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Ils sont jeunes, ils sont beaux et ils s’aiment. Ces amoureux ont beau vivre à notre époque, on les empêche de s’aimer puisqu’ils font partie d’une des dernières tribus d’Océanie où les mariages sont arrangés. Dans ce récit qui a de fortes ressemblances avec la célèbre pièce de Shakespeare, la caméra de Martin Butler et Bentley Dean filme magnifiquement cette histoire d’amour. D’ailleurs, Tanna a été sélectionné à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, un peu plus tôt cette année, une première pour une production australienne.
Sur l’île de Tanna, située au Vanuatu, vit une tribu isolée du reste du monde. Cette petite communauté vit selon ses coutumes ancestrales. Chacun a sa place bien définie au sein de la tribu : il y a les hommes, il y a les femmes, un chaman (Albi Nagia) et un chef (Charlie Kahla). Ces derniers ont une autorité incontestable sur leurs pairs. Wawa (Marie Wawa), petite-fille du chaman, et Dain (Mungau Dain), petit-fils du chef, sont amoureux. Ils gardent leurs sentiments à l’abri du regard des autres bien que Selin (Marceline Rofit), la petite sœur de Wawa, soit au courant de leur secret. Lorsque celle-ci s’aventure sur le territoire ennemi, le chaman se doit de la punir en lui enseignant le respect. Pour se faire, il l’emmène au sommet du volcan Yasur, la déesse de la tribu. Durant cette expédition, le chaman est attaqué par les membres de la tribu ennemie qui cherchent à se venger. Cette violente attaque, qui n’est pas la première dont est victime la petite communauté, pousse le chef à proposer un armistice à ses opposants. Pour avoir la paix, le chef offre à la tribu voisine de faire un échange de jeunes femmes. Wawa est choisie pour être offerte aux ennemis. Les deux jeunes amoureux sont déchirés. Ils ne peuvent se résigner à se séparer et, pourtant, le sort de tous les membres de leur tribu en dépend.
Le duo de réalisateurs Martin Butler et Bentley Dean se sont inspirés d’une histoire vraie pour réaliser Tanna. Ils ont vécu pendant sept mois avec la tribu Yakel sur l’île de Tanna. C’est là qu’un des membres du village leur a chanté une chanson qui raconte l’histoire de deux amants au destin tragique ayant vécu une vingtaine d’années auparavant. Les deux hommes ont su que cette histoire était destinée à devenir un film. Avec l’aide de la tribu Yakel, les réalisateurs australiens ont tourné sur l’île où se sont déroulés les événements. Les membres du clan ont joué leur propre rôle. Sans répéter, le tournage s’est fait en improvisant en langue Nvhal. Dean s’est occupé de la photographie et Butler a supervisé les prises de son. Une fois la postproduction terminée, les réalisateurs sont revenus sur l’île de Tanna pour montrer en premier le résultat à la tribu Yakel qui venait d’échapper à un violent cyclone.
Le résultat est somptueux. D’abord, grâce aux images de Bentley Dean qui magnifient l’île de Tanna. Les verts luxuriants de la forêt saturent l’écran alors que la lave orangée du Yasur bouillonnant au ralenti contraste avec la nuit indigo. Les prises de vue, qui comprennent les acteurs filmés à contre-jour sur le volcan, sont majestueuses. Ces images confèrent un caractère poétique au récit. Puis, les acteurs, tous non professionnels, impressionnent par le naturel qu’ils dégagent. Ils donnent l’impression d’assister au déroulement de leur quotidien comme si la caméra était absente.
Entre histoire d’amour et poésie filmée, Tanna est un délice visuel et une douceur narrative qui porte à l’écran une histoire vieille comme le monde, mais une culture rarement vue au cinéma. Une plongée cinématographique parmi le peuple Yakel à ne pas manquer.
Tanna est à l'affiche le 2 juin au Québec.
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