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Le 3 juin 2026 a eu lieu, lors du FTA, la première représentation de The Chains d’Evan Webber, une n’œuvre pas comme les autres qui place le spectateur au cœur de la démarche. D’un test de personnalité à une relecture de la tragédie grecque Antigone de Sophocle par le public, Evan Webber bouleverse les codes en faisant émerger en chacun croyances et perceptions. Une œuvre collective façonnée en direct où chacun est acteur.
Dès l’entrée dans la salle communautaire de la Cité-des-Hospitalières, seize tables de quatre chaises sont disposées en quatre colonnes. Sur chacune, une feuille et un crayon attendent chaque participant, avec au centre un bol destiné à recueillir les noyaux des cerises mises à la disposition du public.
Au fond de la salle, une grande toile sombre est ornée d’un pied avec, devant elle, deux micros. Au sol, un ruban adhésif jaune semble scinder l’espace. Les questions fusent intérieurement tandis que les regards se croisent dans le public, qui est déjà à ce moment-là acteur de la pièce.

À chaque table, les conversations s’engagent tandis qu’un épais script — le test de personnalité — attend d’être ouvert. Evan Webber, qui le distribue lui-même, demande au public de patienter pour découvrir son contenu simultanément. Certains cèdent à la curiosité, d’autres respectent la consigne.
Webber révèle finalement la première partie de The Chains : nous avons 44 minutes pour répondre à 22 questions, chacune précédée d’un texte à longueur variable.
Autour de notre table, nous décidons de lire à tour de rôle. Les extraits racontent l’histoire de lycéens torontois ayant fondé le « Club Antigone », où l’on parle progressivement de révolte, d’engagement et d’anarchisme, entre autres. Le lien avec Antigone, figure de résistance à l’autorité, se dessine peu à peu.
Nous devons répondre individuellement, sans consulter nos voisins. Les textes et les questions ne sont pas toujours liés, mais ils invitent à établir des ponts, à interpréter et à réfléchir. Ce questionnaire sonde nos croyances, notre rapport au monde et notre capacité à nous analyser. Il rappelle que tout est affaire de perception.
Dès la première question, « Qu’est-ce qu’un fantôme ? », les crayons se mettent à gratter le papier. D’un coup d’œil, on constate que ce qui semble évident pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Certaines réponses surgissent instinctivement, d’autres demandent plus de réflexion.
The Chains est avant tout une œuvre sur le collectif. Malgré nos choix individuels, nous avançons tous vers un même point : la suite de la représentation. Chaque décision prise contribue à construire puis à déconstruire cette chaîne humaine qui ne cesse de se redéfinir.
La pièce porte également une réflexion sur le choix : celui d’entrer dans la salle, de s’asseoir à cette place plutôt qu’à une autre, de répondre B plutôt que D, de participer à l’expérience. Comme le rappelle d’ailleurs l’un des extraits du test : « Everyday is a test. »
Après 44 minutes, Webber demande de compter les réponses pour découvrir à quel profil nous appartenons : A) Antigone, B) le Chœur, C) Créon ou D) la « later-Antigone », celle qui est emmurée. Le public se divise en nouveaux groupes.
À notre table, l’un rejoint le Chœur, un autre Créon, tandis que nous sommes deux à intégrer la section de la post-Antigone. De chaque groupe émerge un représentant qui lira aux micros. S’ensuit une relecture DIY de la tragédie de Sophocle.
De notre côté, nous nous voyons attribuer de longs rouleaux de carton destinés à être utilisés comme des instruments à des moments précis de la pièce, avec à nos côtés un collaborateur de Webber pour nous guider. Le chœur, lui, se voit attribuer des masques en papier mâché. Entre chaque prise de parole, chaque représentant pose sa question la plus difficile à un autre. La perception refait surface, ce qui était difficile pour l’un était facile pour l’autre.
Il est difficile d’analyser The Chains, puisque nous sommes constamment impliqués dans son déroulement. Cependant, la pièce nous invite à écouter les autres, à les observer autant qu’à nous observer nous-mêmes. Elle rappelle la divergence de nos pensées, mais aussi de notre capacité à former une communauté.

C’est d’ailleurs sur une image de rassemblement qu’elle s’achève. Tous les groupes se rejoignent au centre de la salle. Bras dessus, bras dessous, chacun devient un maillon d’une immense chaîne humaine qui finit par former un cercle alors que Webber continue d’être le maître de cérémonie. Après un long silence et une conclusion, la chaîne se défait. Chacun retourne à sa place, échange quelques mots, range la salle, et franchit à nouveau le cadre de la porte.
À la sortie, un sentiment d’unité demeure, mais il s’accompagne également d’une multitude de questions. On repart avec une compréhension renouvelée des autres, et peut-être aussi de soi-même. The Chains est une pièce qui nous interroge et nous défie sans détour, parfois même sans que nous en prenions pleinement conscience. Son résultat est à la fois collectif et intérieur et se prolonge bien au-delà de la représentation. À tester !
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