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Samedi 25 juillet, à la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National, l’Institut Canadien d’Art Vocal (ICAV), l’Orchestre de la francophonie — sous la direction de Julien Proulx — et une distribution à saveur internationale présentaient l’opéra Les contes d’Hoffmann, de Jacques Offenbach, dans une mise en scène de Nathalie Deschamps. Il y a eu récidive le lendemain avec une deuxième et dernière représentation.
L’œuvre — créée à l’Opéra-Comique de Paris en 1881 — se décline en un prologue, trois actes et un épilogue. Résumée à l’extrême, l’histoire raconte les trois amours malheureuses du poète Hoffmann avec l’automate Olympia, la chanteuse maladive Antonia et la séductrice Giulietta.
L’ICAV, dont Marc-Antoine d’Aragon — baryton mondialement renommé — est le directeur général et Nathalie Deschamps est la coordonnatrice artistique et la metteuse en scène, a été fondé en 2001 et se veut être « une école d’été lyrique de classe internationale, ouverte au public. » Chaque été, on y accueille et forme des chanteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre et pianistes accompagnateurs.
L’Orchestre de la francophonie, lui aussi fondé en 2001, est « une académie orchestrale établie à Montréal qui rassemble chaque été une cinquantaine de jeunes musicien·nes venu·es des quatre coins du monde. » Ils y sont guidés et formés durant six semaines par des « mentors chevronnés ».
Je m’en voudrais de ne pas identifier chacun des treize membres de cette formidable distribution débordante de talents et de somptueuses voix. En voici la répartition par ordre alphabétique des rôles :
Antonia, par la soprano québécoise Rose Lebeau Sabourin ;
Cochenille et la mère, par la mezzo-soprano britannique Mia Rolland-Bezem ;
Cresper et Luther, par le baryton québécois Élie Lefebvre-Pellegrino ;
Giulietta, par la soprano canadienne Sydney Baedke ;
Hermann et Schlemil, par le baryton français Halidou Nombre ;
Hoffmann, Nathanael et Sparanzani, par le ténor québécois Danny Leclerc ;
La mère, par la mezzo-soprano québécoise Rébecca Veilleux ;
La muse, par la soprano québécoise Nicole Ross ;
Nathanael, par le ténor brésilien Leonardo Feitosa ;
Nicklausse, par la mezzo-soprano australienne Cassandra Doyle ;
Olympia, par la soprano canado-américaine Hannah Friesen ;
Quatre vilains (dont Coppélius et Lindorf), par le baryton néerlandais Wessel Wirken ;
Spalanzani, par le baryton français Théo Raffin.
La distribution comprenait également un chœur réunissant dix-huit chanteurs et chanteuses préparés par Bruno Dufresne.
Pour cette version concert abrégée, l’inventive et astucieuse mise en scène nous a rapidement fait oublier l’absence de tout décor et l’usage minimaliste de rares accessoires.
Sur un écran géant situé à l’arrière-scène nous avons ponctuellement pu apercevoir des animations contextuelles volontairement(?) pâlottes, en noir et blanc et légèrement hors focus, à ce qu'il m'a semblé.
Au chapitre des costumes, aucune uniformité, nul décorum n’a été discernable, tant chez les musiciens que chez les solistes et les choristes. L’intentionnel hétéroclisme était de rigueur.
L’apparent laisser-aller vestimentaire s’expliquait toutefois par la vision de Nathalie Deschamps. En lisant le Mot de la metteuse en scène, dans le programme, on apprenait qu’elle a « imaginé un groupe de jeunes artistes de la rue qui investissent le Monument-National pour raconter un monde qui abandonne peu à peu ses rêveurs. » Dans son désir d’actualiser l’œuvre, elle a même fait du lieu de l’action une « piquerie », en plus d’une taverne. Effectivement, dans un tel lieu et au sein d’une foule de jeunes bigarrée, le style vestimentaire ne s’illustre habituellement pas par son conformisme et son homogénéité.
Je décerne volontiers ma première étoile de la soirée à Nathalie Deschamps. Elle a fait un excellent travail de mise en scène, des plus dynamiques et divertissants, dans un espace somme toute restreint — l’orchestre occupant au moins 75% de l’espace scénique — qui l’a incitée à faire usage d’une partie du parterre — au pied de la scène — des allées et même d’un des sièges pour faire évoluer ses protagonistes. L’action se déroulait donc parfois directement dans la salle. D’ailleurs, par intermittence, le baryton néerlandais Wessel Wirken occupait un siège près du mien d’où il a, à quelques reprises, brièvement chanté pour les besoins de son rôle.
En version intégrale cet opéra dure minimalement 2 h 30 (excluant tout entracte). La version abrégée et adaptée proposée par l’ICAV a donc été amputée d’au moins 30 minutes en ne conservant que les solos, duos, trios et ensembles les plus captivants et en éliminant les récitatifs : il en a résulté un concentré hautement lyrique et divertissant, brillamment mis en scène, qui nous en a mis plein la vue et les oreilles.
J’ai beaucoup apprécié les riches et solides voix des barytons Wessel Wirken (dans ses rôles quelque peu diaboliques) et Halidou Nombre. Puisqu'Halidou est d’une stature imposante, sa voix ne nous surprend guère. Mais la voix ronde, forte et grave de l'élégant et élancé Wessel est une surprise et un délice pour les oreilles à chaque fois qu’elle retentit.
Le ténor Danny Leclerc a incarné un très crédible Hoffmann de sa voix puissante, articulée, fort bien contrôlée et au timbre un tantinet métallique, à mes oreilles, quand il évoluait dans les aiguës. J’ai adoré chacune de ses prestations. Jusqu’à ce jour je ne connaissais pas ce ténor que j’aurai désormais vif intérêt à suivre et intense plaisir à réentendre.
Dans son rôle de l’automate Olympia, Hannah Friesen a livré rien de moins qu’une magistrale et mémorable performance. Elle possède une superbe voix pour laquelle la pyrotechnie vocale, les trilles, et les aigus semblent tellement faciles. Et que dire de son exemplaire théâtralité qui nous a valu un des moments les plus forts de la soirée, sinon LE plus fort lorsqu’elle a interprété la célébrissime aria « Les oiseaux dans la charmille. »
En fait, je lève bien haut mon chapeau à l’ensemble de cette éblouissante distribution, dont je ne trouve rien à redire, qui joue et chante avec une redoutable efficacité et que je ne peux qu’encenser parce qu'elle nous a offert un véritable régal musical et lyrique. Je suis impatient d'assister à une prochaine production de l'ICAV.
N’hésitez pas à consulter les sites internet de l’ICAV et de l’Orchestre de la francophonie pour en apprendre davantage sur chacun, consulter sa programmation et vous gâter en vous procurant des billets pour un prochain spectacle.
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