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Après Bonne Mère, Hafsia Herzi s’inspire du roman autofictionnel de Fatima Daas pour dresser le portrait d’une jeune fille musulmane en pleine construction identitaire. La petite dernière suit Fatima, 17 ans, partagée entre sa foi, son attachement à sa famille et l’éveil d’une sexualité qu’elle comprend à peine. Sans quitter son environnement, elle s’émancipe doucement des cadres qui l’ont façonnée.
Si Herzi aborde ce sujet avec sincérité et sensibilité, le film pâtit d’un scénario fragile et de dialogues souvent vides, qui empêchent la profondeur nécessaire à l’histoire. Les clichés s’accumulent et, malgré une interprétation plutôt nuancée des actrices, la narration peine à convaincre.
La mise en scène de La petite dernière tente d’être la plus sensible possible. Les plans, baignés d’une lumière douce et attentifs aux gestes du quotidien, cherchent à capter l’intimité de Fatima et la tension entre son monde familial et ses désirs naissants. Nadia Melliti y brille : chaque hésitation, regard fuyant, larme à l'œil et moment de peine ou de déchirement fait respirer la vérité du personnage. Sa performance bouleverse et donne au film ses rares instants de sincérité.

Pourtant, ces moments suspendus, plongés dans le silence, peinent à compenser le reste. Le scénario reste creux, trop souvent réduit à une esthétique qui lisse le fond et donne une impression de superficialité. L’histoire, prisonnière d’une vision tronquée du lesbianisme et de la foi, ne parvient pas à rendre justice à la puissance du personnage de Fatima, malgré l’interprétation remarquable de Melliti. Le film se perd dans son propre esthétisme, et ce qui pourrait être un portrait intime et sensible devient un ensemble d’images belles mais creuses.
C’est ici que le film se fissure le plus nettement. Le male gaze, pourtant dirigé par une femme, s’impose à plusieurs reprises dans la mise en scène. Le terme désigne cette manière de filmer les corps, les regards et les relations à travers une perspective masculine, une manière qui sexualise, simplifie ou fantasme l’expérience féminine plutôt que de la représenter de façon authentique. Ici, cette logique s’infiltre dans les scènes de désir, trop souvent construites comme des moments de spectacle plutôt que comme des étapes d’un cheminement intime.
Cette approche rappelle parfois le cinéma d’Abdellatif Kechiche, où l’exploration psychologique passe au second plan derrière un regard insistant sur les corps, au détriment de la nuance émotionnelle. Le résultat est un véritable ramassis de clichés lesbiens : premier rendez-vous gênant dans une voiture, soirée queer réduite à des slogans hurlés, sexualité utilisée comme seul espace d’expression émotionnelle... L’éveil de Fatima, pourtant lié à son histoire, à sa foi et à ses contradictions, aurait nécessité un traitement beaucoup plus intérieur et subtil.

Au lieu d’explorer la complexité du tiraillement entre désir et religion, ou de mettre en scène l’homophobie internalisée, la culpabilité, la quête d’appartenance, le film se contente d’aligner des scènes physiques qui font office de raccourcis narratifs. La relation entre Fatima et Ji-Na, censée structurer tout le récit, en souffre : elle existe surtout dans le geste, rarement dans la parole. Presque aucun échange profond, aucune tendresse construite, simplement des élans passionnels qui s’allument et s’éteignent sans trajectoire. Une dynamique qui affaiblit leur histoire, et laisse l’impression d’une romance écrite depuis l’extérieur, sans connaissance réelle des enjeux qu’elle implique.
Le film accumule, souvent sans s’en rendre compte, une série de représentations problématiques. Les lesbiennes y sont tour à tour prédatrices, désinvoltes, voire indifférentes au consentement de Fatima, pourtant mineure tout au long du film. L’écart d’âge entre les deux protagonistes, Fatima et Ji-Na, ne sert ni la narration ni la psychologie des personnages ; il ne fait que renforcer un tropisme déjà vu dans de nombreux récits queers hétérocentrés. Certaines scènes, comme celle du « tuto cunnilingus » ou les dialogues maladroits sur les origines (« Tu manges du chien ? »), frisent la caricature. D’autres, comme les séquences de club queer où tout le monde hurle « vive les lesbiennes » pendant de longues minutes, manquent d’incarnation, comme si la réalisatrice cherchait à cocher des cases de représentation plutôt qu’à comprendre ce qu’elles signifient réellement.

Ce qui aurait pu être un film sur la libération d’une jeune fille devient un patchwork d’images convenues, où la découverte de soi passe au second plan derrière le spectacle d’une transgression trop vite consommée.
Et pourtant, malgré ces maladresses, La petite dernière n’est jamais un film cynique. On sent le désir de bien faire, la volonté de donner la parole à une jeunesse prise entre traditions et liberté. La scène finale, bouleversante, entre Fatima et sa mère, rappelle ce qu’aurait pu être le film : un dialogue d’amour et de compréhension au-delà de la honte. Melliti y brille d’une émotion contenue, et Herzi retrouve enfin la tendresse qui faisait la force de Bonne Mère. Mais il est trop tard : ce moment de grâce ne suffit pas à effacer la frustration d’un film qui n’a jamais vraiment trouvé la voix de son héroïne.
Hafsia Herzi signe un film sincère, esthétiquement soigné et porté par une actrice exceptionnelle. Pourtant, La petite dernière laisse un goût de frustration : il manque d’authenticité et trahit une méconnaissance évidente du vécu qu’il prétend explorer. Le film observe ses personnages avec bienveillance, mais toujours de loin, sans jamais vraiment leur donner la parole ni saisir la complexité de leurs vies. Malgré ses intentions louables et sa tentative de visibilité, il peine à convaincre et laisse l’impression d’un potentiel inexploité.
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