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C’est avec curiosité que j’ai assisté à cette troisième et dernière journée de festival, puisque les trois groupes que je vais vous faire découvrir m’étaient jusque-là inconnus. Heureusement, on peut toujours faire confiance à la Noce pour un menu dégustation de haute voltige !
Alors que nous arrivons sous la pluie, nos oreilles sont immédiatement intriguées par le groove de Chaude Chaleur. Leur astucieux mélange de jazz et de R&B à saveur contestataire attire rapidement l’attention d’une foule humide, puis, se sentant sans doute personnellement interpellé par l’aura tropicale du groupe, le soleil lui-même s’invite finalement à la fête.

La lascivité de la musique s’accorde tout en douceur avec la belle voix feutrée de Nomile Leclair. Je reconnais immédiatement la belle longue tresse de Mathieu Leguerrier que j’ai vu la veille au show de Belladone. Il faut quand même dire que le band est bien fourni; il n’y a pas moins de six personnes qui se partagent la scène, et pourtant la symbiose est palpable. J’ai un faible pour la guitare de Mathieu Lampron, mais entre flûte, saxophone, basse, claviers, c’est toute cette mosaïque de textures mélodico-rythmiques qui me plaît beaucoup.

Ça ne se réchauffe pas pour rien : la Chaude Chaleur en question n’est pas que sensuelle, elle est aussi brûlante de chansons engagées, osant jusqu’à s’aventurer sur des territoires peu explorés. Leclair, en lead impétueux, nous parle de son keffieh, le foulard traditionnel symbolisant la sensibilisation à la cause palestinienne, célèbre la fluidité des personnes non binaires, apporte son soutien aux personnes réduites à voler pour se nourrir, et parvient même à faire huer la CAQ… Malheureusement, le groupe tout chaud sorti du four des Francouvertes n’a pour l’instant qu’un titre disponible sur le web, Chambre noire ou encore l'enregistrement des Francouvertes, Endorphine. Pour découvrir ce que ces joyeux lurons ont à dire sur le crime de subsistance, il va falloir les suivre sur les réseaux sociaux.

Nous avons pris une petite pause de concerts en profitant des projections du Festival REGARD à la Pulperie, puis assisté à quelques unions non officielles célébrées par nul autre que Patrick Guérard (que nous connaissions comme étant le charismatique arbitre de la Ligue d’Improvisation Musicale de Montréal), avant d'être de retour à la scène Hydro-Québec pour le concert de Maten. Le groupe de blues originaire de Uashat-Maliotenam revient d’une tournée de trois ans à l’international et toute cette expérience est flagrante. C’est avec le charisme et la chimie du bord de la famille qu'on préfère (celui où le party lève et ne finit qu’au lever du soleil, celui où le mononc’ fait des blagues même pas gênantes) qu’ils provoquent une fête où on entend taper du pied les humains de 4 à 104 ans.

Mathieu McKenzie est le fils du musicien Florent Vollant et le copropriétaire de la maison de disques Makusham. Il accompagne beaucoup d’autres artistes des Premières Nations, incluant Ivan Boivin-Flamand qui offre au groupe ses solos de guitare passionnés. Mathieu McKenzie salue la présence de la chanteuse folk Kanen qui est elle aussi innue et originaire de Uashat-Maliotenam, et que j’aime beaucoup. Il l’invite à montrer au public un pas de danse autochtone tout simple, et voilà qu’un grand tourbillon dansé se déclenche. McKenzie descend dans la foule, son tambour à la main, pour se mêler à la fête.

Ce moment de connexion interculturel correspond à l’aboutissement d’une longue tournée pour Maten. Ému, le groupe prend plusieurs vidéos des gens qui dansent et s'immortalise même en photo avec la foule. C’est un moment précieux qu’ils partagent avec nous, tout en nous rappelant que là-haut, les ancêtres les observent à chaque spectacle. Ils sont fort probablement très fiers.
Pour finir, sur la magnifique scène Télé-Québec, on retrouve Yoo II avec Nolan Potter dont l'album devenu iconique dans le rock psychédélique tire son origine d’improvisations enregistrées lors d'une rencontre impromptue des musiciens au festival South by South West en 2024. Le concert se déroule entièrement sans paroles mais réussit à garder la foule hypnotisée grâce à des montées et des descentes hallucinantes et toute une variété de solos.


Encore une fois, le plaisir de jouer est évident. La foule pourrait ne pas être là du tout et les gars n’auraient pas moins de fun. Comme des acrobates du son, ils n’échangent que quelques sourires avant de sauter d’un temps à un autre, de jouer à l’unisson ou de laisser la vedette à l’un d’entre eux.

Tout ça pour dire que j’ai acheté leur vinyle à la fin du concert.
Pour retrouver toute la couverture du festival La Noce, rendez-vous sur ce lien.
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