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Chant, acrobaties, ombres chinoises et marionnettes se sont réunis lors de la première mondiale de l’opéra Clown(s), qui a eu lieu le 31 janvier au Théâtre Maisonneuve. Cette composition d’Ana Sokolović mise en scène par Martin Genest a condensé, en à peine une heure et quart, les étapes de la vie de la naissance jusqu’à la mort.
Entre les marionnettes de spermatozoïdes tentant de féconder un ovule, les monstres créés par l’imagination foisonnante de l’enfant, l’égocentrisme de l’adolescent, le premier amour du jeune adulte, la peine existentielle du cinquantenaire, le soulagement du retraité jusqu’au dernier souffle du mourant… tout y est. Ana Sokolović parvient à faire du clown, ce personnage pourtant si marginal et excentrique, un miroir de l’expérience humaine.
Clown(s) puise son inspiration dans la favola in musica (fable musicale), ce genre d’opéras de l’époque baroque aux changements d’humeur soudains. La composition se laisse aussi influencer par le film Les Clowns de Federico Fellini, ainsi que par des comédiens tels que Buster Keaton et Charlie Chaplin.

La distribution des chanteurs et chanteuses lyriques regroupe Aline Kutan (soprano), Mireille Lebel (mezzo-soprano), Andrew Haji (ténor) et Bruno Roy (baryton). Ceux-ci ont interprété avec succès une partition exigeante incluant plusieurs langues — français, anglais, italien, allemand, langue inventée.
En ce qui a trait aux musiciens, la compositrice a fait le choix d’une orchestration sobre, mais originale : petit ensemble de cuivres, percussions et ondes Martenot ; le tout, dirigé par le chef d’orchestre Jiří Rožeň. Ana Sokolović a incorporé dans sa pièce des rythmes irréguliers typiques des pays des Balkans. Cet orchestre miniature les performe avec une virtuosité endiablée, presque comique, qui sied à merveille à ces bonhommes au nez rouge.
Tous les interprètes étaient solides, mais j’ai vraiment été conquis par le percussionniste, Blair Mackay, et le joueur d’ondes Martenot, Wesley Shen. Blair Mackay jongle avec une dizaine de percussions avec une polyvalence redoutable. Quant à Wesley Chen, son solo douloureux qui survient au terme de la vie du clown a retenu le souffle de la salle.

Je salue aussi la multidisciplinarité du spectacle, qui apporte du sang neuf, une alternative à la forme éprouvée qu’est l’opéra. Les diverses techniques artistiques de la compagnie DynamO Théâtre s’insèrent dans les différentes étapes de la vie de façon judicieuse. Les ombres chinoises dans le tableau de l’enfance nous rappellent ces moments où nous-mêmes jouions à projeter des silhouettes de loup ou de lapin sur le mur. Les marionnettes imitant l’attitude puérile de l’adolescent ont tout autant leur place.
Dans une vidéo de présentation de l’opéra, la compositrice souligne la place centrale de la musique dans son propos. Toutefois, je dois admettre que la présence de toutes ces autres formes d’art dans cette œuvre éclipse quelque peu l’importance de cette musique-là. Aussi arrive-t-il parfois qu’on ne sache plus où donner de la tête, tant il se produit des choses sur scène. Sur ce point-là, je donne le bénéfice du doute à la compositrice en supposant que cet effet était voulu, pour souligner le tempérament chaotique et imprévisible du clown.
Je ne peux que vous recommander d’aller assister à cet opéra innovateur. Spectateurs et spectatrices trouveront sans doute en ces clowns quelqu’un à qui s’identifier. Les prochaines représentations auront lieu les 3 et 5 février à 19 h 30, et le 8 février à 14 h.
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