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C’est la semaine prochaine que l’écrivaine saguenéenne d’origine innue, Marie-André Gill, lancera son troisième ouvrage aux éditions La Peuplade. Chauffer le dehors embrasse les dommages collatéraux d’un amour manqué et se veut un témoignage intime de l’auteure. Celle-ci tente d’y recoller les fragments d’une nostalgie, qui dégouline à l’image des glaces du fjord sous le soleil.
Dans ce livre de poésie au langage vernaculaire ancré dans le vaste territoire du Bas-Saguenay, il est question du refus du deuil. Celui d’une réalité qui pourrait encore être, mais qui n’est plus et ne sera plus. Et de l’écriture aussi, toujours, qui tente de répondre à ce désir d’opposition, à coups de mots, comme autant d’armes pour s’accrocher à ce qui a été.
« Je me demande où habiter, à quelle place poser ma tendresse à broil sinon dans la procuration que permet l’écriture, en recréant l’expérience, en la fleurissant comme on organise sa mémoire pour la faire taire et vibrer en même temps. Où habiter sinon dans le rappel des moments fous et la possibilité qu’ils se reproduisent? »
Dans Chauffer le dehors, le chemin vers la résilience emprunte beaucoup de trails dans le bois, au détour desquels on découvre que c’est dans les espaces où le temps s’arrête qu’il fait aussi son œuvre. C’est donc en ces lieux que s’est posée l’auteure pour l’écriture de son troisième ouvrage, en plein cœur de la forêt, là où le dehors peut doucement tiédir un dedans qui surchauffe. Là où les promenades dans les sentiers s’avouent presque heureuses, à force de neige brillante et de beautés simples.
C’est d’ailleurs dans cette même simplicité que se dévoile la beauté de la plume de Marie-André Gill. Par l’humilité de ses mots et de leur propos notamment, qui parviennent à illustrer avec justesse une existence faite de moments ordinaires, magnifiés par le passage du temps. « Quand on s’embrasse, c’est comme dans les films: on s’envole tout doucement, on monte et on reste pris au plafond de l’aréna avec les drapeaux des équipes gagnantes des années passées. » Des images qui apparaissent aussi absurdes que grandioses, et qui ne peuvent faire autrement qu’arracher un sourire en coin.
C’est une douce odyssée, rythmée par les embrayages de ski-doos et les visites au dépanneur, que nous présente donc la jeune auteure dans cet ouvrage au sous-texte rempli d’espoir.
Un nouveau recueil qui, on peut le parier, contribuera sans plus tarder à ce statut d’icône de la poésie autochtone québécoise contemporaine que Marie-André Gill a acquis avec ses deux premiers livres, Béante (2012) et Frayer (2015). À ce propos, son œuvre, déjà, prend de l’ampleur, en ce que ces deux précédents ouvrages ont bénéficié d’une traduction en anglais et que certains de leurs extraits figurent dans plusieurs anthologies de littérature autochtone.
Chauffer le dehors sera disponible dès le 26 février prochain chez tous les bons libraires. À lire à l’abri de la ville, la porte grande ouverte.
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