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La scène musicale émergente montréalaise regorge de perles rares à découvrir. Parmi celles-ci se trouve Sofía Le Quéré-Galvis, mieux connue sous le nom de Lapelúda. Cette autrice-compositrice-interprète d’origine québéco-colombienne met au monde un projet indie folk prenant racine dans des sonorités issues de la musique traditionnelle colombienne.
Lapelúda arrive avec son univers musical délicat qui explore des thèmes comme le deuil, le choc post-traumatique et la vulnérabilité dans une certaine spiritualité bien à elle. Dansant et enveloppant, simple et grandiose, ce projet à l’image de la chanteuse promet un réconfort de tous les instants.

Le nom « Lapelúda » traduit de l’espagnol au français signifie « la poilue » ; un choix chargé de sens que l’artiste assume pleinement, mentionnant que sa signification a évolué un brin avec le temps. « Au début, c'était un genre de clin d'œil à ma tendance féministe dans le temps, vouloir affirmer l'autonomie de mon corps, vouloir avoir de l'amour pour moi-même, pour mon corps poilu, puis en faire une joke aussi. Quelque chose de léger. », explique-t-elle. Évoquant la pilosité féminine, le nom questionne les normes et les attentes imposées à nos corps. Aujourd’hui, Lapelúda y voit surtout une signature sonore qui attire l’oreille par sa musicalité, un mot qui éveille la curiosité.
Dans Caìdas, son premier album sorti en 2022, l’artiste arpentait des territoires sombres suite à des événements survenus dans sa vie personnelle. Il y était question notamment du choc post-traumatique et de la douleur qui l’accompagne, thématiques qui traversaient cette œuvre dense et intime.
Avec son plus récent EP, Entre Cielo Y Tierra paru en 2025, Lapelúda poursuit son exploration du sensible en s’intéressant cette fois-ci à la mort, à ce qu’elle révèle de la vie. « J'avais fait un cours pour devenir doula de fin de vie », raconte-t-elle. Depuis, son approche à la mort, au deuil et à la fin de vie se veut lumineuse. « Oui, on parle du deuil, de la souffrance, mais la mort, ça éclaire surtout la beauté du quotidien. Ça nous rappelle de célébrer la vie. »
Ce contraste entre gravité et légèreté se retrouve dans ses chansons à travers ses mélodies dansantes à ses paroles douloureuses ; une esthétique que l’artiste compare à certaines traditions latino-américaines où la tristesse se chante souvent sur un rythme joyeux.
La formation de doula de fin de vie suivie par l’artiste a bousculé sa vision du monde. « Je pense que tout le monde gagnerait à avoir ces outils-là », affirme-t-elle. Dans une société où tout ce qui a trait à la mort reste encore très tabou, Lapelúda plaide pour une approche collective plus consciente. « On va tous passer par là. On va tous mourir, et avoir des personnes autour de nous qui vont mourir. Pourtant, on est très peu préparés, émotionnellement et culturellement. » Elle transpose ces réflexions au cœur de sa musique, qui devient alors un espace de dialogue autour de cette étape inévitable.
Parmi ses plus récentes chansons, la version acoustique de Maldita Falta sortie en mai 2026, révèle magnifiquement sa collaboration créative avec José Lobo. Rencontrés à Montréal, les deux artistes ont développé une complicité musicale qui s’est entretenue à distance, entre le Québec et l’Espagne.
La chanson, imaginée et enregistrée initialement avec un arrangement complet, a trouvé un nouveau souffle dans sa version plus épurée.
« À chaque fois qu’on la jouait ensemble, c’était très intime avec juste deux guitares. On a voulu honorer ça. »
Accompagnés du guitariste Marcus Lowry, le duo enregistre une prise live-off-the-floor, captant la force-fragile de cet instant. Le résultat est d’une douce puissance.
Née d’un père québécois et d’une mère colombienne, Lapelúda navigue artistiquement entre ses deux identités culturelles, mentionnant qu’elle ne veut pas les réduire à des proportions fixes. « Ce n’est pas 50-50. C’est un va-et-vient constant. » Cette affirmation identitaire se reflète dans son rapport à la langue ; Lapelúda chante principalement en espagnol, en intégrant le français dans certaines pièces, et envisage d’explorer le trilinguisme dans son projet musical.
« L’espagnol, c’est la langue qui est venue naturellement quand j’ai commencé à écrire. », raconte-t-elle, mentionnant que cette manière de raconter en chanson lui est venue plus par évidence que par choix. Dans un milieu culturel québécois où la langue française occupe une place centrale, l’autrice-compositrice-interprète choisit d’écouter son instinct. « Je veux écrire dans la langue qui sert le mieux ce que j’ai à dire. » Elle cite notamment Lhasa de Sela comme une influence importante, cette artiste américano-mexicaine qui naviguait entre plusieurs langues sans compromis.
Sur scène, l’authenticité de l’artiste prend une dimension unique qui ouvre grand la porte au partage. Récemment, elle performait au Cabaret du Lion d’Or, en première partie de l’artiste Maritza. Accompagnée de guitares, elle décrit une atmosphère enveloppante, intime, propice à l’émotion. Pour adresser ses chansons au public et limiter la barrière linguistique, elle prend soin de contextualiser ses textes. « J’explique un peu entre les chansons, ça permet aux gens de se connecter autrement. »
Elle décrit une connexion touchante avec son auditoire ; après les spectacles, les témoignages affluent. « Des gens viennent me voir et me disent que ça les a touchés, que ça fait écho à ce qu’ils vivent. » Souvent chargés d’émotion, ces échanges confirment le rôle thérapeutique et un peu magique que peut jouer la musique. « On crée des petits espaces de guérison. », conclut-t-elle.
Les prochains mois s’annoncent chargés pour Lapelúda, avec plusieurs spectacles de prévus, dont une participation au festival Plus de filles sur la prog, annoncé précédemment. Au-delà de la scène locale, l’artiste souhaite élargir son public et développer le projet en Amérique latine ; une envie qui pourrait se traduire en un séjour créatif en Colombie, où elle espère tisser des liens et nourrir son art.
En plus de cette envie, elle envisage un prochain album, mentionnant la persévérance et la patience dont il faut s’armer dans le contexte actuel d’un milieu culturel où la naissance d’un projet dépend en grande partie du financement obtenu.
Une chose est certaine, Lapelúda est une artiste qui s’inscrit dans la culture avec une vision claire : celle d’une musique sincère, libre et humaine. Elle se produira d'ailleurs vendredi aux Jardins Gamelin dès 19h.
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