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Le 18 juin 2026, Pierre Lapointe a présenté le premier de deux concerts symphoniques à la Maison symphonique, un spectacle d'envergure en deux actes, présentant d’abord Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé, puis La forêt des cœurs abîmés. Ce vaste programme, porté par Pierre Lapointe et l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Thomas Leduc-Moreau, a assurément fait chavirer les cœurs des spectacteurs, qui en sont ressortis non pas abimés, mais bien réchauffés et réconfortés.
Il y a des collaborations entre un orchestre et un artiste qui suscitent la curiosité. On se demande alors comment les chansons seront adaptées en version symphonique. Mais lorsqu'on pense à Pierre Lapointe, on se dit toutefois que ça coule de source : ses chansons paraissent naturellement faites pour une telle rencontre. Le concert du 18 juin l'a d'ailleurs confirmé. Mieux encore, il a permis de donner une tout autre ampleur à ces deux albums. À cet égard, il faut saluer le travail de Antoine Gratton, qui s'est occupé des arrangements.
C'est un Pierre Lapointe vêtu d'un costume noir et blanc orné de multiples visages qui s'est avancé sur scène pour présenter ce programme. Avec seulement 1 h 30 pour interpréter les deux albums dans leur intégralité, excluant un entracte de 20 minutes, le temps n'était pas aux clowneries.
« Je ne suis pas habitué à avoir un chef d'orchestre, mais j'avoue que j'y prends goût », a-t-il lancé dans sa tirade d'introduction. C'est donc avec le plus grand sérieux que l'auteur-compositeur-interprète et l'OM se sont lancés dans l'interprétation de ce récent album, qui a célébré son premier anniversaire cette année.
Le concert s'ouvre avec Toutes tes idoles et, d'emblée, ça en jette. Sans mauvais jeu de mots, l'orchestre capte à merveille la mélancolie propre à l'univers de Pierre Lapointe et fait vibrer la corde sensible. Dans une mise en scène sobre, où la présence des musiciens suffit à occuper l'espace, Pierre Lapointe se promène à l'avant-scène, jette un regard vers les différentes sections de la salle ou contemple avec plaisir l'orchestre pendant les passages instrumentaux.
Quant à sa voix, elle se greffe tout naturellement aux cordes, aux percussions et aux cuivres, nous faisant traverser ce concert avec douceur et grandeur. L'interprétation de Dans nos veines vient chercher un petit je-ne-sais-quoi spécial. À son terme, l'artiste applaudit lui-même l'orchestre, tandis qu'une salve d'applaudissements retentit dans la salle. Madame, bonsoir (Conversation inattendue avec la mort) constitue également l'un des moments forts de la soirée, portée ici par un souffle plus doux et fataliste.
Durant cette première partie, le public est resté attentif et silencieux pendant les chansons, à l'exception de quelques refrains repris ici et là, comme des chœurs spontanés. De son côté, le naturel blagueur du chanteur a tout de même refait surface à quelques reprises, à travers certains regards, gestes ou sourires qui ont suscité de discrets éclats de rire.
« Me voilà une fois de plus sur scène... » À peine avait-il commencé Le secret qu'un fou rire l'a interrompu. « J'étais tellement fier d'avoir mon cue », s'est-il exclamé avant de demander au chef d'orchestre de recommencer la pièce. Une situation amusante qui rappelle aussi toute la concentration nécessaire lorsqu'on chante accompagné d'un orchestre symphonique.
Après l'entracte, il était temps de s'attaquer à la pièce maîtresse du concert : La forêt des cœurs abîmés, qui célèbre cette année son 20e anniversaire. Une fois de plus, le public n'a pas été déçu, tant sur le plan musical que visuel. « C'est moi le décor », a lancé Pierre Lapointe en réapparaissant sur scène dans un tout autre costume : une tenue colorée composée d'une blouse à pois multicolores, d'un pantalon rose et de chaussures bleues. Privé de ses moments d'interaction afin de respecter le minutage serré du spectacle, l'artiste a néanmoins trouvé une autre façon d'occuper l'espace et de faire rire.
Alors que Dans la forêt des mal-aimés ouvre ce deuxième acte, les spectateurs replongent immédiatement dans cette succession de chansons marquantes. Qu'en est-il de la chance ? impressionne notamment grâce à la précision remarquable des violons.
L'arrivée de Nous n'irons pas marque également le premier véritable relâchement du public, encouragé par Pierre Lapointe lui-même. Les mains tapent en rythme tandis que plusieurs spectateurs reprennent les paroles avec une joie non dissimulée.
Puis vient Au pays des fleurs de la transe, qui donne lieu à un final grandiose. Les acclamations résonnent longuement dans la salle à l'endroit du chef, de l'orchestre et de Pierre Lapointe, qui récoltent une chaleureuse ovation. Fait plutôt rare, après plusieurs remerciements, le public a même eu droit à un rappel avec Deux par deux rassemblés, déjà interprétée plus tôt dans la soirée. Cette fois, les spectateurs étaient invités à se lever, danser, chanter et célébrer dans une version orchestrale plus festive et dynamique.
Pierre Lapointe, l'Orchestre Métropolitain et Thomas Leduc-Moreau ont respecté le temps imparti et ont également relevé avec brio le défi que représentait ce programme. Ce spectacle symphonique s'est révélé à la fois grandiose et maîtrisé, offrant au public l'occasion de redécouvrir La forêt des cœurs abîmés sous un nouveau jour.
Les musiciens et musiciennes et Pierre Lapointe ont pu quitter la salle le coeur léger avant la deuxième représentation prévue le 19 juin. L'artiste récidivera d'abord à Québec, lors du FEQ, en compagnie de l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ), avant de retrouver l’Orchestre Métropolitain le 28 août 2026, à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay.
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