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C'est au Gesù que Nora Hamzawi présentait son troisième spectacle dans le cadre du festival Juste pour rire Montréal, qui se poursuit jusqu’au 26 juillet. L'humoriste française, reconnue pour son humour introspectif et son sens aigu de l'autodérision, retrouvait un public québécois visiblement heureux de la revoir.
Dès son arrivée sur scène, elle brise le quatrième mur et multiplie les interactions avec les spectateurs. Le procédé amuse d'abord. On cherche avec elle le nom d'un restaurant italien, elle découvre, au détour d’une interaction, l'existence d'une crème contre les vaginites, on assiste à des échanges spontanés qui prennent parfois des directions complètement inattendues. Le naturel de Nora Hamzawi crée rapidement une proximité avec la salle.
Mais cette proximité finit aussi par devenir le principal écueil du spectacle.
Très tôt, l'humoriste avoue avoir perdu le fil de son texte. Son régisseur tente de l'aider sans grand succès, et les échanges avec le public, qui semblaient au départ ponctuer le spectacle, finissent progressivement par le remplacer. Pendant une bonne partie de la soirée, les improvisations prennent tellement de place que le rythme s'essouffle et que le spectacle perd son fil conducteur.
Lorsque Nora Hamzawi retrouve finalement son texte, on retrouve aussi ce qui fait sa signature. Elle parle de la quarantaine, de la dépression, de la vie de couple et du temps qui passe avec cette capacité à transformer des angoisses très personnelles en observations universelles.
Son regard sur le quotidien reste juste. Elle évoque avec tendresse ces petits plaisirs presque honteux, comme celui de s'endormir seule dans des draps fraîchement lavés. Puis elle termine sur un bon numéro consacré à la vie de couple (hétérosexuelle), où elle s'amuse notamment du célèbre « comme tu veux » masculin, qu'elle qualifie avec beaucoup d'esprit de « mi-molle de l'engueulade ». Un passage finement écrit !
La salle, elle, semble apprécier cette soirée largement improvisée. Plusieurs spectateurs deviennent malgré eux de véritables personnages du spectacle : l'homme avec un bras dans le plâtre, la dame pressée d'aller à la salle de bain ou encore cette spectatrice ravie d’annoncer qu’elle était sous antidépresseurs avec des applaudissements particulièrement enthousiastes. Ces moments créent une atmosphère unique.
Que ce soit dans ses livres, ses chroniques ou ses podcasts, Nora Hamzawi cultive cette simplicité qui donne l'impression d'écouter une amie raconter ses névroses avec beaucoup d'autodérision. Elle ne cherche jamais à paraître exceptionnelle. Elle « grossit du dos et de la vessie », prend des antidépresseurs, vit avec le syndrome du côlon irritable et en rit avec une honnêteté désarmante. Elle reste toujours attachante. C'est justement pour cette raison qu'on aurait aimé entendre davantage le spectacle qu'elle avait préparé. À force de laisser l'improvisation prendre toute la place, alimentée par son anxiété, le récit perd en cohérence. La dernière partie, plus construite, laisse entrevoir ce qu'aurait pu être l'ensemble.
On ressort un peu amer de cette soirée, somme toute sympathique, portée par une artiste sincère et attachante, mais qui aura davantage ressemblé à une longue conversation avec son public qu'à un véritable spectacle.
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