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Pour cette troisième Nocturne de MUTEK Montréal, présentée le 28 août à la Société des arts technologiques (SAT), Florence-Delphine Roux, Honeydrip, gyrofield et A Guy Called Gerald se sont succédé.
Florence-Delphine Roux invitait à quelque chose de profondément personnalisé. Sa proposition sonore se construisait à partir de bruits fragmentés, d’interférences radio et de glitchs, comme si elle cherchait à capter les parasites d’un monde parallèle.
Tout semblait guidé par son antenne de cuivre rosé, qui devenait à la fois instrument, prolongement du corps et objet rituel. Une plus grande antenne captait de véritables signaux, tandis qu’une petite baguette étoilée accentuait le caractère magique de la performance.
Son costume participait pleinement à cette fiction : une robe mousseuse, rose et perforée, surmontée d’une cape. Sous le dôme étoilé de la Satosphère, l’artiste assumait alors un petit côté sorcière de l’espace, entre bricolage électronique et poésie cosmique.

Avec Honeydrip, l’expérience devenait plus lascive. Connectée à l’espace par des tubes lumineux qui semblaient la nourrir de l’énergie générée par la SAT, elle prenait l’allure d’une douce créature postapocalyptique.
La performance jouait sur cette ambiguïté entre vulnérabilité et technologie : un corps organique, traversé par une infrastructure lumineuse qui paraissait lui transmettre une nouvelle forme d’énergie.
Elsewhere in India proposait des pistes musicales intéressantes, mais l’univers visuel semblait moins convaincant. Les images apparaissaient plutôt génériques et manquaient parfois d’homogénéité avec la proposition musicale.

Puis avec gyrofield, la fumée s’élevait lentement tandis que des lumières diffuses coloraient l’espace SAT et donnaient l’impression d’être transporté ailleurs. Sa drum and bass se transformait progressivement en quelque chose de fluide, complexe et émotionnel. Les breaks rapides rencontraient des textures IDM fragmentées.
Le rapport entre le son, l'air épais et la lumière fonctionnait particulièrement bien : on ne regardait plus seulement une performance, on semblait entrer dans le son.
Crédit photo : Bruno Aïello-Destombes, MUTEK
Puis, à 2 h 40, l’emblématique A Guy Called Gerald arrivait sur scène. Cheveux gris hérissés, silhouette immédiatement reconnaissable, il prenait possession de l’espace avec l’assurance de celui qui n’avait plus rien à prouver. Figure pionnière de la musique électronique, A Guy Called Gerald a grandi à Manchester, au contact de la culture soundsystem et des scènes underground noires, soul, funk et jazz fusion.
Son apparition donnait à la nuit une profondeur historique. Après les expériences audiovisuelles et les imaginaires futuristes des artistes précédents, sa présence rappelait que la musique électronique possédait aussi une mémoire : celle des clubs, des communautés et des cultures, bien avant qu'elle n’intègre les circuits institutionnels de l’art numérique.
Cette troisième Nocturne a ainsi bien navigué entre plusieurs états : rituel, sensualité, science-fiction et héritage.
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