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La facture minimale et le rythme effréné de la pièce Le Marteau et la Faucille, portés par le monologue du comédien multivocal Joseph Drouet, nous plongent dans l’enfer de la croissance capitaliste.
Pour sa tournée nord-américaine, le metteur en scène français Julien Gosselin remarqué lors du festival d’Avignon en 2018, présente sa pièce Le marteau et la faucille extraite d’une nouvelle éponyme de Don Delillo, l’un des auteurs les plus marquants du XXIe siècle aux États-Unis.
Dans ce pamphlet anticapitaliste aux accents surréels, le personnage principal Jerry Bradway incarne un ex-trader aujourd’hui enfermé dans un camp. Plongé dans les remords et la solitude, ce père de famille échange avec son partenaire de dortoir, un spéculateur du marché de l’art, jadis milliardaire, aujourd’hui grabataire.
Sur scène, une lumière rougeoyante tamise l’espace réduit à deux panneaux gigantesques dont un projette, en plan américain, le visage du comédien assis seul face au micro. Comme pris entre quatre murs, Joseph Drouet débite un flux de paroles sur fond de musique basse angoissante. Sa performance est d’une précision chirurgicale. Malgré le rythme haletant, aucune respiration non voulue ne s’échappe du micro. Tour à tour, il réussit aussi la prouesse vocale d’incarner le père, ses filles et le vieux détenu. Les voix altérées ou amplifiées par des effets sonores dévoilent un homme aux limites de la folie, à l’allure schizophrénique. Seul face aux spectateurs, sa logorhée et ses expressions faciales grimaçantes trahissent le visage d’une société viciée par l’argent, l’existence matérielle et la quête d’intensité.
Dans cette course en avant qui n’est pas sans rappeler l’offre et la demande de capitaux, l’écriture littéraire mute en flux boursier, percute le spectateur de toute la violence d’un système qui devient cathartique dans l’arène du théâtre. On sort de la salle à bout de souffle, transporté par la puissance des mots et l’univers hybride de Don Delillo.
Présenté le mercredi 25 septembre à l’Usine C, suivi d’une discussion avec le public.
Texte Don DeLillo
Traduction Marianne Véron
Adaptation et mise en scène Julien Gosselin
Interprétation Joseph Drouet
Scénographie Hubert Colas assisté de Andréa Baglione
Assistance à la mise en scène Maxence Vandevelde
Création musicale Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde
Conception lumières Nicolas Joubert
Conception vidéo Pierre Martin
Conception sonore Julien Feryn
Costumes Caroline Tavernier
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