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Le vendredi 12 juin, les Francos lançaient officiellement leur première journée. Au Théâtre Maisonneuve était présenté un invité de marque : Laurent Voulzy. Devant une salle remplie, le chanteur français a offert un concert généreux de plus de deux heures trente, mêlant nostalgie, poésie et complicité musicale. Si le début du spectacle s’est installé tranquillement, la seconde partie a fini par emporter le public dans un véritable moment de communion.
Laurent Voulzy occupe une place singulière dans la chanson francophone. Depuis les années 1970, il construit une œuvre complète où se croisent pop anglo-saxonne, mélodies françaises et arrangements sophistiqués. Des titres comme Rockollection, Le Cœur grenadine ou Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante ont marqué plusieurs générations. Sa carrière est aussi indissociable de son amitié avec Alain Souchon, avec qui il forme depuis des décennies l’un des duos d’auteurs-compositeurs les plus importants de la chanson française. Ensemble, ils ont écrit des chansons devenues des classiques, nourries d’une écriture sensible et d’une complicité rare.
Dès son arrivée sur scène, Laurent propose une atmosphère intimiste. Entouré de quatre musiciens, il apparaît simplement, guitare à la main, alternant tout au long du concert entre guitare électrique et guitare sèche. À ses côtés : un pianiste, un bassiste qui assure également les chœurs, un batteur qui se transforme aussi en violoncelliste, ainsi qu’une violoniste jouant aussi de la harpe. Cette formation réduite mais polyvalente donne au spectacle beaucoup de richesse.

Le temps a évidemment laissé sa marque sur l’artiste, mais il reste remarquablement à l’aise sur scène. Sa voix, toujours douce et feutrée, enveloppe la salle. Voulzy ne cherche pas l’effet spectaculaire, il privilégie la proximité, les silences et la précision des mélodies.
Chaque morceau est introduit par une anecdote, souvent liée à Alain Souchon et à leur manière d’écrire ensemble. Voulzy raconte ainsi que La Fille d’avril est née d’une simple cassette sur laquelle était inscrit le mot « avril ». Amélie Colbert est l’occasion d’évoquer ses racines créoles, tandis que Le Cœur grenadine lui rappelle un serveur qui lui avait apporté une grenadine et inspiré le titre de la chanson. Ces petites histoires donnent au concert une dimension très humaine, comme si le public était invité dans l’atelier de création des deux amis.
La mise en scène accompagne subtilement les thèmes des chansons. Jeux de lumière, projections et interventions de l’orchestre se répondent sans jamais écraser la musique. Les chœurs ajoutent une ampleur émotionnelle particulièrement réussie sur les refrains les plus connus. Le concert reste visuellement sobre, mais chaque tableau semble pensé pour prolonger l’univers des morceaux.

Il faut reconnaître que le spectacle prend son temps pour véritablement décoller. Les premières chansons installent une ambiance contemplative qui peut sembler un peu distante. Mais à mesure que Voulzy parle avec le public, l’émotion gagne la salle.
La deuxième partie devient alors magnifique et profondément touchante. Le public se lève presque entièrement, chante avec l’artiste et se laisse porter par les mélodies. L'un des moments les plus touchants est lorsqu’il reprend Je reviendrai à Montréal de son ami Charlebois. Son interprétation, pleine de tendresse, révèle un attachement sincère au Québec. Il parle du lien entre lui et le public québécois avec une simplicité désarmante, loin des déclarations convenues.
Le concert se termine dans une atmosphère festive et chaleureuse : drapeau du Québec à la main, Voulzy danse sur scène après plus de deux heures trente de spectacle. L’image résume bien la soirée : un moment de partage intergénérationnel où les rythmes entraînants et les paroles poétiques de Voulzy et Souchon ont réuni un public très éclectique.
Ce concert ressemblait davantage à une conversation musicale, portée par la mémoire, l’amitié et le plaisir de jouer ensemble. Laurent Voulzy n’a plus l’énergie des grandes tournées rock, mais possède quelque chose de plus rare : une capacité à créer une intimité collective. Pour ouvrir les Francos, cette soirée avait finalement tout ce qu’on pouvait espérer : de la douceur, de l’émotion et un vrai sentiment de proximité entre l’artiste et son public.
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