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Pour le dernier des deux shows exclusifs dédiés aux tubes les plus punks de leur répertoire, le légendaire groupe The Offspring a choisi le MTELUS pour offrir aux fans cette soirée de pure nostalgie. Le public a répondu présent par une soirée qui affichait complet et une énergie débordante.
Avant même le début de la première partie, la salle était déjà noire de monde. Si vous cherchiez un endroit pour vous rafraîchir, ce n’était clairement pas au MTELUS qu’il fallait se rendre.

Pour ouvrir cette soirée mémorable, l’honneur a été donné au très jeune groupe montréalais General Chaos. À à peine 16 ans, ces jeunes artistes ont démontré qu’ils avaient leur place sur la scène des plus grands et que l’avenir du punk est assuré.
Le charisme naturel de ces jeunes sur scène frappe d'emblée. Constantin Blondy, chanteur et guitariste, mène ses partenaires à la perfection et impose sa présence. Ses downstrokes sont serrés et précis, dans la plus pure tradition du punk mélodique, et malgré ses déplacements constants, pas un accroc dans le jeu ni un temps de retard sur le chant — une discipline rythmique que beaucoup de guitaristes-chanteurs n'ont pas encore à son âge. Il allume la foule comme s'il avait fait ça toute sa vie, et les morceaux s'enchaînent sous sa direction avec une prestance impressionnante pour son jeune âge.
À ses côtés, Aude Deniger, bassiste et chanteuse. La basse est souvent difficile à discerner dans un mix, noyée par des lignes qui suivent trop sagement la grosse caisse. Ce n'est pas le cas ici : ses lignes sont mobiles, presque mélodiques, de vraies contre-mélodies qui tiennent le rythme sans jamais se fondre dans la masse. Sa voix, d'abord timide et difficilement discernable — micro tatillon, ou simplement l'exercice périlleux de chanter tout en assurant des lignes de basse aussi actives — a fini par s'imposer : elle s'est transformée en supernova du punk.
J'ai été particulièrement impressionnée par le batteur Rémi Jacques. Après un bon nombre de concerts à mon actif, sa prestation fait partie de celles qui m'ont le plus laissé sans voix. Sa frappe au charleston est d'une propreté chirurgicale, ses breaks tombent toujours exactement où on les attend, et, véritable épreuve du feu pour un batteur punk, il sait accélérer sans jamais perdre un iota de tempo. Une maîtrise déjà digne des plus grands ; j'ai hâte de voir évoluer ce talent brut.
Le deuxième groupe de la soirée avait donc de grandes chaussures à remplir après ce premier passage enflammé. Le groupe Thick Glasses, lui aussi de Montréal, l'a fait sans aucun souci. Le premier point que j'ai trouvé original est la voix de Charles de Villers, chanteur et guitariste : un léger twang, une façon d'étirer certaines voyelles qui détonne agréablement avec le chant plus criard qu'on associe d'habitude au punk. Si un jour il s'ennuie du punk et souhaite se reconvertir dans la musique country, je pense qu'il s'y intégrera sans souci.
Au centre de la scène se tenaient Étienne Dubé, bassiste, et Gabriel Guimond-Mercille, batteur. Leur duo se répondait note pour note, parfaitement verrouillés dans le même groove, la basse épousant chaque accent de la grosse caisse — deux forces tranquilles entre les deux électrons libres aux guitares de chaque côté de la scène.
À ses côtés, David Roy, également chanteur et guitariste, apporte une énergie complètement différente, et c'est peut-être ça, la vraie force du duo. Là où Charles de Villers charme par sa voix presque country, Roy, lui, électrise. C'est lui qui parcourt la scène, qui pousse la foule à bouger, qui semble porter physiquement l'énergie du groupe sur ses épaules. Son jeu est d'une propreté sans faille ; pas une note hors de propos malgré tout ce mouvement et ses harmonies vocales avec de Villers se complètent à merveille : les deux voix se répondent et se soutiennent sans jamais se marcher dessus, l'une posée et texturée, l'autre plus mordante et frontale. C'est cette complémentarité qui donne au groupe cette impression de duo de chant à deux têtes, plutôt qu'un chanteur principal et son back-up.
Après deux premières parties aussi solides, The Offspring avait la tâche presque injuste d'encore monter d'un cran. Ils y sont arrivés avant même de jouer une seule note.
La salle, déjà bondée, tenait quelque chose d'assez surréaliste : voir un groupe de cette envergure dans un espace aussi intime donnait l'impression rare d'assister à quelque chose de privilégié, presque confidentiel. Le genre de configuration qu'on n'a normalement plus la chance de vivre avec un groupe de ce calibre. Et la foule le savait : à peine les musiciens apparus sur scène, c'est une ovation debout qui les a accueillis, avant même que les instruments ne soient branchés.

Le groupe l'a annoncé d'entrée de jeu : ce show ne ressemblerait à aucun autre. Une promesse qu'ils ont tenue à la lettre. Just the Punk Stuff, comme le nom de la tournée l'indique, est un retour direct aux racines les plus brutes du groupe, loin des tubes radio qu'on s'attendrait à entendre. La preuve dans le choix des chansons : Nothing from Something (pas jouée depuis 2018), Crossroads (aucune performance connue depuis 1990) et A Thousand Days (depuis 1991) ont refait surface comme autant de fantômes ressuscités pour l'occasion : de vraies pièces de collection pour quiconque suit le groupe depuis longtemps. Et il n'a fallu qu'une note pour que le parterre entier se transforme en fosse de pogos.
Autre signe que la soirée sortait de l'ordinaire : aucune barrière ne séparait la scène du public, une configuration qu'on m'a dit rarissime pour un groupe de cette stature. Résultat : les fans pouvaient monter directement sur scène pour se lancer dans la foule, dans un aller-retour constant entre la salle et les musiciens, sans que jamais rien ne déborde dans le désordre.

Difficile de mettre des mots sur le reste tant leur précision est sans faille. Après plus de trente ans de carrière, on pourrait s'attendre à une prestation plus sage, presque nostalgique. C'est tout le contraire — et pourtant, la nostalgie était bel et bien au rendez-vous, mais jamais comme un fardeau. Entre les morceaux, Dexter Holland et Kevin « Noodles » Wasserman prenaient le temps de se parler, de partager avec la foule ce que ce genre de soirée représentait pour eux : un retour aux sources, loin des sets calibrés pour les stades, où ils pouvaient enfin se permettre de jouer juste le punk pur. On sentait chez eux un plaisir sincère, presque enfantin, à revisiter ce répertoire qu'ils ne jouent jamais, comme si, après trois décennies, ils redécouvraient eux-mêmes pourquoi ils avaient commencé.
Le point d'orgue de la soirée reste ce moment, au rappel — bouclé par All I Want, Staring at the Sun et The Kids Aren't Alright — où le traditionnel « olé, olé, olé », habituellement chanté par la seule foule, a été repris par les musiciens eux-mêmes, comme s'ils faisaient, eux aussi, partie du public pour l'occasion.

En quittant le MTELUS ce soir-là, une chose était claire : cette soirée restera parmi les plus marquantes de ma vie de spectatrice. Il y a quelque chose de particulièrement rare à voir cohabiter, sur une même scène, l'énergie brute et prometteuse de jeunes musiciens de 16 ans et la maîtrise inébranlable d'un groupe qui joue ensemble depuis plus de trente ans. General Chaos et Thick Glasses ont prouvé, chacun à leur façon, que la relève du punk montréalais n'a jamais été aussi solide. Et The Offspring, en acceptant de retirer les barrières, de revisiter ses chansons les plus oubliées et de partager avec le public sa propre nostalgie, a rappelé pourquoi ce genre continue, encore aujourd'hui, à rassembler les générations. Un privilège, donc, que d'avoir été là pour ça.
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