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Avant son entrée en scène, Wiesel a laissé la place à Neal Maxwell, un jeune humoriste suisse de la relève. Si la première partie ne déclenche pas autant de rires qu'espérés, elle se distingue par une belle énergie et quelques punchlines efficaces qui réchauffent la salle avant l'arrivée de la tête d'affiche.
C'est devant une salle comble que Thomas Wiesel fait son apparition. Amusé, il avoue être surpris de jouer à guichets fermés. Pour notre part, la surprise est moindre. Habitué de Montréal, son retour semblait presque naturellement destiné à attirer les foules. Après Thomas Wiesel, Ça va, Travaille et Bonne année, bien que ce ne soit pas l’auteur le plus folklorique côté titre, il offre ce nouveau spectacle Société écrans consacré – vous l'aurez deviné – à notre relation parfois un peu trop envahissante avec les écrans.
Comme à son habitude, Wiesel commence par se présenter avec une autodérision désarmante, presque comme s'il devait convaincre le public qu'il mérite d'être là. Un procédé particulièrement habile pour ceux qui découvrent son univers. Il précise également ne pas avoir adapté son spectacle au public québécois puisqu'il ne joue qu'une seule représentation… avant de multiplier, tout au long de la soirée, des références locales qui feront mouche.
Thomas Wiesel décortique notre dépendance aux téléphones, aux réseaux sociaux et à l'information en continu. Mais plutôt que d'adopter un discours moralisateur, il préfère observer nos contradictions avec une logique implacable. Son humour est cérébral, extrêmement précis et remarquablement documenté. Chaque sujet semble avoir été analysé sous toutes ses coutures avant d'être transformé en blague. Bien que nous suivions son travail depuis longtemps, son écriture impressionne par sa finesse. À partir de situations banales, il construit des raisonnements qui deviennent de plus en plus irrésistibles au fil des minutes.
Impossible également de passer sous silence les nombreux clins d'œil montréalais. Les célèbres nids-de-poule de la métropole, les travaux routiers ou encore certaines références politiques locales déclenchent des éclats de rire nourris. Bien qu'il affirme ne pas avoir adapté son texte, son regard extérieur sur le Québec apporte plusieurs excellentes observations ! Sa connaissance pointue sur nos influenceurs du bitume ou encore l’affaire de l’anulingus de Val-d’Or montre bien qu’il passe bel et bien 8 heures par jour sur ses écrans pour éplucher les médias francophones de tous les horizons.
Après avoir annoncé qu’il passait des heures devant des compétitions sportives, passant du soccer aux fléchettes jusqu’aux compétitions de personnes faisant des lits le plus rapidement possible, Wiesel pimente le tout en demandant à deux spectatrices choisies au hasard de raconter leurcoms plus grandes addictions aux vidéos en ligne.
Une interaction aussi spontanée qu'improbable qui donnera lieu à l'un des plus grands fous rires de la représentation lorsque les thématiques nommées sont les « glitter bomb des porch pirates » et le fait de suivre des thanatologues embaumer des corps dans différents états de décomposition. Mémorable !
Le reste du spectacle, toujours très documenté, passe par l’aspect nostalgique des anciens écrans : les téléphones Sony Ericsson, l’écriture en T9, le fait de compter le nombre de caractères utilisés avant d’envoyer un message-texte, le bruit pour se connecter à internet avec un modem en 54 kb/s.
La mise en scène, volontairement minimaliste, laisse toute la place au texte. Un micro filaire, un t-shirt blanc, un pantalon noir et très peu de déplacements : Thomas Wiesel n'a pas besoin d’artifices. Avec Société écrans, il signe un spectacle à la fois drôle, intelligent et particulièrement actuel. Son humour est toujours servie par écriture d'une rare précision.
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