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Malgré une fin de semaine marquée par une météo capricieuse, la deuxième journée d’Osheaga du 1er août s’est déroulée sous un soleil bienvenu, offrant un décor idéal à une programmation particulièrement solide.
Pour une première expérience à Osheaga, et même dans un festival de cette ampleur, difficile de ne pas être impressionnée. Dès l’arrivée sur le site du parc Jean-Drapeau, l’immensité de l’événement est à la fois intimidante et exaltante. Après plusieurs minutes à zigzaguer entre les milliers de festivaliers aux tenues estivales soigneusement choisies, mon errance déambulatoire m’a amené à une petite bute de gazon, ou j’ai pris refuge pour observer le festival.
Pour une personne plutôt introvertie comme moi, aux premiers abords, la foule peut sembler écrasante. Il n’aura toutefois fallu que quelques minutes pour me laisser porter par une énergie collective où la musique devient prétexte à célébrer ensemble. Durant un court temps de transition avant l’arrivée de Mt. Joy, j’ai pris plaisir à me laisser habiter par le sentiment unique qu’amène ce genre d’événement d’aussi grande envergure : il y a quelque chose d’indescriptible à être dehors, sous le chaud soleil de Montréal, entourée de groupe de gens à l’humeur festive réunis par une envie de célébrer en étant bercé par la musique.
Mettant fin à mon ethnographie méditative, mon premier arrêt de la journée s’est fait devant le groupe indie rock américain Mt. Joy. Sans livrer la prestation la plus spectaculaire du festival, le quintette a proposé un concert chaleureux et rassembleur, porté par des mélodies lumineuses et une présence de scène sincère. Avant des têtes d'affiche aux performances plus exubérantes, la simplicité de Mt. Joy fut plaisante; une belle porte d’entrée à une soirée remplie d’énergie.

C’est surtout par son discours que le groupe est parvenu à rejoindre le public. En présentant leur chanson New President comme une pièce anti-Trump, les musiciens ont reçu une approbation enthousiaste de la foule. Leurs chansons, par moment politiques ou porteuses de messages sociaux, restent toujours en symbiose avec le nom du groupe : elles sont toujours teintées d’un certain optimisme, une certaine joie qui transparaît malgré les sujets parfois plus graves.

L’un des moments les plus marquants est venu de leur reprise de Yoshimi Battles the Pink Robots, Pt. 1. Derrière le groupe défilaient sur l’écran géant des messages tels que « Support Human Artists » et « Art Is Human », un rappel particulièrement pertinent à une époque où les débats autour de l’intelligence artificielle occupent une place grandissante dans les industries culturelles. Sans chercher à révolutionner la formule, Mt. Joy a offert un moment à la fois simple et profondément humain.
L’ambiance a rapidement changé avec l’arrivée de sombr. Dès les premières minutes, on sentait que le public était prêt à accueillir l’une des sensations montantes de la pop alternative. Les spectateurs, jusque-là confortablement assis sur la colline où j’étais moi-même posée, se sont levés presque d’un seul mouvement.

L’entrée du chanteur a donné immédiatement le ton : projeté sur les écrans géants, l’artiste arrivait à bord d’une décapotable, cocktail orangé à la main, en complet à la chemise déboutonnée et à la cravate desserrée, affichant cette attitude nonchalante de vedette un peu ivre qui vient tout juste de débarquer. Cette attitude et style vestimentaire ont donné d’entrée de jeu le ton du personnage, faisant de cette première image visuelle un aspect en parfait accord avec son storytelling de jeune chanteur au cœur fraîchement brisé.
Sur scène, sombr déborde d’énergie. Ses déplacements constants, ses petits mouvements de danse et surtout ses coups de pied synchronisés avec les accents de la musique donnent une physicalité particulière à une interprétation très habitée.

Ne connaissant pas l’entièreté de la discographie de sombr, son passage à Osheaga m’a converti. Étant une grande appréciatrice de la pop plus bubbly et feel-good à la Zara Larsson (tête d’affiche de la dernière journée d’Osheaga 2026), j’ai tout même un faible pour la pop plus ténébreuse et sombre, et sombr entre parfaitement dans cette catégorie. En plus d’avoir des morceaux thématiquement liés, j’ai aimé voir un artiste dont le personnage scénique est autant finement construit : tant ses textes, sa gestuelle que sa mise en scène contribuent à accentuer cette esthétique de l’artiste désabusé qui erre dans les décombres d’une rupture douloureuse qui le hante jusqu’à la scène. Agenouillé sur scène, rampant par moments avec bouteille à la main, sa performance physique donne corps à la vulnérabilité et au désespoir qui traversent ses chansons.
Le chanteur a également pris le temps de créer un moment privilégié avec Montréal en inscrivant « sombr <3 Montréal » à la peinture sur une immense toile noire, avant de parcourir la scène et la foule, son œuvre brandie derrière lui tel un drapeau.

Si la grande majorité de ses chansons ont reçu un accueil chaleureux, c’est évidemment back to friends, qui cumule plus de 2 milliards d’écoute Spotify, qui a provoqué la plus forte réaction. Le parc Jean-Drapeau s’est alors transformé en immense chœur où des milliers de personnes ont repris les paroles à l’unisson.
La soirée culminait avec la tête d’affiche, Tate McRae. Déjà incontournable sur la scène pop internationale grâce à des succès comme Greedy, Sports Car, You Broke Me First, She’s All I Wanna Be et Just Keep Watching, la chanteuse canadienne a largement démontré pourquoi elle figure aujourd’hui parmi les plus grandes vedettes de sa génération.
Avant même l’arrivée de l'artiste, tout indique que le public assistera à une production d’envergure. Il aura fallu à l’équipe technique presque l’entièreté du passage de sombr pour installer, sur la scène adjacente, les décors de Tate McRae. Colonnes blanches monumentales, plateformes aux niveaux variés liés par des escaliers, sources d'éclairages par dizaines : sans même que l’artiste ait mis le pied sur scène, il transparaît déjà qu’une performance de haut calibre se trame. Puis, Tate McRae fait son entrée, vêtue de noir, seul élément de contraste au décor blanc, alors que les seize danseurs qui l’accompagnent sont eux aussi tout en blanc.

Il va sans dire que, dès les premiers instants, Tate McRae livre une performance exceptionnelle, chorégraphiée en grande intensité. Nombreux sont les artistes pop qui dansent pour accompagner leurs chansons, mais Tate McRae est à mon sens dans une catégorie à part : la danse semble être une partie intégrante de son identité artistique et non une ponctuation à ses chansons.
Son passé de danseuse professionnelle transparaît constamment dans sa façon d’occuper l’espace. Au-delà des chorégraphies spectaculaires, ce sont les détails qui m’ont particulièrement impressionnée, grande fan de la danse que je suis : la précision des lignes, les arrêts parfaitement maîtrisés, les micro-accents, les transitions fluides, la qualité des intentions, etc. Chaque geste paraît réfléchi, chaque pose est exécutée avec une propreté remarquable.

Évidemment, les succès se sont enchaînés tout au long de la soirée et la foule n’a jamais cessé de chanter avec elle. Qu’il s’agisse de ses plus récents morceaux ou de ses premiers grands succès, l’engagement du public est demeuré constant du début à la fin. L’artiste a également rappelé à quel point il lui faisait plaisir de se produire « à la maison », un moment qui a trouvé un écho particulier auprès du public montréalais.
Plusieurs fans ont aussi cru déceler, dans les éléments visuels dominés par des teintes dorées, quelques indices laissant présager une nouvelle ère artistique, alimentant déjà les nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux sur la suite de la carrière de l’artiste.
Retrouvez notre couverture d'Osheaga en suivant ce lien.
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