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Quarante ans après sa sortie en salle le 27 juin 1986, le film fantastique Labyrinth poursuit sa glorieuse métamorphose. Initialement accueilli dans la fraîcheur et l’incompréhension, ce long métrage hybride est devenu une œuvre culte vénérée par des générations d’admirateurs. Hier soir, installée au Théâtre Saint-Denis, j’ai assisté à l’événement Jim Henson's Labyrinth: In Concert, une expérience immersive où la projection du film en haute définition s’harmonise avec l’interprétation en direct de sa bande sonore emblématique.
Au cœur de Labyrinth, coécrit par Terry Jones des Monty Python, se trouve un conte d’apprentissage féerique : la jeune Sarah (Jennifer Connelly), après avoir souhaité dans un moment d’impatience la disparition de son petit frère Toby, dispose de treize heures pour traverser un dédale magique semé d’embûches, se lier d’amitié avec d’excentriques créatures (Ludo, Hoggle et Sieur Didymus et Ambrosius) et sauver l’enfant des griffes du fascinant Roi des Gobelins, Jareth (David Bowie).

Réalisé par le regretté Jim Henson et produit par George Lucas, Labyrinth a connu un accueil tiède et un revers au box-office lors de sa sortie à l'été 1986, divisant alors la critique quant à la performance singulière de David Bowie. C’est véritablement grâce au marché de la cassette VHS et aux rediffusions télévisées que le public a apprivoisé cet univers baroque, le consacrant au fil des décennies comme un monument de la fantasy des années 80.
Sur grand écran haute définition, le travail artisanal des créatures conçues par le Creature Shop et Brian Froud conserve tout son charme. Face aux productions numériques d'aujourd'hui, le rendu des marionnettes et des effets physiques ne paraît absolument pas désuet. En fait, c’est surtout dans la Cité des Gobelins qu’on remarque davantage l’écart entre la technologie de deux époques. Il suffit de garder son cœur d'enfant pour se laisser totalement captiver par l'histoire; un enchantement visiblement partagé par l'ensemble de la salle, demeurée conquise tout au long de la projection et dont la magie résonne encore en nous le lendemain.
L’une des plus grandes forces de l’œuvre réside dans sa trame sonore, née de la collaboration entre le compositeur Trevor Jones et David Bowie, auteur de titres emblématiques comme Magic Dance, Underground ou la ballade As the World Falls Down.
Portée sur scène avec la complicité de The Jim Henson Company et des spécialistes des ciné-concerts Black Ink Presents, la formule repose sur une précision millimétrée. Sous la direction musicale de la claviériste Rose Van Dyne, les six instrumentistes du Goblin City Band (claviers, saxophone, guitare, basse, batterie et percussions) interprètent en temps réel les partitions instrumentales tout en conservant la piste vocale originale isolée de Bowie.

L’équilibre entre cette voix d’anthologie, les dialogues et la musique en direct relève d’une belle maîtrise. Le mixage sonore est si fluide et bien ajusté qu’on en vient presque à oublier la présence des musiciens sous l’écran ! On se surprend à se plonger dans le film pour soudainement réaliser avec émerveillement que la musique est bel et bien jouée sous nos yeux en direct.
L'immersion ne s'arrête d'ailleurs pas au son : quelques projections et jeux d'éclairage illuminent la scène et balaient parfois la salle, accentuant l'effet visuel scénique et enveloppant le public dans l'atmosphère du film sans jamais distraire de l'écran.

Les étapes précédentes de cette vaste tournée de 60 villes ont confirmé l’atmosphère festive entourant le spectacle. Plus qu’une simple projection cinématographique, ces représentations prennent des allures de rassemblement communautaire où les spectateurs sont invités à venir costumés — on a d’ailleurs croisé quelques personnes arborant la perruque de Jareth, des tenues de gobelins ou des masques de bal.
C’est d’ailleurs ce à quoi nous incite Rose Van Dyne en nous souhaitant la bienvenue :
« L’expérience de ce soir n’est pas une séance de cinéma ordinaire. Dans un cinéma, vous devez rester silencieux. À ce concert, c’est tout le contraire ! L’énergie que vous nous donnez nous permet de vous la retransmettre en retour. Nous voulons que vous fassiez du bruit, que vous soyez survoltés, que vous dansiez ! N’hésitez pas à crier quand votre personnage préféré apparaîtra à l’écran, à hurler, à chanter, et même à huer… poliment ! Nous aimerions entendre vos réactions; interagissez avec nous pendant le film.
Une dernière chose : pendant les scènes du Marais de la puanteur éternelle, vous pourriez nous aider en faisant des bruits de prout pour ajouter aux effets du marais ? La façon dont vous choisissez de faire ces sons de pets dépend entièrement de vous. »
C’est drôle comme la participation a été grande à l’apparition du fameux marais puant !

Même si quelques spectateurs ont poussé la chansonnette sur des titres phares comme Magic Dance ou lors de la scène féerique du bal (As the World Falls Down), la participation chantée est demeurée plus retenue et moins intense que le phénomène participatif débridé qu’on observe habituellement lors des projections du Rocky Horror Picture Show. C’est surtout par les cris, applaudissements et commentaires enthousiastes du public que les moments clés ont été soulignés.
Le spectacle était présenté en version originale anglaise avec sous-titres français, ce qui s’est avéré une excellente chose pour les quelques enfants présents ainsi que pour les spectateurs moins familiarisés avec l’anglais britannique de Bowie.
Montréal est la première ville nord-américaine de cette tournée 40e anniversaire, et constitue la seule présence au Québec. Jim Henson's Labyrinth: In Concert terminera son tour du Canada en Ontario, pour présenter quatre concerts, du 9 au 13 septembre.
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