Inscrivez-vous
Des offres exclusives et événements gratuits
Les publicités soutiennent notre média culturel indépendant. Elles nous aident à :
En désactivant votre bloqueur pour atuvu.ca, vous contribuez à la vitalité de notre média et de notre communauté.
Merci pour votre soutien !
1. Repérez l'icône de votre bloqueur de publicité en haut à droite de votre navigateur.





2. Cliquez sur l'icône, puis désactivez le blocage pour le site atuvu.ca.
3. Actualisez la page.
Ouvrez le menu de votre navigateur (souvent trois points, en haut à droite), puis allez dans Extensions ou Modules complémentaires pour gérer vos bloqueurs de publicité.
Merci de contribuer à faire rayonner la culture d’ici.
Aux Sommets du cinéma d’animation, la compétition canadienne 4 a exploré les fractures du corps, de la mémoire et du foyer à travers une série de courts-métrages où l’absurde, le grotesque et l’impressionnisme devenaient des manières profondément humaines de raconter le monde.
Il y avait quelque chose d’étrangement captivant et doux dans cette sélection de la compétition canadienne 4. Une impression diffuse que les films cherchaient moins à raconter des histoires de manière conventionnelle qu’à traduire des états intérieurs, des sensations instables, des mémoires fragmentées. Beaucoup de courts semblaient habités par la dissociation, l’anxiété, les souvenirs qui déforment le réel ou encore l’impossibilité de retrouver un véritable sentiment d’appartenance.
Cette programmation était aussi traversée par une esthétique volontairement imparfaite : dessins rugueux, formes déstructurées, récits éclatés, animation parfois chaotique. Un choix qui aurait pu devenir répétitif à la longue, tant plusieurs œuvres adoptaient une approche absurde ou impressionniste similaire, mais qui révélait malgré tout une génération d’animateurs et d'animatrices cherchant à faire de la fragilité même de l’image un langage émotionnel. Et dans cet ensemble particulièrement dense, c’est Paradaïz de Matea Radic qui, personnellement, m’a le plus touchée.
Produit par l’ONF, Paradaïz est un court-métrage qui refuse constamment la simplification émotionnelle. Le film nous plonge dans un espace absurde où les maisons sont trouées, les tomates deviennent des bombes à retardement et les escargots errent dans les rues comme des êtres déplacés cherchant un refuge impossible.
Matea Radic mobilise ici une animation volontairement rugueuse, située quelque part entre l’art naïf et l’esthétique plus abrasive de certaines bandes dessinées indépendantes. Les traits semblent trembler sous le poids des souvenirs. Les corps se déforment. Les visages deviennent parfois grotesques sans jamais perdre leur humanité. Il y a dans cette animation une sensation permanente d’instabilité émotionnelle.

Ce qui m’a particulièrement fascinée, c’est la manière dont le film utilise le symbolisme sans jamais devenir lourd ou démonstratif. Les tomates reviennent comme des blessures qui fuient de partout ; les pansements deviennent dérisoires mais nécessaires ; les espaces changent constamment de forme comme si la mémoire refusait de rester fixe. Rien n’est figé dans une seule interprétation, et c’est précisément ce qui donne au film toute sa richesse.
Le court-métrage réussit aussi quelque chose de très rare : parler du trauma sans enfermer ses personnages dans la souffrance permanente. Paradaïz est profondément mélancolique, mais aussi étonnamment drôle et chaleureux. Certains moments absurdes provoquent un vrai rire avant que le film nous ramène brutalement vers une douleur beaucoup plus sourde. Cette coexistence entre humour noir, tendresse et désorientation émotionnelle donne au film une humanité immense.

En seulement neuf minutes, Matea Radic parvient à capter une sensation très précise : celle d’aimer un lieu qui nous a pourtant blessé. Sarajevo n’y apparaît pas simplement comme une ville, mais comme une mémoire vivante, contradictoire, impossible à quitter complètement.
Plusieurs courts de cette compétition semblaient obsédés par le corps comme espace de tension psychologique, émotionnelle ou traumatique. Dès Épineuse ascension d'Éloïse Lavoie, cette idée apparaît sous une forme presque mythologique : un sommet miniature s’enfonce dans le pied d’un géant et déclenche une transformation électrisante. En très peu de temps, le film crée une sensation physique presque inconfortable, comme si la douleur devenait le point de départ d’une métamorphose inévitable.

Dans Une naissance d'Alice Blanchet D., un corps émerge lentement de l’obscurité pour apprendre à respirer et à exister. Le film fonctionne presque comme une expérience sensorielle pure : peu de narration, mais une attention extrêmement forte aux textures, aux matières et au mouvement organique du corps.
Cette logique trouve un écho beaucoup plus frontal dans La tête en champ de bataille d'Anaë Bilodeau et Louis-Pierre Cossette. Sans doute l’un des films les plus émotionnellement éprouvants du programme, ce documentaire animé suit un vétéran aux prises avec des blessures invisibles. L’animation devient ici un outil particulièrement puissant pour représenter les débordements de la mémoire traumatique : espaces mentaux fragmentés, images qui s’effritent, souvenirs impossibles à contenir.

Même Dolly Baby - Rhythm & Flesh de Bouchera Tahraoui, derrière son esthétique chaotique et grotesque, participe à cette réflexion sur les corps en crise. Dans ce monde où les parties du corps deviennent interchangeables, l’identité elle-même semble devenir un produit de consommation.
Puis venaient A Better Day de Scott Cowan et Glacier de Florence Charbonneau, deux œuvres beaucoup plus abstraites mais profondément habitées par l’anxiété et la dissociation. Les deux films utilisent des structures éclatées et des textures mouvantes pour traduire des états psychiques difficiles à verbaliser. Là où A Better Day s’enfonce dans la dépression et la déconnexion émotionnelle, Glacier transforme l’anxiété en paysage mental froid et semi-abstrait.
Malgré cette omniprésence de la douleur psychique, plusieurs films du programme laissaient aussi une place importante à la tendresse, au soin et aux liens affectifs. Furget Me Not faisait partie des œuvres les plus immédiatement attachantes de la sélection. Derrière son récit fantastique autour d’un chien revenant suivre son maître après sa mort, le film parle avant tout du deuil avec beaucoup de simplicité et de sincérité. Son esthétique plus accessible et son humour léger apportaient un équilibre bienvenu dans une programmation souvent très lourde émotionnellement.
Cette douceur se retrouvait aussi dans Reconstituée d'Océane Bessim-Gagné, qui transforme des archives familiales des années 1970 en véritable collage affectif. Les motifs et les couleurs animées donnent l’impression que les souvenirs continuent de vivre directement dans la matière même des images.
Dans Matrescence d'Élizabeth Laferrière, la maternité devient quant à elle une transformation neurologique, émotionnelle et identitaire totale. Le film réussit à matérialiser quelque chose d’extrêmement difficile à représenter : la sensation de devenir simultanément soi-même et une autre personne. Même La légende des Fêtes de Quentin Fachon et François Hogue, sous son humour chaleureux et son esthétique festive, laisse apparaître une réflexion étonnamment juste sur l’épuisement invisible du travail émotionnel au sein des familles.
D’autres œuvres du programme semblaient davantage préoccupées par les récits collectifs, la transmission culturelle et les imaginaires identitaires. Dans Le géant sous la montagne d'Évelyne Loignon-Lapointe, la légende d’un géant dormant sous la ville devient une réflexion étonnamment pertinente sur les croyances collectives et les mouvements sociaux. À travers le regard d’un petit rat, le film construit un univers à la fois politique, poétique et profondément étrange. Cette idée de transmission culturelle se retrouvait aussi dans Much Like Us de Jenna Marks, qui puise dans l’esthétique Mi’kmaq d’Alan Syliboy pour explorer les relations interculturelles et intergénérationnelles autochtones. Le film possède une douceur presque méditative qui contrastait magnifiquement avec les œuvres plus anxieuses du programme.
Puis il y avait Never Be Afraid de Keith Del Principe, clip musical animé entièrement à la main, qui opposait les structures oppressives créées par l’humain à une aspiration beaucoup plus instinctive vers la liberté et la nature. Avec ses textures papier et son animation en techniques mixtes, le film donnait parfois l’impression d’un manifeste émotionnel brut.
Enfin, Cabbage Daddy de Grace An faisait partie des œuvres les plus inventives du lot. Son esthétique au crayon et son montage ultra fluide reproduisent parfaitement les mécanismes spontanés du bilinguisme, entre l’anglais, le coréen et tout ce qui existe entre les deux. Le film transforme les mots en images, puis les images en chaînes d’associations absurdes, enfantines ou profondément intimes.

Dans un registre beaucoup plus léger, We're Kinda Different de Ben Meinhardt apportait une conclusion presque réconfortante à cette programmation émotionnellement dense. Avec son esthétique rappelant certains vieux dessins animés internet des années 2000 et ses dessins réalisés à partir des créations du jeune fils du réalisateur, le film assume pleinement son côté artisanal, naïf et sincère.

Ce qui frappait le plus dans cette compétition, au-delà des qualités propres à chaque court métrage, c’était cette impression générale de fragilité émotionnelle. Les films semblaient constamment traversés par les blessures invisibles, la dissociation, le déracinement, l’épuisement psychique ou encore les identités fragmentées. Même les œuvres les plus absurdes ou les plus drôles portaient en elles quelque chose de profondément mélancolique.
Et c’est peut-être pour cela que Paradaïz m’a autant touchée personnellement : parce qu’il réussit à transformer cette fragilité en véritable langage cinématographique. Son chaos visuel, son humour noir, ses symboles mouvants et son refus des réponses simples donnent l’impression d’un film profondément vivant, un film qui accepte pleinement que certains souvenirs, certains lieux et certaines blessures restent impossibles à réparer complètement.
Le festival Plus de filles sur la prog, organisé par le collectif Pasdefillesurlaprog, sera de retou...
Voir l'article >Croire et avoir confiance en soi est un legs inestimable à offrir à un enfant ; cet apprentissage se...
Voir l'article >À l’occasion de la clôture du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (FIMAV), i...
Voir l'article >Le 15 mai, le Festival Palomosa a présenté la deuxième soirée de sa troisième édition au parc Jean-D...
Voir l'article >Après avoir présenté Authentique à Montréal en 2023, David Castello-Lopes était de retour à L'Olympi...
Voir l'article >