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À l’occasion de la 24e édition des Sommets du cinéma d’animation, la Cinémathèque québécoise proposait un programme jeunesse qui avait tout d’un grand moment de cinéma. Derrière l’étiquette « dès 6 ans », le Best of Annecy Kids 2025 déployait une traversée sensorielle étonnamment dense, où les textures, les silences et les imaginaires de l’enfance devenaient les véritables fils conducteurs d’une sélection de courts métrages oscillant entre émerveillement, mélancolie et inquiétude douce.
Il y a quelque chose de profondément réconfortant dans le cinéma d’animation lorsqu’il refuse de prendre les enfants pour des spectateurs naïfs. Le programme Best of Annecy Kids 2025 semblait justement animé par cette conviction : celle que l’enfance est un territoire complexe, traversé par la peur, le deuil, l’imaginaire, la solitude, mais aussi par une capacité infinie à transformer le réel.
D’un film à l’autre, les personnages traversent des mondes en mutation : un morceau de papier cherche sa transformation dans Tsuru de Pedro Anias, un ourson tente de survivre à la disparition dans Forevergreen, des enfants creusent littéralement un passage entre les continents dans Le tunnel de la nuit. Même les œuvres les plus légères portent en elles cette idée de passage, de déplacement ou de reconstruction. Et c’est peut-être ce qui reliait si élégamment l’ensemble de cette programmation : la manière dont chaque court-métrage, malgré ses formes et techniques différentes, cherchait à capter ce moment fragile où l’enfance commence à regarder le monde autrement.
Le film qui marque le plus durablement la sélection reste sans doute Les bottes de la nuit de Pierre‑Luc Granjon. Avec son écran d’épingles hypnotique, une technique d’animation exigeante, le court métrage transforme la forêt nocturne en matière vivante, mouvante, presque tactile où chaque ombre semble respirer.
Le récit demeure volontairement simple : Eliot, un enfant incapable de dormir, s’aventure dans une forêt que les adultes lui décrivent comme inquiétante. Pourtant, le film ne cherche jamais à produire une peur frontale. Il s’intéresse plutôt à cette sensation très particulière de l’enfance où la nuit devient un espace ambigu : effrayant, certes, mais aussi profondément attirant. Pierre-Luc Granjon filme l’obscurité comme un territoire d’émotions contradictoires.

Ce qui impressionne surtout, c’est l’atmosphère. Les bruits de grillons, les mouvements de l’eau, les voix lointaines des adultes encore éveillés : tout participe à recréer cette mémoire sensorielle universelle des nuits d’enfance. Le film convoque quelque chose entre Mon voisin Totoro de Miyazaki, les vieux livres illustrés et certains souvenirs presque impossibles à verbaliser. L’histoire en elle-même importe finalement moins que ce qu’elle fait ressentir. Comme un rêve dont on aimerait prolonger la douceur étrange quelques minutes de plus.
Cette capacité à réinventer le réel traverse également Cardboard réalisé par Jean-Philippe Vine, probablement l’un des films les plus touchants du programme. Dans ce court-métrage sans dialogue, un père célibataire tente maladroitement de reconstruire une vie stable pour ses enfants après un déménagement dans un parc à roulottes. Le point de départ pourrait facilement basculer dans le misérabilisme ; pourtant, le film choisit exactement l’inverse. Les boîtes en carton deviennent des vaisseaux magiques, des fusées, des terrains d’aventure. L’imaginaire des enfants transforme la précarité matérielle en espace de création collective. Là encore, le film parle du regard : celui des adultes, prisonniers de ce qu’ils ont perdu, contre celui des enfants, capables de fabriquer un monde avec presque rien.

Ce dialogue entre mélancolie et invention se retrouve ailleurs dans la programmation. Fall Is Again, magnifique générique réalisé par les étudiants de l'école de l'image Gobelins, évoque le souvenir et le passage du temps à travers une vieille femme qui tisse littéralement sa mémoire. Tsuru, de son côté, suit un simple morceau de papier rouge en quête de métamorphose. Deux films très courts, presque minimalistes, mais qui prolongent cette idée que la transformation, physique, émotionnelle ou symbolique, est au cœur de l’enfance.
Ce qui frappait aussi dans cette sélection, c’était l’attention portée aux textures. Rarement un programme jeunesse aura autant célébré la matérialité de l’animation. Dans Le grand party annuel des créatures de la lune, le Québécois Francis Desharnais utilise lui aussi l’écran d’épingles pour imaginer une fête nocturne organisée par des créatures lunaires une fois les humains partis. En seulement trois minutes, le film réussit quelque chose de très beau : rappeler à quel point les humains occupent parfois l’espace comme s’il leur appartenait exclusivement.
Même les œuvres plus accessibles visuellement conservent cette attention tactile. Forevergreen donne presque envie de toucher l’écorce de ses arbres ; Le tunnel de la nuit joue avec des matières douces et lumineuses qui rappellent les albums illustrés ; A Walk into the Afterlife de Jiyun Jeong, avec son petit chat traversant un village coréen d'un siècle d'antan vers l’au-delà, transforme les premières lueurs du matin en peinture mouvante. Le cinéma d’animation devient alors moins un outil narratif qu’un langage sensoriel. Les films ne cherchent pas seulement à raconter des histoires : ils veulent recréer des sensations.
La majorité des courts-métrages présentés étaient sans dialogue et pourtant, aucun ne donnait l’impression d’être muet. Au contraire : les sons, les respirations, les silences et les rythmes devenaient centraux. Dans Le tunnel de la nuit réalisé par Annechien Strouven, deux enfants provenant de régions opposées du monde communiquent sans partager la même langue. Ils creusent ensemble jusqu’au pôle Nord, dans un geste absurde et magnifique qui transforme l’amitié en territoire commun. Le film résume à lui seul ce que le programme semblait chercher : créer des ponts invisibles entre des univers éloignés.

Même Big Lizard The Sea Meteorite d'Amaël Isnard et Jeanne Meister, pourtant plus comique et énergique, finit par participer à cette réflexion sur notre rapport au vivant. Derrière son humour absurde et ses créatures marines exaspérées par les humains, le film glisse une critique écologique légère mais efficace. Puis il y a Lena’s Farm : Full Nest d'Elena Walf, où un écureuil collectionneur doit finalement apprendre à partager lorsque les autres animaux perdent leur refuge. Encore une fois, le récit passe par le geste, les regards et les textures plutôt que par de longues explications.
Ce qui rendait cette séance si belle, c’est précisément qu’elle ne cherchait jamais à simplifier les émotions. Les Sommets du cinéma d’animation proposaient ici un programme capable d’accueillir la peur, le deuil, la solitude ou l’étrangeté sans jamais perdre sa tendresse.
Cette programmation rappelait surtout que les enfants comprennent beaucoup plus qu’on ne le croit : les atmosphères, les silences et cette étrange beauté des nuits d’enfance où tout semble à la fois magique et un peu inquiétant. Et parfois, les adultes aussi ont besoin qu’un film leur rappelle ce que cela faisait.
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