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À l’occasion de la clôture du Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (FIMAV), institution phare des musiques aventureuses depuis 1983, qui se déroulait du 11 au 17 mai 2026, le quatuor basé à Londres Ahmed a présenté Play Monk. Après six albums réimaginant l’œuvre d’Ahmed Abdul-Malik, le groupe s'est tourné vers le répertoire du collègue de Malik, Thelonious Monk. Pat Thomas (piano), Seymour Wright (saxophone), Joel Grip (contrebasse) et Antonin Gerbal (batterie) ont transformé l’héritage du jazz en matière vivante.
Dès les premières minutes, Ahmed a imposé une musique physique, dense et hypnotique, traversée d’élans free jazz et d’une discipline collective remarquable. La batterie de Gerbal agissait comme un moteur à double frappe, propulsant les notes du piano de Thomas, les spirales du saxophone de Wright et la contrebasse acharnée de Grip. Le chaos semblait constamment sur le point d’éclater, mais demeurait pourtant maîtrisé avec précision.
Lors de son arrivée sur scène en fauteuil roulant, Pat Thomas imposait une présence calme et magnétique. Puis le concert a basculé dans une montée continue, un marathon d’endurance sonore où les nuances émergeaient du flux répétitif. Chaque musicien possédait sa propre danse : Wright avançait dans une concentration presque méditative, Grip jouait sa contrebasse prêt à s’en briser les doigts, tandis que Thomas maintenait son rituel ininterrompu. Les baguettes de Gerbal accomplissaient des miracles, transformant la batterie en machine de transe.
Ce qui frappait, c’est la manière dont chacun conservait son propre langage tout en participant à une architecture collective. Ahmed construisait une musique cyclique où énergie, mémoire et physicalité fusionnaient. Le groupe jouait comme porté par une mission énigmatique. Rien n’était figé, tout circulait, en recomposition permanente. Le public assistait à une sorte de construction commune en état de tension permanente, où chaque variation ouvrait une brèche, un déplacement, une possibilité nouvelle.
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