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Le vendredi 11 septembre, le Théâtre Outremont accueillait la rencontre de la joueuse de cornemuse écossaise Brìghde Chaimbeul et du saxophoniste américain établi à Montréal Colin Stetson, réunis sur scène à l’occasion du lancement de leur album All the light in the world, paru le jour même. En première partie, les harpistes Sarah Pagé et Coralie Gauthier ouvraient la soirée.
Sarah Pagé et Coralie Gauthier proposaient une expérience qui dépassait le cadre traditionnel de la harpe. En ouverture, des bobines de cassette à bande, entrelacées dans les cordes, venaient transformer les instruments et produisaient des textures sonores étranges. Puis, des notes à l’unisson se mêlaient à des effets électroniques, tandis qu’une imposante réverbération enveloppait l’ensemble.
La musique semblait chercher son origine quelque part entre le réel et l’imaginaire. De cette masse de drones émergeaient parfois quelques notes, douces et cristallines, faisant de la harpe moins un instrument mélodique qu'une source de matière sonore.
La rencontre entre Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson prenait une autre dimension. Il s’agissait de leur première réunion sur scène après plusieurs années de collaboration à distance, d’un océan à l’autre. Cette fois, les deux musiciens partageaient le même espace physique, et cette proximité se faisait entendre.
Les pièces se construisaient autour de drones générés par le souffle des deux interprètes. Chez Chaimbeul comme chez Stetson, les respirations, les attaques, les mouvements et les manipulations des instruments étaient pleinement audibles. On entendait la mécanique de la performance autant que la musique elle-même.
Certaines pièces évoquaient les bandes originales composées par Stetson, avec leurs pulsations graves, leurs motifs répétitifs et cette tension presque militaire. La cornemuse de Chaimbeul apportait alors quelque chose de plus ancien, de plus organique, qui contrastait avec les textures plus sombres et mécaniques du saxophone.
Et puis il y avait Stetson. Ses envolées au saxophone prenaient parfois des proportions presque animales. Il rugissait dans son instrument comme un éléphant monstrueux. Le corps entier semblait engagé dans chaque phrase, chaque respiration devenant une composante de la musique.
Chaque fois que j’assiste à une performance de Stetson, j’en arrive aux larmes. Il y a dans son jeu quelque chose qui dépasse la démonstration technique. La virtuosité est bien présente, mais elle devient un moyen d’aller chercher quelque chose de plus profond, de physique et d’émotionnel.
La pièce Snowfall m’a cloué à mon siège. Elle possédait une beauté désarmante. À travers le souffle, les drones et les textures instrumentales grandioses, la musique laissait apparaître une fragilité et une lumière particulières.
C’était peut-être là que la rencontre entre Chaimbeul et Stetson trouvait sa plus grande force : faire cohabiter le monumental et l’intime. Leurs instruments pouvaient devenir imposants, presque écrasants, mais ils restaient constamment liés au souffle humain qui les faisait vibrer.
La soirée commençait avec deux harpes fantômes et se terminait dans un dialogue de souffles et de vibrations. Pagé, Gauthier, Chaimbeul et Stetson construisaient des univers sonores dans lesquels il fallait accepter de se perdre.
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