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Pluvieuse, cette dernière journée d’Osheaga le 2 août l’a assurément été. Mais ce n’est certainement pas une pluie intermittente qui allait décourager le public. Devant une myriade de ponchos colorés, plusieurs artistes ont brillé ce dimanche, certains allant même jusqu’à tirer parti de la météo pour magnifier leur prestation. Mon parcours m’a mené aux prestations de Valley, Amble, CMAT, Paris Paloma, Not for Radio et Lorde, qui a mis un point final éclatant à cette 19e édition.
Cette édition, qui a rassemblé 151 000 spectateurs en trois jours selon les chiffres annoncés par le festival, se classe comme la deuxième plus fréquentée de son histoire, derrière l’édition 2023, qui en avait attiré 155 000. Un bon cru 2026 mené par les têtes d’affiche Twenty One Pilots, Tate McRae et Lorde.
Dimanche, le site prenait des airs de fête sous les manteaux de pluie et les ponchos, alors que Valley a fait une entrée fracassante sur la scène de la Rivière à 14 h. Le groupe torontois, formé en 2014, prépare actuellement la sortie d’un album dont la date reste à confirmer. Valley a ouvert sa prestation avec Vending Machine, lancée en juin 2026, avant d’interpréter un peu plus tard Someday, dévoilée vendredi dernier. Derrière le groupe, un message inscrit sur fond rouge (la couleur dominante de cette nouvelle ère visiblement) affichait : « Bonjour Montréal, you are being entertained by a band called Valley ». Les deux « L » étaient d’ailleurs remplacés par les pattes d’une vache trônant sur l’écran, tandis que le chanteur Rob Laska buvait dans une bouteille de lait. Intrigant.
Le trio a mis à rude épreuve les enceintes en envoyant des décibels en plein dans les oreilles. Valley est venu divertir la foule, et le pari a été réussi. Le groupe s’inscrit dans la continuité de son précédent album, Water the Flowers, Pray for a Garden, et sa pop alternative teintée de rock est taillée pour les scènes de festival. Une courte, mais intense prestation proposée par Rob Laska, Alex Dimauro et Karah James, qu’on salue pour avoir joué de l’harmonica en plus de la batterie.
La curiosité m’a ensuite amenée vers la scène adjacente, où se produisait Amble, un trio folk irlandais formé en 2022 qui a connu une ascension remarquable en seulement quatre ans. Robbie Cunningham, Oisín McCaffrey et Ross McNerney ont tous quitté leur emploi pour se consacrer pleinement au projet. Les voilà aujourd’hui à Osheaga, après avoir assuré les premières parties de Hozier et d’Ed Sheeran en tournée, en plus d’être récemment passés par Lollapalooza.

Avec ses mandolines, son banjo, ses guitares et son harmonium, le trio instaure une connexion presque instinctive avec le public. La musique folk irlandaise d’Amble est accrocheuse et chaque musicien contribue à faire grimper l’intensité au fil des morceaux. Les rythmes communicatifs sont portés notamment par la dextérité impressionnante de Ross McNerney au banjo. Mariner Boy, One Man's Love, Lonely Island… Il se dégage de ces chansons une énergie qui donne envie d’écouter et de taper du pied. C’est rassembleur, parfois festif, parfois émotif, mais c’est aussi et surtout fédérateur. Une bonne découverte que j’espère pouvoir attraper en salle à Montréal prochainement.
L’Irlande était présente aussi en force avec CMAT (à prononcer see-mat), projet de Ciara Mary-Alice Thompson, qui a pris la relève juste après Amble avec une énergie déjantée, et c’est un euphémisme. L’artiste pop a démarré sur les chapeaux de roue, sans ralentir, criant, dansant et complétant ses interactions et interprétations avec des mimiques faciales assez drôles qui ont fait réagir le public.
CMAT est une meneuse de foule, aucun doute possible là-dessus. Ses musiciens et musiciennes n’en sont qu’autant investis, et ça donne une grande fête où tout est possible. Tout ? Oui, même un hommage à Leonard Cohen que l’artiste, avec la ville de Montréal, affectionne particulièrement. Cet hommage a consisté en une reprise au violon de Hallelujah, pendant qu’un des autres instrumentistes a effectué la danse du ver de terre (worm dans le breakdance). « C’est ce qu’il aurait voulu », a-t-elle ajouté à la fin de ce passage surprenant. Si on a parfois perdu la voix de CMAT en chant, il en demeure qu’elle manie sa prestation comme elle l’entend, amenant même le public à faire un semblant de danse en ligne simple de gauche à droite sur I Wanna Be a Cowboy, Baby!.
Une belle prestation que le public a bien failli ne pas voir puisque le musicien Pùca a dû renoncer à sa présence en raison d'une intoxication alimentaire, et CMAT a expliqué sur son compte Instagram que certains de leurs bagages contenant leur matériel avaient été envoyés… à Washington, D.C.
Sa chanson Labour est devenue un hymne féministe repris en chœur par le public à chacune de ses prestations, mais Paris Paloma ne trouve pas les mots justes uniquement avec cette pièce. L’auteure-compositrice-interprète et guitariste britannique aborde le patriarcat, le corps des femmes ou encore le female gaze, des thèmes que l’on retrouve dans les quelques extraits déjà dévoilés de son prochain album, The Fatal Flaw, à paraître en septembre 2026. On pense notemment à Good Boy, Good Girl ou encore Pre‐Raphaelite.

Sur scène, la chanteuse se montre libre, hypnotise son public, chante aussi l’amour et dégage une présence magnétique qui fait tomber le public en extase. Elle arpente la scène, danse théâtralement, et profite même de l’eau accumulée sur la scène pour s’y jeter et chanter avec sa robe blanche. Chacun de ses gestes, portés par une impression de puissance, déclenche des cris du public. Le concert devient un exutoire, alors que les voix s’unissent pour chanter, scander et dénoncer.
Lorsque Labour est arrivée en dernière chanson, tout a pris une ampleur encore plus grande. La fébrilité et l’attente accumulées tout au long du concert ont explosé, permettant à chaque femme de se donner dans le « female rage ». Le moment a atteint son apogée avec l’arrivée de Sofia Isella, qui s’était produite plus tôt dans la journée à Osheaga, pour un duo aussi puissant que mémorable, incarnant une nouvelle génération de femmes qui utilisent leur musique pour élever leur voix.
Osheaga a misé sur la bonne artiste pour clôturer son édition en invitant Lorde pour la soirée de dimanche. Avec une mise en scène contemporaine et dynamique, l’auteure-compositrice-interprète néo-zélandaise a assuré du début à la fin de sa prestation, concluant d'ailleurs avec Ribs sur une plateforme au cœur de la foule, au plus grand bonheur des fans, sous une pluie battante.
Entre-temps, le parc Jean-Drapeau est devenu le véritable terrain de jeu de la chanteuse, qui était parfaitement en contrôle de son spectacle. L’artiste a enchaîné ses titres anciens et récents, lançant Royals dès la deuxième chanson de la soirée. Les cris de joie ont alors retenti et ce ne serait pas la dernière fois. Lorde a parié sur une mise en scène millimétrée, jouant avec les cadrages, les effets visuels, les danseurs, mais aussi avec d’imposantes plateformes en forme de cube qui bougeaient et s’élevaient même dans les airs (avec la chanteuse dessus) et qui servaient aussi de projecteurs.
Nostalgique, elle s’est aussi confiée sur sa première venue à Osheaga, en 2014, alors qu’elle n’avait que 17 ans. « J’étais venue avec ma mère », a-t-elle raconté, qualifiant ensuite Osheaga de l’un des festivals les plus cools au monde, un endroit où elle se sent chez elle. Elle en a profité pour adresser une lettre d’amour au public, revenant sur les années passées à ses côtés et sur l’affection reçue à chacune de ses visites, y compris pour cette troisième présence au festival.
Malgré la pluie, que l’artiste a d’ailleurs confié apprécier, et le terrain devenu boueux, le public ne s’est pas fait prier pour chanter, danser et sauter, célébrant entre amis Lorde et l’ensemble de son répertoire.
Lorde sait captiver la foule avec aisance. À seulement 29 ans, elle démontre une pleine maîtrise scénique qui, on va le dire, impressionne, qu’elle interprète ses classiques comme Team, Buzzcut Season et Supercut, ou ses morceaux de son plus récent album, Virgin (2025). L’artiste est dédiée à son public, et il suffit de regarder tous les efforts déployés dimanche soir pour offrir ce concert d’envergure, réussi à tous égards, pour s’en rendre compte. Et comme l’amour est réciproque, le public lui a même déroulé une imposante bannière pendant David, sur laquelle on pouvait lire les paroles « I don't belong to anyone ».
Ceci conclut notre couverture d'Osheaga, qui fêtera l'an prochain sa 20e édition. Au terme de trois jours de concerts, le festival réussit haut la main à prôner les découvertes et à donner une place aux artistes de demain, qui, un jour, clôtureront peut-être à leur tour le festival en tant que têtes d'affiche. En attendant, retrouvez nos articles et photos de cette année juste ici.
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