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Vendredi 12 juin, à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue de Longueuil, le Nouvel Opéra Métropolitain (NOM) — nouvelle division lyrique du Festival Classica — a présenté Notre-Dame de Paris symphonique en première mondiale, avec une distribution relevée réunissant sept chanteurs et chanteuses d’opéra, accompagnée par l’Orchestre classique de Montréal (OCM) dirigé par maestro Simon Leclerc.
Créée à Paris en 1998, la comédie musicale Notre-Dame de Paris — œuvre conjointe des célèbres compositeurs québécois Luc Plamondon (d’ailleurs présent dans la salle pour l’occasion) et franco-italien Riccardo Cocciante — a depuis été vue par environ quinze millions de personnes dans vingt pays.
Grâce à une adaptation symphonique et des arrangements de Simon Leclerc, elle a été présentée en version concert abrégée — avec mise en espace et coordination artistique d’Isabeau Proulx-Lemire — mettant en vedette les sept exceptionnels solistes suivants : la soprano québécoise Natacha Demers (Fleur-de-lys), la contralto québécoise Rose Naggar-Tremblay (Esmeralda), le ténor français Emmanuel Hasler (Quasimodo), le ténor québécois Thomas Viñals (Phoebus), les deux barytons québécois Gino Quilico (Frollo) et Pierre Rancourt (Gringoire), ainsi que le baryton français Anas Séguin (Clopin).
Un imbroglio d’amours unidirectionnels mettant en scène Quasimodo, difforme sonneur de cloches de Notre-Dame, qui aime Esmeralda, qui aime Phoebus, qui est fiancé à Fleur-de-Lys tout en étant ensorcelé par Esmeralda, qui est également obsessivement désirée par Frollo, l’archidiacre de Notre-Dame. En somme, des passions conflictuelles qui entraînent successivement un attentat contre Phoebus, la pendaison d’Esmeralda, l’assassinat de Frollo et l’ultime mort, de chagrin, de Quasimodo.
Je verrais d’un bon œil que cette œuvre phare de Plamondon et Cocciante soit un jour magnifiée et célébrée en étant portée à la scène en version intégrale symphonique-opératique. La comédie musicale originale est constituée d'une cinquantaine de chansons, dont vingt-trois seulement nous ont été servies en cette occasion.
Lorsqu’un inspiré et doué compositeur-arrangeur opère le lifting symphonique d’une œuvre populaire, elle en ressort d’autant plus enrichie et embellie. Et si la partition se voit ensuite confiée à une distribution de chanteurs d’opéra, c’est-à-dire à des olympiens de la chanson, alors son statut d’« œuvre populaire devenue un classique » s’en trouve renforcé et confirmé.
D’une durée d’environ cent minutes avec entracte, il nous a proposé un florilège de vingt-trois chansons dont, entre autres, ces douze incontournables que sont Le temps des cathédrales, Les sans-papier, Bohémienne, Déchiré, Belle, Ave Maria païen, Florence, Les cloches, Être prêtre et aimer une femme, La monture, Vivre et Danse mon Esmeralda.
Grâce à un choix avisé de chansons et à de brillants arrangements musicaux, l’OCM et sa relevée distribution nous en ont fait entendre de toutes les couleurs vocales et musicales.
Cependant, les solistes derrière lutrins, partitions et micros, nous en ont donné beaucoup plus à entendre qu’à voir puisque, version concert oblige, leur jeu s’est cantonné au minimalisme, exception faite, dirais-je, de la contralto Rose Naggar-Tremblay qui s’est particulièrement investie dans ses interprétations de Bohémienne et de Vivre.
Rose Naggar-Tremblay. Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
La perfectible sonorisation d’un tel espace propice à la réverbération — spécialement lorsque des chanteurs à voix font tous usage d’un micro suramplifié — procure beaucoup plus de sons à entendre que de paroles à comprendre. Bien que tous les solistes aient été affectés par la sono, nous avons tout de même pu juger de la justesse, du contrôle de voix et de la maîtrise des nuances de chacun, à défaut de parfaitement comprendre les paroles des chansons.
Pierre Rancourt. Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
Je lève volontiers mon chapeau à tous ces solistes qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes en dépit d’une sono adverse et d’une chaleur accablante qui régnait en ce lieu visuellement magnifique et théoriquement tout indiqué pour évoquer Notre-Dame-de-Paris.
Natacha Demers. Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
Dans son rôle d’Esmeralda, Rose Naggar-Tremblay m’a, encore une fois, épaté par son inébranlable maîtrise vocale et son imposante présence scénique.
Anas Séguin. Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
Je me suis régalé de toutes les interventions du fort polyvalent baryton Pierre « Gringoire » Rancourt, des aiguës aériennes de la soprano Natacha « Fleur-de-Lys » Demers, des puissantes voix et enlevantes aiguës des ténors Emmanuel « Quasimodo » Hasler et Thomas « Phoebus » Viñals, et de l’éclatante voix du baryton Anas « Clopin » Séguin.
Emmanuel Hasler, Gino Quilico et Thomas Viñals. Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
Aussi, j’ai impatiemment attendu et apprécié toutes les interventions du consommé baryton Gino Quilico, qui rehausse invariablement le calibre de toute distribution à laquelle un producteur de spectacles choisit judicieusement de l’inclure. Dans son rôle de Frollo, il nous a notamment livré une magistrale et mémorable version d’« Être prêtre et aimer une femme ». À mon oreille, Gino s’est avéré être le plus compréhensible soliste de la soirée — malgré la problématique sono - en raison de sa prononciation et de son articulation des plus exemplaires et… d’un microphone possiblement mieux réglé et utilisé que celui de ses collègues.
Incidemment, Gino n’en était pas à sa première expérience avec la comédie musicale puisqu’il a déjà interprété les rôles de Quasimodo dans une production de Notre-Dame de Paris en 2005, de Johnny Rockfort dans Starmania en version symphonique en 2006, et de Jean Valjean dans Les Misérables au Capitole de Québec en 2008.
Gino Quilico et Luc Plamondon. Crédit photo : Sara Quilico
Compte tenu de son vaste bagage d’expérience, du brio et de l’époustouflante maestria vocale dont ce vétéran baryton montréalais — mondialement connu et reconnu — est encore capable, je m’explique mal son absence quasi totale, durant les 10 dernières années, de la distribution de nos productions québécoises d’opéras ou de comédies musicales. Je suis d’avis que cet artiste chevronné est un trésor national sous-exploité. Nul ne serait donc prophète en son pays ?
Crédit photo : Bruno Petrozza, Festival Classica
En conclusion d’une torride et emballante soirée, l’ensemble de cette formidable distribution s’est légitimement mérité une ovation debout spontanée accompagnée d’une vague déferlante d’applaudissements.
J’espère ardemment assister à d’autres prestigieux événements similaires lors des prochaines saisons du Festival Classica qui, cette année, s’est tenu du 22 mai au 14 juin. N’hésitez pas à fréquenter son site internet pour vous renseigner sur sa mission, ses artisans, ses activités et son calendrier de spectacles.
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