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Samedi après-midi, la Maison symphonique a accueilli le concert Grieg, Soleil Nordique, qui a réuni sur scène l’Orchestre Métropolitain, la cheffe Lina González-Granados et la pianiste Michelle Cann. Pendant près de deux heures, le public a été emporté dans un voyage musical avec les œuvres de Dora Pejačević, Carl Nielsen et, bien sûr, Edvard Grieg, dont les mélodies immersives ont su transporter la salle dès les premières notes.
Il s’agissait de la troisième représentation du concert, présenté plus tôt dans la semaine à l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Verdun et au Théâtre Mirella et Lino Saputo de Saint-Léonard. Avec Grieg, Soleil Nordique, Lina González-Granados retrouvait l’Orchestre Métropolitain pour une seconde collaboration, après un premier passage remarqué en 2022.
Juste avant le début du concert, Fabienne Voisin, présidente-directrice générale de l’Orchestre Métropolitain, s’est adressée au public afin de dédier la représentation à la violoncelliste et compositrice canado-crie Cris Derksen, décédée le 16 mai 2026. Lina González-Granados a ensuite pris la parole, promettant que tout se terminerait à temps pour le match du Canadien prévu en soirée. Elle a finalement résumé le programme comme une célébration de l’identité, de la culture et de l’esprit humain.

C’est avec les premières notes de l’Ouverture en ré mineur de Dora Pejačević que le voyage musical a débuté. Dans l’atmosphère feutrée de la Maison symphonique, la pièce, à la fois majestueuse, lyrique et aérienne, a enveloppé la salle avec délicatesse.
Le style de Pejačević, qui oscille entre romantisme tardif, wagnérisme, impressionnisme et expressionnisme, éveille les émotions avec subtilité. Bien que la fin puisse laisser un goût inachevé, la composition alterne habilement des passages en dentelle et des envolées plus passionnées, offrant une introduction sensible et immersive.
L’Orchestre Métropolitain s’est ensuite attaqué au cœur du programme avec deux œuvres du répertoire d’Edvard Grieg, donnant lieu au moment fort du concert. Peer Gynt, suite n° 1, à l’origine musique de scène composée pour la pièce du même nom du dramaturge norvégien Henrik Ibsen, a été la première à résonner dans l’enceinte de la Maison symphonique. C’est assurément dans ces moments-là que l’acoustique de la salle se révèle et qu’elle magnifie chaque note de musique.
Le premier mouvement, Au matin, demeure sans doute l’un des plus célèbres de Grieg, notamment grâce à sa présence dans la culture populaire. Ici, flûtes et hautbois dessinent un décor à ciel ouvert, baigné de calme et de lumière, avant que les cordes ne prennent le relais. Une tournure plus dramatique survient ensuite avec La mort d’Åse, qui convoque des émotions plus profondes et intérieures. Ce deuxième mouvement, qui dépeint le décès de la mère du héros, s’éteint comme une âme quittant un corps.
Danse d’Anitra, qui m’a personnellement moins touchée sur le plan émotionnel, redonne un souffle plus guilleret et mouvant. Peer Gynt, suite n° 1 culmine finalement avec « Dans l’antre du roi de la montagne », qui reprend le thème initial avec davantage de lourdeur et de tension. Sous la direction de Lina González-Granados, l’OM y insuffle rapidité et intensité. Le public se retrouve alors face à quelque chose de grandiose, et fort, tandis que les archets des musiciens vont bon train.
Après une courte pause consacrée à l’installation du piano au centre de la scène, Michelle Cann est entrée afin d’interpréter, aux côtés de l’orchestre, le Concerto pour piano en la mineur de Grieg. L’œuvre est structurée en trois mouvements : Allegro molto moderato, Adagio et Allegro moderato molto e marcato.
La dextérité et la présence scénique de Michelle Cann méritent d’être soulignées. Lauréate du Grammy Award du meilleur album solo vocal classique en 2023 pour Beyond The Years — Unpublished Songs of Florence Price, la pianiste a joué avec panache et précision, rendant le concert hypnotique.

Si le Concerto pour piano en la mineur possède des thèmes moins mémorables que Peer Gynt, suite n° 1, l’œuvre séduit néanmoins par son énergie et les émotions qu’elle transmet.
Adagio, qui s'impose avec sérénité, calme et volupté, laisse piano et orchestre dialoguer avec sensibilité. Michelle Cann y démontre une expressivité saisissante, effleurant les touches avec finesse avant de déployer toute sa virtuosité dans le dernier mouvement, Allegro moderato molto e marcato. L’intensité y grandit progressivement jusqu’à une véritable tempête musicale qui se termine avec éclat.
Après une accolade entre la cheffe et la pianiste, qui s’est soldée par une ovation du public, Michelle Cann a proposé un puissant solo supplémentaire, laissant ensuite l’OM et sa cheffe reprendre la suite du programme après un entracte.
Le concert s’est finalement achevé avec la Symphonie n° 2 « Les Quatre Tempéraments » de Carl Nielsen, inspirée d’un tableau représentant les quatre tempéraments, aperçu par le compositeur sur l’île de Seeland. Du colérique au flegmatique, en passant par le mélancolique et le sanguin, l’Orchestre Métropolitain place les émotions au premier plan.
Les comparaisons et les allégories s’imposent naturellement au fil des mouvements, notamment dans le second, Allegro comodo e flemmatico, qui évoque une longue promenade sur un fleuve tranquille, bercée par des courants tantôt fluides, tantôt plus vifs.
Cette ultime composition de cet après-midi riche en paysages sonores et en émotions, a permis à Lina González-Granados de conclure avec brio sa seconde collaboration avec l’Orchestre Métropolitain, comme en ont attesté les acclamations du public.
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