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De ses premiers concerts à Québec, à la galerie Rouje, jusqu’à ses passages au FEQ au fil des ans, Patrick Watson a su conquérir le cœur du public québécois. Mardi, le FEQ lui a confié pour la deuxième fois une carte blanche sur les Plaines, une mission qu’il a remplie avec douceur et ingéniosité. Entre invités, surprises et clins d’œil, Patrick Watson a offert une soirée en apesanteur, portée par l’écoute et l’admiration d’un public gâté.
Hier n’était pourtant pas le 25 décembre, mais bien le 14 juillet 2026. On se serait toutefois cru au matin de Noël, tant le pianiste et chanteur s’est montré généreux dans cette seconde carte blanche. Onze ans après la première, Patrick Watson a retrouvé les Plaines d’Abraham avec toute la délicatesse que l’on associe à ses chansons, capables de nous faire traverser toute une palette d’émotions.
Patrick Watson est un prisme. Donnez-lui un faisceau de lumière, il vous donnera un arc-en-ciel. Voilà comment résumer en deux phrases le concert de mardi soir.
Après avoir ouvert avec « Gordon in the Willows », une chanson issue de son récent album Uh Oh, sur lequel figurent diverses collaborations avec des artistes tels que Klô Pelgag, Charlotte Cardin, Hohnen Ford, Martha Wainwright ou encore November Ultra, l’auteur-compositeur-interprète a invité le public dans son univers, à la rencontre de ses amis, de ses découvertes et de ses inspirations.

Alors que La Force (Ariel Engle) a accompagné Patrick Watson avec brio tout au long du spectacle, d’autres invités sont également montés sur scène. Martha Wainwright est venue interpréter House on Fire de sa voix enveloppante, puis, un peu plus tard, l’artiste londonienne Hohnen Ford s’est lancée dans Postcards avec une grâce qui collait parfaitement à la soirée. On pensera aussi à Klô Pelgag, qui, en chantant Ami imaginaire, s’est mise à courir avec Patrick Watson dans les couloirs aménagés au milieu de la foule. Impossible également de ne pas mentionner Les Louanges, qui a rejoint tout le monde sur scène en fin de soirée pour reprendre I Lost My Baby de Jean Leloup. De toute beauté.

De ses amis invités qui ont foisonné, Patrick Watson a aussi livré une partie de lui, proposant Ode to Vivian, une chanson en l’honneur de la photographe américaine Vivian Maier, dont il aime beaucoup le travail. Les clichés de cette photographe de rue décédée en 2009 étaient projetés sur les écrans géants de la scène, apportant un relief plus humain à la chanson.
En parallèle, différents médiums ont été au cœur de la soirée. Alors que des vidéos, des images et des archives ont ponctué les chansons, certaines ont également été accompagnées de performances scéniques. Dans Here Comes the River, Patrick Watson a invité l’acrobate, danseur et metteur en scène français Yoann Bourgeois pour un numéro de trampoline aux côtés d’un escalier. Ce dernier n’a cessé de gravir les marches, puis de se laisser tomber avant de recommencer son ascension, le tout dans une aisance fascinante !

Les ombres de danseuses évoluant à l’intérieur d’imposantes bulles blanches situées de chaque côté de la scène ont également accompagné Je te laisserai des mots, qui, après sa parution en 2010, est devenue en 2024 la première chanson francophone à dépasser le milliard d’écoutes sur Spotify.
Patrick Watson régale son public autant visuellement qu’auditivement et on ne peut qu’apprécier cette ouverture chaleureuse et cette douce invitation à pénétrer dans une partie de son univers. Pour le lui rendre à sa manière, le public est demeuré silencieux et attentif, si sage que l’on pouvait parfois entendre les basses du spectacle de Josman, un peu plus loin sur le site du FEQ.

Une seule ombre est venue traverser cette soirée, et elle ne venait pas de la scène, ni du ciel, mais dudit public, dont une petite partie a quitté les Plaines aussitôt Je te laisserai des mots terminée. Un peu dommage (pour eux), car les meilleurs moments restaient à venir. Une carte blanche comme celle-ci ne se refuse pas, elle se savoure, d’autant plus que la météo de l’après-midi — apocalyptique — a finalement laissé place à un ciel dégagé, offrant les conditions idéales pour une telle soirée remplie d’enchantements.
Avant que ce mardi ne se termine sur une note qui vous laisse béat, la soirée avait d’abord pris de vives allures, à commencer par la performance décapante de Les Lunatiques à 19 h 15 sur la scène Crave. Le quintette propose une musique qui joue sur différents tableaux du rock, en flirtant avec des teintes punk, funk, garage, alternatives ou encore psychédéliques.

Antoine Bourque, Juliette Drapeau, Simon Guay, François Pelletier et William Lévesque ont pris place sur scène, tous vêtus d’un casque de hockey noir et d’une combinaison à rayures noires et blanches. Ils se sont imposés comme « les arbitres du rock », pour reprendre leurs propres mots, et ça leur sied plutôt bien. Avec une énergie vorace, le groupe diffuse une musique mêlant guitares, batterie, claviers, congas ou encore bongos qui vient captiver le public. Au début de sa prestation, Les Lunatiques se dote même de danseurs en combinaison de squelette lors de Faire danser les morts. Une chose est sûre : Les Lunatiques ont fait mouche.
Vers 20 h, c’est le rappeur Lost qui a pris le contrôle de la scène Sirius XM. En véritable meneur de foule, l’artiste n’a cessé de bouger, enchaînant plusieurs de ses titres, notamment quelques morceaux de son récent album, GAMAN, tels que « Santorini » et « BWBT ». Lost propose un concert entraînant, parfait pour l'ambiance d'un festival, qui convient en tout point aux amateurs de rap désireux de vibrer et de bouger.

Finalement, ces deux prestations ont servi de défouloir, d'exutoire idéal permettant de se canaliser pour mieux apprécier la beauté du concert de Patrick Watson. En bref : une soirée relevée.
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