une résidence d’écriture à Carleton-sur-Mer, cette pièce originale nous embarque sans détour dans une fable contemporaine aussi drôle que féroce. Le point de départ a tout d’un conte absurde : Virginie se déterre d’entre les morts avec une envie toute simple, celle de savourer un cornet à la vanille. Seul problème, l’inflation a frappé fort et la friandise coûte désormais 275 $ !

En quête de sous, Virginie croise le chemin d’Émilie, mère de famille épuisée par la précarité, et de son fils Léonard, un bambin d’un an et demi déjà assoiffé de pouvoir, installé dans une grande poussette, avec un biberon de tequila à la main.
Au sommet de ce château de cartes, règne Paul, qui bâtit son empire commercial un cornet à la fois.
Derrière ce scénario invraisemblable, David Paquet tend un miroir grinçant à notre époque. Écart entre les riches et les pauvres, crise du logement, pouvoir des monopoles et dérives du capitalisme : les sujets abordés sont denses, mais traités avec une ironie mordante.
Sur scène, l’esthétique frappe immédiatement. D’ailleurs, ce visuel a particulièrement marqué Maryse :
« Que dire du décor vraiment fantaisiste de la boutique de crème glacée représenté par un immense sundae enveloppé de voiles colorées nous transposant vraiment dans un monde imaginaire. Très beau ! »
Crédit photo : Luc Gagnon
Ce décor, conçu par Patrice Charbonneau-Brunelle, rappelle un album illustré pour enfants : coloré, flamboyant et caricaturé. Tout est gros : des maquillages jusqu’aux costumes de Guylaine Carrier ! La musique de Vincent Legault et les éclairages de Cédric Delorme-Bouchard complètent cette atmosphère à la fois féerique et sous tension.
Du côté des comédiens, l’énergie, le dynamisme et même la chimie entre eux sont palpables. Dominique Quesnel (Virginie) livre une performance remarquable. Son intensité dramatique et sa présence scénique captivent du début à la fin. Ève Pressault (Émilie) est à la hauteur des exigences de la pièce, apportant une juste nuance d’épuisement et de résilience face au jeu intense de ses partenaires. Maxime Genois (Léonard) et Hubert Lemire (Paul) incarnent leurs personnages avec une énergie et un sens du grotesque absolument réjouissants.
De la troisième rangée, l’impact est direct, comme un feu d’artifice reçu en pleine face ! La pièce nous tient en haleine sans aucun temps mort. On rit beaucoup des répliques acérées, mais l’humour devient vite jaune quand on prend la mesure du discours social. Et quand on repense à la pièce, le lendemain, on se rend compte qu'elle suscite des réflexions…
Le spectacle ne ménage toutefois pas son public : une scène de violence physique, illustration crue de la brutalité du système, surprend et choque sur le moment, pouvant provoquer un bref décrochage pour certains spectateurs. Mais n’ayez crainte : on se raccroche rapidement au récit. Mon cousin Luc résumait d’ailleurs parfaitement notre soirée :
« Une pièce intéressante, captivante et surprenante à plusieurs égards ! Les excellents comédiens nous tiennent en haleine du début à la fin ; aucun temps mort. Plusieurs répliques nous font rire, parfois un peu jaune. Quelques propos et gestes violents peuvent choquer, mais on s’attache et on adhère assez vite au récit. En gros, j’ai adoré ma soirée. »
Crédit photo : Luc Gagnon
À la sortie du théâtre, une spectatrice confiait à une amie qu’elle allait « l’obliger à venir voir cette pièce : c’est trop bon ! » On ne peut qu’être d’accord : c’est un spectacle marquant dont les échos résonnent encore en nous bien après le salut final.
À noter: la production préfère avertir que la pièce s’adresse à un public de 14 ans et plus.
Le Palais des glaces, coproduit par le Théâtre À tour de rôle, le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et le Théâtre du Double Signe, dure 1 h 20 sans entracte. La pièce est affichée à Carleton-sur-Mer jusqu’au 14 août. Elle prendra aussi l’affiche cet automne au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal; puis à Sherbrooke, où elle sera présentée par le Théâtre du Double Signe en avril 2027.
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