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À Upton, en Montérégie, le Théâtre de la Dame de Cœur s’apprête à célébrer le demi-siècle qui s’est écoulé depuis sa création. Né en 1976 d’une initiative artistique audacieuse, le théâtre cofondé par Richard Blackburn et René Charbonneau a transformé un site abandonné en un laboratoire de création scénographique, désormais reconnu tant au Québec qu’à l’international.
Le 2 juillet marquera officiellement les 50 ans de la compagnie : cet anniversaire sera souligné avec La folle épopée de M. Paul, une production d’envergure présentée durant la saison estivale. Cette célébration vise à mettre de l’avant l’évolution d’un projet artistique qui a su rester fidèle à son intuition première : faire du théâtre autrement, en dialogue avec le territoire, l’espace et le public.
Le voleur des ombres, Théâtre de la Dame de Coeur
Cinquante ans après ses débuts, les deux cofondateurs dirigent toujours cette institution, devenue avec le temps une référence nord-américaine dans le monde de la marionnette géante. À l’occasion de cette importante étape pour le Théâtre de la Dame de Coeur, atuvu.ca s’est entretenu avec Richard Blackburn et René Charbonneau afin de revenir sur l’impressionnant parcours de cette compagnie, de ses débuts à aujourd’hui.
Quand ils quittent Montréal pour s’installer à Upton, les artistes-fondateurs ne disposent ni d’un cadre idéal ni d’une garantie de succès. Ce terrain rural étant abandonné depuis des années, les débuts de la compagnie se font dans une forme de tolérance provisoire. Ce lieu, raconte Richard Blackburn, représentait la possibilité d’explorer les manières de faire du théâtre, de créer, d’émerveiller. « On voulait vraiment trouver une nouvelle façon de pratiquer notre métier. On voulait se laisser influencer par l’environnement et s’éclater sur le plan scénographique », explique-t-il.
La montagne qui marche, Théâtre de la Dame de Coeur
S’installer à Upton n’était pas anodin ; ce choix témoigne d’une volonté de travailler dans un environnement rural, de voir comment le lieu pouvait influencer la création et de construire un lien avec la communauté locale montérégienne. Avant d’être entièrement accepté, le théâtre a dû progressivement apprivoiser son milieu. Les premières productions ont d’ailleurs servi à établir un dialogue avec les agriculteurs et les résidents de la région, d’abord méfiants devant ces artistes venus de la grande ville.
Au fil du temps, le Théâtre de la Dame de Cœur a élaboré un langage scénique singulier. Les fondateurs parlent ici d’une dramaturgie en quatre dimensions, dans laquelle l’espace devient partie intégrante du récit. Dans cette approche, les marionnettes géantes matérialisent des forces, des émotions et des images qui dépassent le réalisme. Le public assiste au spectacle avec tous ses sens ; il l’éprouve physiquement, par l’enchantement.
Les géants de l'étang, Théâtre de la Dame de Coeur
Cette démarche repose aussi sur une écriture dite intergénérationnelle. Les créations du Théâtre de la Dame de Coeur s'adressent autant aux enfants qu’aux adultes ; les plus jeunes plongent dans l’histoire par le mouvement, les couleurs et l’émerveillement, tandis que les adultes y trouvent des lectures plus profondes liées à des thématiques sensibles comme la mémoire, la transmission, le territoire ou le temps qui passe. Dans l’entrevue, les créateurs parlent de stratifier le récit afin de créer des couches de compréhension qui s'adressent aux différents publics.
En cette 50e année du Théâtre de la Dame de Coeur, le public assistera à La folle épopée de M. Paul, une production traversée par la thématique de la transmission. On y suit un ancien livreur devenu conteur, qui invente des histoires, transmettant petit à petit son imaginaire à la jeune Margot. Cette relation entre un aîné et une enfant reflète la philosophie de la compagnie ; ces 50 ans symbolisent pour les cofondateurs un moment de relais, de transfert des savoirs.
La folle épopée de M. Paul, Théâtre de la Dame de Coeur
« Ce qui nous touche, ce n’est pas seulement d’avoir duré. C’est de voir qu’une intuition artistique née dans l’élan, en région, avec des rêves un peu fous, continue encore aujourd’hui à parler au public et à se renouveler. », disent-ils.
Richard Blackburn et René Charbonneau insistent sur cette idée : ce qui est le plus précieux à leurs yeux, c’est la capacité de l’utopie d’origine à continuer d’exister, de se développer, d’évoluer, de se transformer. Aujourd’hui, l’esprit de transmission des savoir-faire des équipes de production et des marionnettistes laisse progressivement place à une relève passionnée, créative et motivée.
Derrière le caractère spectaculaire des productions du Théâtre de la Dame de Cœur se trouve une mécanique complexe, calculée et maintes fois répétée. Chaque nouveau spectacle demande environ trois ans de développement, des maquettes, des essais de mouvement, des lectures, des ajustements techniques, dans une étroite collaboration entre les artistes, les concepteurs et les artisans. Les marionnettes sont d’abord imaginées, pensées dans leur déplacement avant même d’être fabriquées. C’est un travail minutieux de longue haleine avant qu’un spectacle soit prêt à voir le jour.
Victor et le cadeau des songes, Théâtre de la Dame de Coeur
La compagnie est également reconnue pour son expertise dans la manipulation de marionnettes géantes ; les interprètes suivent un entraînement physique rigoureux, accompagnés par des spécialistes, afin de répondre aux exigences d’un jeu qui demande force, endurance, précision et coordination. La chorégraphie derrière un spectacle demande une synergie d’équipe, où chacun doit exécuter ses actions au millimètre près dans le but de créer chez la marionnette le mouvement escompté, créant ainsi une matière sensible à travers l’objet.
Les créations du Théâtre de la Dame de Coeur se sont transformées avec l’évolution des outils de production. Pour certains spectacles récents dont La folle épopée de M. Paul, les têtes des marionnettes ont été conçues en impression 3D avec des matériaux plus écologiques à base de maïs. Pour les cofondateurs, cette recherche perpétuelle d’innovation fait partie intégrante de l’identité même du Théâtre de la Dame de Coeur.
Le grand Bric-à-Brac, Théâtre de la Dame de Coeur
La compagnie a aussi répandu son expertise à travers une importante présence à internationale. Certaines productions l’ont notamment menée au Japon, à Singapour, au Mexique, en Norvège, à New York et à Washington. Le Théâtre de la Dame de Coeur a aussi été associée à des projets d’envergure pour le Cirque du Soleil et d’autres collaborations majeures à l’étranger.
Malgré la portée internationale du projet, l’ancrage local reste central. Les cofondateurs décrivent le site d’Upton comme un laboratoire vivant, un lieu de recherche, de création, de production, de médiation culturelle et de formation. Avec ses hectares de terrain, ses ateliers, ses résidences et ses bâtiments spécialisés, le théâtre constitue aujourd’hui un pôle culturel incontournable en milieu rural.
La prophétie des mouffettes, Théâtre de la Dame de Coeur
À 50 ans, le Théâtre de la Dame de Cœur se projette dans l’avenir. Richard Blackburn et René Charbonneau souhaitent transmettre ce qu’ils ont bâti à une nouvelle génération d’artistes et créateurs déjà bien présente dans l’organisation depuis plusieurs années. « Ce qui nous marque vraiment, c’est de voir que l’utopie de départ continue à pulser », conclut Richard Blackburn.
D’un terrain abandonné à un centre de création reconnu mondialement, le Théâtre de la Dame de Cœur est la preuve que l’utopie peut se matérialiser en quelque chose de grand.
Pour en savoir plus sur le théâtre, rendez-vous sur son site internet.
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