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Après Howie le Rookie et Tête Première, le Théâtre de la Manufacture replonge dans l’univers détonant du dramaturge irlandais Mark O’Rowe.
Dans les bas-fonds de Dublin, trois voix se croisent, se cherchent et se percutent, entre la vie et la mort. Une femme bénévole dans un centre d’appels pour personnes en détresse tente désespérément de faire le bien pour s’amender de ses erreurs. Un grand timide en proie à des pulsions meurtrières et accro aux pastilles au miel se retrouve en cavale après avoir vendu son âme au diable. Une jeune femme solitaire s’éprend d’une créature anthropomorphe qui la soustrait à la mort…

Sur scène, Martine Francke, Alice Pascual et Mani Soleymanlou enchainent leurs monologues haletants avec une rage brillante et communicative. On rit grave et gras de l’absurdité du mal, de l’incongruité d’un crime ou d’une idylle au stade larvaire. Surgissant par moments de leurs logorrhées, de courtes séquences filmées envahissent l’arrière de la scène.

On passe sans souffler du réalisme cru au fantastique décapant en un coup de lame, de pied de chaise ou de pied de biche. On s’engouffre dans un train, dans un bouge, dans une femme, on lui tranche la gorge, on fend la ville à bord d’une voiture lancée à toute berzingue, on tombe d’une grue pour se laisser emporter par une bourrasque au-dessus de la ville, explorer les entrailles de la terre, les recoins crasses où se tassent, se tordent, s’expulsent les plus bas instincts de l’homme.

En superposant les séquences filmées aux vociférations graphiques des trois personnages, la mise en scène de Michel Monty joue sur l’esthétique de la noirceur, sublimant la densité tragique et comique de cette formidable descente aux enfers.
Mise en scène : Michel Monty
Traduction : Olivier Choinière
Avec : Martine Francke, Alice Pascual et Mani Soleymanlou
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