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Le 7 juillet, la diva malienne Oumou Sangaré a ouvert la 40e édition du Festival International Nuits d'Afrique au MTELUS. Vêtue de son bazin noir et blanc, elle a offert une performance portée par son kamélé n'goni et l'énergie de ses musiciens et choristes, rappelant, quarante ans après ses débuts, qu'elle n'a rien à prouver à personne.
Le MTELUS était bien plein avant qu'Oumou Sangaré ne mette les pieds sur scène. Pour ses quarante ans, le Festival International Nuits d'Afrique aurait pu jouer la carte de la nouveauté mais il a plutôt choisi de miser sur une voix qui chante le Wassoulou depuis près de quatre décennies sans en avoir jamais changé l'accent.
C'est un artiste de grand métier, le guitariste Aboulaye Koné qui a ouvert le bal. Né en Côte d'Ivoire dans une famille de griots, formé aux percussions et à la guitare dès l'enfance au Burkina Faso, il a accompagné plusieurs grands noms de la musique ouest-africaine avant de s'installer à Montréal au début des années 2000. Il y est devenu une référence de la guitare mandingue, salué par les Conseils des arts du Canada et du Québec.
Ce soir-là, il jouait entouré de trois musiciens dont ses deux fils, Lou-Gaël Koné et Aboubakar Koné ; un jeu précis, quelques mots échangés avec le public, et cette filiation qui en disait long sur l'esprit du festival : la musique mandingue se transmet autant qu'elle se joue. Plus tard, l'artiste multidisciplinaire Tonton Idriss (aussi connu sous le nom d'Idrissa Sidibé) les a rejoints sur scène.
Oumou Sangaré est apparue, entourée de deux choristes et de six musiciens, vêtue d'un bazin noir et blanc. Le bazin, ce coton damassé lustré puis teint à la main, reste depuis des générations le tissu des grandes occasions en Afrique de l'Ouest.
Oumou Sangaré rayonnait, tout simplement. À 58 ans, fille de griotte, elle n'avait plus besoin de forcer quoi que ce soit pour capter la salle : elle a laissé sa formation installer d'abord un socle rythmique dense avant de faire entendre sa voix, ample, un peu rocailleuse dans le grave, capable de basculer en une seconde d’une émotion à une autre. Au centre du dispositif, le kamélé n'goni, cette harpe-luth à six cordes qui est l'instrument identitaire du Wassoulou, la région du sud du Mali dont elle est originaire. C'est de lui que partent toutes ses chansons.
Elle a repris les titres qui ont fait sa légende en se rapprochant du public, a cherché les regards, a dansé non pas en performeuse qui exécute une chorégraphie mais en femme que la musique traverse profondément. Ses deux choristes l'ont suivie dans cette énergie et la soirée a pris des allures de veillée collective avec un public en feu pour honorer la diva malienne.
Moussolou (les femmes, en bambara), son premier disque paru en 1989 lui avait ouvert les portes de l'international. Presque quarante ans plus tard, elle n'a rien eu à changer pour que la salle reprenne Diarabi, son hymne à l'amour, comme une évidence. Le moment le plus habité de la soirée est venu avec Minata Waraba, chantée en hommage à sa mère, la chanteuse Aminata Diakité, aujourd'hui disparue. Plus tard, Seya (la joie en bambara) a embrasé la foule, chanson précieuse du registre de la reine Sangaré pour célébrer les femmes. D’ailleurs, ses thèmes ne cessent de se réinventer ; la brièveté de la vie, le devoir de faire le bien, la place des femmes, et sur scène, ce soir-là, on sentait une femme qui a connu la douleur que son pays lui a imposée et qui choisit quand même d'en montrer le versant lumineux.
Vers la fin, elle est revenue sur ses débuts et sur son attachement au public montréalais, qu'elle dit rare dans sa fidélité à la musique malienne. Entre Bamako et Montréal, quelque chose s'est retissé et c'est peut-être ça, plus que n'importe quel refrain, qui reste de cette soirée.
Ce premier concert des quarante ans de Nuits d'Afrique aura fait plus qu'assurer le spectacle. Il a rappelé ce que le festival défend depuis 1987 : une programmation exigeante qui sait faire cohabiter les figures consacrées avec la relève qui les précède en scène comme Aboulaye Koné venu ouvrir la soirée entouré de ses deux fils. Il reste deux semaines à Montréal pour vibrer au son des musiques du continent communément appelé berceau de l’humanité. Cela dit, après un tel départ, la barre est déjà très haute.
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