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Du 3 au 7 juin 2026, la performance YOU CANNOT CAN présentée dans le cadre du Festival TransAmérique (FTA) prend d'assaut la piscine au sous-sol du Centre sportif de l’UQAM. Bousculant d’emblée nos repères de spectateurs et spectatrices, l'œuvre prend vie dans un lieu déjà empreint d’une certaine théâtralité. Dana Michel y installe son univers dans un 60 minutes qui évolue lentement.
Guidé par l’odeur familière du chlore, le public se dirige vers ce grand bassin d’eau. Certains spectateurs et certaines spectatrices y trempent leurs pieds, brouillant d’entrée de jeu la frontière entre l’observation et l'immersion.
Crédit photo : bozzo, courtoisie du Kinosaki International Arts Center
Dana Michel est déjà là, silhouette énigmatique coiffée d’une perruque dissimulant son visage. Quasi aucun dispositif ne vient transformer le lieu : l’éclairage au néon reste inchangé, la scénographie se contente d’habiter l’espace tel qu’il est. Rien n’est ajouté ni sublimé ; en résulte une stimulation sensorielle assez limitée. Sans musique ni texte, ponctuée de quelques sons, la performance s’installe dans une temporalité étirée qui capte l’attention, dans l’attente d’une source de soulèvement.
Le corps est au centre de la proposition. Un corps habité. Un corps lousse. Un corps entier. Dana Michel en explore les possibles tensions à travers une série d’actions fragmentées : elle enlève et remet des vêtements, manipule bon nombre d’objets, rampe, se douche, s’échauffe, se déplace autour de la piscine avec une gestuelle saccadée qui évoque un certain état altéré. L’essence de la performance demeure toutefois difficile à saisir pleinement. L’accumulation d’images, d’actions et de textures sonores se cristallise difficilement en une lecture claire.
Crédit photo : bozzo, courtoisie du Kinosaki International Arts Center
Jaillissent de l’artiste des bruits entre gémissement, ronflement et souffle, qui déclenchent des rires sporadiques dans le public. Une dimension ludique en émerge, contrastant avec la charge plus opaque du début. Au fil de la performance, la transformation du corps s’opère. Les perruques tombent une à une. Les costumes évoluent vers une palette rouge, jusqu’à ce que l’artiste s’engage franchement dans l’eau, vêtue d’une veste flottante, deux jerrycans rouges en guise de bouées.
Une intention semble se dessiner : un rapport trouble à l’eau, une peur rattachée à la natation, une revendication du corps, une déconstruction des codes de la féminité, peut-être. Le moteur derrière les gestes peine à se rendre à moi. La proposition est assumée ; elle ne guide pas le public par la main, le laisse un peu à lui-même, sans clés de compréhension. Peut-être sont-ce des codes inhérents à la performance qui m’ont échappé ? La relation au lieu, pourtant riche de potentiel, reste à mes yeux relativement sous-exploitée.
Il faut néanmoins souligner l’engagement total de Dana Michel. La précision derrière le désordre apparent relève d’une exploration de longue haleine et d’un processus de recherche intime et personnel indéniable. Son corps se transforme avec une rigueur impressionnante, passant d’une présence lascive à une figure presque burlesque. Cette dégaine, cette physicalité brute, témoignent d’un travail exigeant et singulier. Il y a dans l’approche de Dana Michel quelque chose d’entier, mais cette force m’est restée relativement hermétique.
Crédit photo : bozzo, courtoisie du Kinosaki International Arts Center
Vers la fin de la performance, la posture de l’artiste a glissé vers une bonhomie excentrique, arpentant le pourtour de la piscine avec ses instruments dissimulés sous une chemise à carreaux. De ce dénouement se sont suivis de chaleureux applaudissements qui me laissent croire que quelque chose m'a peut-être échappé. Il y a définitivement un public pour ce genre de proposition artistique. Je ne suis pas certaine d’en faire partie, mais je salue le travail de l’artiste qui livre un solo d’une heure dans lequel elle se confronte à une peur réelle.
YOU CANNOT CAN m’apparaît comme une performance singulière, qui mise sur l’ambiguïté et la transformation du corps dans une relation tendue à l’eau. L’œuvre me semble demander au spectateur de faire une grande part du travail d’interprétation. C’est une pièce qui intrigue davantage qu’elle ne bouleverse, mais dont l’originalité, l'authenticité et l’audace restent bien réelles.
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