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Que nous avions hâte de le voir arriver, ce mythique Tiken Jah Fakoly! À l’aube de la cinquantaine, grand et imposant comme un sage du reggae, un « dakoro » comme on dit au pays, avec son boubou et son grand bâton de rastaman, il nous a d’abord servi sa voix, qu’on a entendue des coulisses. Puis il s’est avancé sur les planches, extrêmement calme, avec une présence imposante et touchante, et nous a surpris parfois de quelques pas de course pour traverser la scène.
Après une première partie disons fébrile de Clay and Friends, un collectif montréalais qui se commet dans le reggae, le hip-hop et d’autres styles variés, et qui en étaient à leur première scène au MTelus, il était l’heure de recevoir la généreuse prestation de Tiken Jah, artiste ivoirien plus grand que nature, qui nous a fait chanter et danser presque sans interruption.
Une flotte de caméramans et de photographes se bousculaient dans le corridor qui bordait la scène. Ils n’avaient sans doute que quelques minutes pour chasser des images de l’artiste, au plus près possible.
Tiken Jah étaient de passage aux Francos avec son groupe pour présenter son dernier album, Le monde est chaud, avant de reprendre le chemin de l’Europe. Ils étaient 11 musiciens, dont deux choristes, un batteur à la rythmique impeccable, avec une présence intense au tom basse et à la grosse caisse, et un musicien traditionnel, qui semblait jouer d’un n’goni double, un type de luth malien recouvert de peau, dont les cordes pincées font un son très clair.
Sous des jeux d’éclairages trop denses et une stroboscopie étourdissante voire dérangeante, Tiken Jah Fakoly s'est approprié la scène et le public, pour lancer, répéter son message : redonnez à l’Afrique une liberté politique et économique! De chansons en chansons, ce sera cette volonté de dire l’Afrique et de la voir s’épanouir qui s’échappera de toutes les gorges, à commencer par « Africa ».
Livrer un message
Dans la salle, la foule était variée, en âge, en style, en origines, et le plus petit fan était devant nous : il n’avait peut-être pas six ans. Ses semelles de soulier brillaient, et comme toute l’assistance, il chanta par cœur « Plus rien ne m’étonne ».
C’était presque un moment de transe, cette foule qui chantait chacune de ces paroles pleines et lourdes de sens. Et je me suis demandé, dans l’effervescence du spectacle, devant ce Tiken Jah avare de paroles et d’animation, totalement imprégné de sa musique, si tout ce public qui chantait comprenait et croyait au message? Si nous tous, nous étions capables, non pas de seulement chanter, mais de participer à faire la différence.
Et alors que mon esprit passait sans cesse du doux délire du spectacle du MTelus à des coups de réalités portés par des chansons comme « Viens voir », est arrivé ce si beau texte de « Ouvrez les frontières ». Et là, en regardant tout autour de moi les spectateurs du MTelus, j’ai été convaincue que oui, les gens croyaient et pensaient à ce qu’ils chantaient.
Pour mon premier spectacle de Tiken Jah, mes attentes étaient élevées, et du point de vue performance, j’ai été un peu déçue. Si le dynamisme était constant, et que la foule était vendue à l’artiste, j’en suis pourtant partie avec une légère impression de mécanique, un peu trop bien huilée, qui ne m’a pas permis de connecter avec l’artiste.
Par contre, c’est certainement le spectacle qui m’aura fait le plus réfléchir. Et clairement, c’est la force de Tiken Jah Fakoly, c’est ce qui a mené toute sa carrière. Être convaincu qu’il peut faire une différence et que « Quand l’Afrique va se réveiller », « ça va faire mal mal mal mal… quand mon peuple va se réveiller, ils ne pourront plus l’exploiter. »
Pour suivre les dates de spectacles de Tiken Jah Fakoly, rendez-vous sur son très beau site internet.
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