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Est-il possible de parler de la mort avec un sourire en coin et une profondeur qui remue l’âme ? C’est le pari audacieux de Manuelle Légaré avec Club sandwich mayonnaise, une œuvre de théâtre documentaire présentée à l’Usine C. Entre l’hommage vibrant à son père, le regretté humoriste Pierre Légaré, et une enquête sociale percutante, la pièce nous force à regarder bien en face les « angles morts » de notre rapport à la fin de vie.

Tout commence par une phrase, presque absurde, lancée par Pierre Légaré à l’aube de son départ : « Oui, oui, un club sandwich mayonnaise ». Ce titre, d’une banalité quotidienne, devient le point d’ancrage d’un récit qui ne l’est pas du tout. Manuelle Légaré — qui a remporté la première édition des Pitchs de Porte Parole pour porter ce projet — monte sur scène pour la première fois. Elle ne se prétend pas actrice et l’annonce d’emblée : elle est là pour ponctuer le jeu des interprètes de sa propre narration.

Dès les premières minutes, la pièce nous projette contre un mur de réalité. On nous rappelle sans détour que l’expression « aide médicale à mourir », si polie et enveloppante, est un euphémisme pour désigner l’euthanasie. Ce rappel frappe d’emblée : au-delà de l’acronyme AMM, il s’agit de l’acte de donner la mort à un être humain. Ce dépouillement sémantique donne le ton d’une œuvre qui refuse de détourner le regard.
Physiquement, Manuelle habite un trottoir qui entoure la scène. Elle s’y promène, s’arrête, et regarde le jeu de son alter ego (interprété par la lumineuse Alice Pascual) tout comme nous, spectateurs. Ces moments où Manuelle s’adresse à la comédienne qui l’interprète m’ont vraiment émue. On sent chez elle l’exécutante, la rédactrice en chef (son métier à l’émission Tout le monde en parle) qui tente de transformer une douleur brute en action concrète. C’est un cri d’une authenticité désarmante : celui d’une femme qui doit faire « passer » sa peine par l’action.

La pièce ne laisse personne indifférent et suscite d’intenses discussions. Pour certains, l’angle peut paraître plus « contre l’AMM » que nuancé, influençant parfois la présentation de données médicales au profit de l’émotion. Pour d’autres, comme mon amie Isabelle qui m’accompagnait, ce n’est pas tant un plaidoyer contre la pratique qu’une profonde réflexion éthique. Au-delà des statistiques, j’en ressors avec cette certitude : chaque mort est unique et chacun vit son deuil selon sa propre histoire.
Ce qui bouleverse, c’est cette confrontation entre l’efficacité médicale et le besoin viscéral de rituels. Programmer l’heure exacte de la fin d’une vie crée une rupture dans le rythme naturel du départ. Ayant moi-même dû prendre cette décision difficile pour mes chiens au fil des ans, le sujet résonne d’une manière intime : ce pouvoir de vie et de mort change radicalement notre lien au deuil.

On voit d’ailleurs dans l’œuvre le poids immense que cette décision fait peser sur les proches. Manuelle semble parfois habitée par une sourde colère envers son père qui lui a mis « sa mort » entre les mains. En demandant à sa fille de décider de l’heure exacte de sa mort avec le médecin, Pierre Légaré a transféré une responsabilité colossale. Personnellement, je crois que le choix doit rester l’acte souverain du patient. Ce malaise que porte Manuelle nous rappelle que l’AMM n’est pas qu’une procédure clinique, c’est un séisme émotionnel qui redéfinit les rôles familiaux.
Ce qui distingue Club sandwich mayonnaise de n’importe quelle autre production, c’est son lien organique avec la recherche. La pièce se prolonge par un projet de thèse doctorale mené par Simon Lemyre (B.Sc. M.A.), doctorant en sciences biomédicales (éthique clinique) à l’UdeM. Ce chercheur, également co-coordonnateur du Consortium interdisciplinaire de recherche sur l’aide médicale à mourir (CIRAMM), étudie comment le théâtre transforme nos perceptions morales.

À l’achat de leur billet, le public est libre de remplir des questionnaires avant le spectacle, juste après, et même six mois plus tard. Lors des discussions d’après spectacle, l’équipe de recherche prend des notes pour capter les réactions à chaud. L’objectif est noble : comprendre si une telle œuvre peut aider à ouvrir le dialogue sur nos propres souhaits de fin de vie.
La mise en scène de François Bernier utilise des outils d’une efficacité redoutable. Le décor, bien que simple, mise sur un petit écran qui sert tour à tour de moniteur médical, de télévision pour le patient et de support visuel. L’intégration des extraits d’émissions de Pierre Légaré et de ses dernières paroles apportent un ancrage réel sans jamais tomber dans le mélodrame. On rit, on réfléchit, et l’on sort de la salle avec le sentiment d’avoir vu le sujet sous un angle radicalement différent.
Club sandwich mayonnaise est une invitation à ne pas mourir en silence. C’est une agora vivante qui prouve que le théâtre documentaire, lorsqu’il est porté par une urgence personnelle et une rigueur scientifique, reste l’un de nos meilleurs outils pour comprendre notre humanité.
Cette production de théâtre documentaire repose sur un texte de Manuelle Légaré, avec une mise en scène et une collaboration au texte de François Bernier, le tout soutenu par la dramaturgie de Mathieu Gosselin. Sur scène, l’histoire est portée par l’interprétation de Manuelle Légaré, Sylvie De Morais-Nogueira, Alice Pascual et Martin-David Peters.
La pièce est présentée à l’Usine C, à Montréal, jusqu’au 18 avril 2026. Pour plus de détails ou pour réserver vos places, vous pouvez consulter la billetterie de l’Usine C. L'engouement et l'intérêt sont tels que les billets sont rares. Mais on nous promet une tournée l’année prochaine partout au Québec.
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