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En collaboration avec le Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), atuvu.ca ouvre ses portes à de jeunes journalistes dans le cadre du programme « Horizons, La relève médiatique en tournée des festivals », une initiative visant à faire rayonner la culture québécoise à travers le regard des jeunes en leur permettant de couvrir des festivals dans la province. Élodie Rézine se trouvait aux Concerts aux Îles du Bic et vous livre son compte-rendu des premiers jours.
Sur la 132 en direction du festival Concerts aux Îles du Bic, les questions fusaient dans mon esprit : qu’est-ce que la musique de chambre ? Vais-je m’ennuyer en écoutant de la musique classique sans paroles à longueur de journée ? Vais-je être la seule en bas de 60 ans ? Pour la dernière question, mes appréhensions étaient plutôt fondées, disons que je baissais pas mal la moyenne d’âge. Pour le reste, j’ai découvert un monde musical bien particulier, mais ô combien intéressant à entendre !
Je n’étais familière qu'avec des notions très théoriques de la musique de chambre : j’en connaissais les règles sans pour autant visualiser ce que ça donnerait en vrai. L’image que je m’étais faite dans ma tête était remplie de préjugés. Je me figurais une vaste scène sur laquelle se produiraient trois ou quatre musiciens interprétant des airs classiques, qui sont, dans mes oreilles amatrices, assez similaires les uns aux autres. Quelque chose d’inaccessible aux novices et réservé aux connaisseurs un peu snobs… De belles leçons d’ouverture d’esprit m’attendaient là-bas.
Bien que les violons, les clarinettes et les pianos font partie intégrante du décor du festival, j’y ai découvert des variantes de la musique de chambre. Échos du vivant, la toute première prestation à laquelle j’ai assisté le 1er août a bien contribué à me défaire de ce préjugé. Je me suis retrouvé à faire une marche musicale en forêt, où nous étions appelés à écouter les sons de la nature et à interpréter leur agencement avec ceux ajoutés par les artistes. Une belle manière d’amorcer le festival en ouvrant nos oreilles et nos esprits aux sons, même les plus minimes.
Mon passé de festivalière s’est plutôt construit dans des spectacles où l'audience est debout et invitée à danser. Je ne pensais pas y être incitée à celui-ci ! C’est pourtant ce que le groupe Malvenn nous a donné envie de faire en nous montrant leurs meilleurs pas de danse néo-traditionnels au rythme de leur musique. Danser une chorégraphie bretonne main dans la main avec d’autres festivaliers m’a fait vivre un beau moment d’humanité.
Autre découverte inattendue : un nouvel instrument ! Bien que je ne sois pas très au fait des subtilités du milieu, je crois avoir une bonne maîtrise des instruments de musique existants. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque le 2 août, dans l’espace-chœur de l’Église Sainte-Cécile du Bic, L’Ensemble modulaire m’a initié au synthétiseur modulaire, un instrument complexe, assemblé pièce par pièce par son propriétaire. Une fois que l’artiste a apprivoisé cette grosse machine pleine de fils et de boutons, il réussit à y jouer une myriade de sons les plus particuliers les uns que les autres, donnant l’impression d’être dans un film de science-fiction.

Bref, la musique de chambre, c’est aussi tous ces types de musicalités inattendues !
Avec mes trois années de flûte à bec au primaire, disons que mes connaissances musicales laissaient à désirer. J’ai donc exécuté ce que tout bon journaliste se doit de faire : poser des questions aux autres festivaliers. Céline m’a conseillé d’écouter comment le tempo influence mes ressentis pendant les prestations. Simon, quant à lui, m’a appris que les sons n’étaient pas que des notes, mais des choix artistiques avec une raison bien précise. Il m’a invité à essayer de deviner cette raison. « C’est ça analyser la musique », m’a-t-il dit.

Des conseils bien précieux que j’ai appliqués et qui ont contré l’ennui que je redoutais d’avoir. Je me suis même surprise à vouloir en redemander après le concert À la rencontre de Charlotte Sohy le 2 août où trois instrumentistes interprétaient ses compositions. Un moment dans lequel j’ai pu profiter des oeuvres d’une auteure oubliée de l’histoire de la musique qui jouaient pour la première fois au Canada. Je ne voulais qu’en écouter davantage ! Mais chanter le traditionnel « Olé, Olé, Olé » de rappel, c’est moins dans les codes sociaux d’un festival de musique classique.
Alors que je ne savais que faire de moi-même lors des premiers concerts, je me suis prise à observer mes voisins. Voilà qu’une dame à ma gauche fermait ses yeux. Non pas pour s’endormir, mais pour, je suppose, mieux apprécier la musique. Je me suis prêtée au jeu et j’y ai découvert un monde musical tout autre. Des images ont commencé à apparaître dans mon imaginaire. Pas un film non, mais des formes, des couleurs… de l’art finalement. J’ai finalement pu apprécier le concert d’ouverture Transfiguration à sa juste valeur.
Crédit photo : Concerts aux Îles du Bic
Les fameuses têtes blanches dont je parlais au début, eh bien j'ai bavardé avec eux ! J’y ai découvert des trésors humains de connaissances musicales. Des festivaliers, bénévoles et artistes remplis de passion pour la musique qui ne demandent qu’à la transmettre à la jeunesse afin qu’elle soit pérenne. Je suis sortie du festival avec la profonde conviction que les jeunes du Québec devraient faire comme Jean-Pierre, qui, chaque année, depuis dix ans, fait le voyage de Montréal jusqu’au Bic pour assister à ces nouvelles présentations. Selon lui, chaque année est différente, car « la musique de chambre en a assez dans le ventre pour en découvrir de nouvelles facettes chaque année ».
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