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Jeudi 10 septembre, à la Maison symphonique, l’Ensemble Caprice — dirigé par maestro Matthias Maute — a présenté l’opéra La Flûte enchantée, de W.A. Mozart, en version concert, avec la participation de l’Ensemble ArtChoral et de neuf solistes.
Je rappelle que cet ultime opéra de Mozart (1756-1791) a été présenté pour la première fois le 30 septembre 1791, soit deux mois avant que le génial compositeur décède, le 5 décembre, à l’âge de 35 ans seulement.
Le synopsis de cette œuvre est un joyeux et incohérent mélange de féerie, de magie, de formalisme et de farce qui propose un déroulement d’aventures invraisemblables. En résumé, Tamino tombe en amour avec la princesse Pamina, fille de la Reine de la nuit, à la seule vue de sa photo. Aidé par l’oiseleur Papageno, amoureux de Papagena, il entreprend de la délivrer des mains du malfaisant démon Sarastro, non sans devoir subir une série d’épreuves, dont il ressort vainqueur et se mérite ainsi l’amour de la belle.
D’une durée totale de quelque 2 h 15, incluant un entracte qui s’est étalé sur 25 minutes, la version concert — amputée de tous les dialogues parlés — a proposé un premier acte découpé en 9 numéros ou tableaux (en comptant l’ouverture musicale), dont 8 chantés, et un deuxième acte composé de 11 numéros (dont la marche d’ouverture, musicale seulement).
Voici tous les excellents solistes qui nous ont si bien divertis et enchantés :
Ils étaient accompagnés et soutenus par l’Ensemble Caprice (36 musiciens) — jadis fondé par le chef et flûtiste Matthias Maute — et l’Ensemble ArtChoral (16 chanteurs).
Matthias Maute, qui agissait à doubler-titre de chef d’orchestre et de présentateur, a eu la très heureuse initiative de présenter chacun des 21 numéros, verbalement en français au micro et simultanément par écrit, en anglais, sur grand écran situé au-dessus de l’orchestre. De surcroît, ses succinctes et fort appréciées présentations étaient pimentées d’humour bon enfant à l’image du propos de ce singulier opéra.

Les amateurs d’opéra ne peuvent que souhaiter la mise en œuvre d’une telle forme de présentation et s’en réjouir lors de toute représentation en version concert ; surtout lorsque le chant est en langue étrangère et que le chef d’orchestre a vraiment à cœur de ne pas laisser les spectateurs dans l’ignorance en les informant plutôt du contexte de chacun des numéros.
Seule ombre au tableau, bien qu’au chapitre de la musique et du chant l’acoustique de la Maison symphonique soit impeccable, le système de son (ou son ajustement ?) n’est pas optimum pour le discours, parce qu’un très perceptible écho nous a fait perdre nombre des paroles prononcées au micro.
Version concert oblige, sans costume, sans décor et sans accessoire, la mise en scène s’est résumée à des allers-retours des solistes de leurs chaises à leurs lutrins.
Les yeux rivés sur sa partition, un soliste est forcément moins démonstratif et son jeu en souffre. Mais il y a eu de notables exceptions, telle la soprano Suzanne Rigden qui, dans son rôle de Reine de la nuit, a glorieusement chanté ses deux arias sans support visuel, en main ou sur lutrin. Elle a été franchement impressionnante, au 2e acte, lors de son interprétation de l’exigeante, redoutable et fameuse aria « Der Hölle Rachekocht in meinem Herzen », qui se traduit par La vengeance de l’enfer bouillonne dans mon cœur. Avec cet air de bravoure, Suzanne nous a éloquemment démontré qu’elle maîtrise la technique de la vocalise et excelle dans les aiguës.
Suzanne Rigden (Reine de la nuit)Dans leurs rôles respectifs de Tamino et Papageno, le brillant ténor Colin Ainsworth et le très expressif baryton Olivier Bergeron ont très peu laissé leurs yeux s’attarder à la partition, ce qui leur a permis de nous faire profiter de leur théâtralité en plus de leur formidable voix, aussi portante qu’articulée.
Au 1er acte, Colin nous a gratifiés d’une très respectable et même enviable interprétation de la célébrissime aria « Dies Bildnis ist bezaubernd schön », c’est-à-dire Ce portrait est d’une beauté enchanteresse.
À chacune de ses prestations, Olivier Bergeron m’a semblé être en plein contrôle de son jeu et de sa voix. À mes yeux, il a incarné un jouissif Papageno.
Olivier Bergeron (Papageno)Dans son rôle de Sarastro, Mathew Li m’a généralement impressionné par la rondeur de sa voix de basse, que j’aurais cependant aimé être plus volumineuse et parfaitement contrôlée, plus audible donc, dans le bas de son registre. J’en profite, ici, pour rappeler que mon opinion n’engage que moi.
Janette Lucyk, Len Torrie et Rosalie Lane-Lépine, dans leurs rôles des trois dames et des trois garçons, ont très efficacement, et avec brio, livré la marchandise vocalement parlant, mais leur jeu a été à peu près nul du fait qu’elles étaient toutes trois dépendantes de leurs partitions, qu’elles tenaient fermement en main et ne quittaient que très brièvement des yeux.
Mesdames Anna-Sophie Neher, Pamina, et Catherine St-Arnaud, Papagena, m’ont fait forte et durable impression par la qualité, le contrôle et le volume de leur voix et en n'étant pas rivées à leurs partions. Voilà deux excellentes sopranos que j’aurai grand plaisir à réentendre.
L’Ensemble Caprice et son chef se sont surpassés, de même que l’Ensemble ArtChoral dont chaque précieuse et notable intervention a fait autorité, notamment, mais pas exclusivement, lorsque les sept chanteurs formaient le chœur des prêtres.
Je lève volontiers mon chapeau à l’ensemble de cette distribution qui, à la tombée du rideau, a obtenu une chaleureuse ovation debout amplement méritée.
Accédez au site internet de l'Ensemble Caprice pour en apprendre davantage à son sujet, consulter son calendrier et vous procurer des billets pour un prochain concert.
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