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En 1976, il y a 50 ans, le Québec, et Montréal en particulier, accueillait les Jeux olympiques d'été. Cet année-là voit aussi naître un groupe qui marquera l'histoire de la musique québécoise. D'abord connu sous le nom d'Eusèbe-Jazz, il deviendra UZEB et fera battre les cœurs quelques années plus tard, connaissant un immense succès dans les années 1980. Son parcours culminera avec le grand concert extérieur présenté au Festival International de Jazz de Montréal en 1992.
Présenté en salle à partir du 3 juillet 2026, UZEB en fusion, documentaire de Philippe Frenette-Roy, retrace le parcours de ce groupe instrumental devenu culte, qui a réussi à se tailler une place sur la scène internationale.
Lors d'une entrevue réunissant le réalisateur et les membres Paul Brochu, Michel Cusson et Alain Caron, les souvenirs entourant la formation étaient bien présents.
C'est en 2019 que Philippe Frenette-Roy entreprend un projet consacré à UZEB, un documentaire qui lui prendra sept ans à réaliser. Après deux campagnes de sociofinancement, la première en 2019 afin de financer un voyage en France, puis une seconde en novembre 2025 pour payer notamment les droits d'archives, le film est désormais entre les mains du public.
« C'était pas mal ça, l'enjeu principal du film, c'est d'être capable de payer tout ça parce que c'est fou quand même. Si on veut diffuser à l'international, ça coûte un peu plus cher », explique d'emblée le réalisateur.
Le documentaire a été réalisé de façon indépendante, ce qui lui a permi de garder le contrôle sur ce dernier.
« Je ne voulais pas qu'il y ait un producteur qui me dise “mets plus de chicane, mets plus ça”. C'était vraiment mon bébé », affirme Frenette-Roy.
Se lancer dans un tel projet a demandé du temps et de la patience. Au total, plus de 55 entrevues ont été réalisées, sans compter les nombreuses archives du groupe qu'il a fallu trier, numériser et analyser afin de raconter son histoire, de ses débuts en 1976 jusqu'à sa séparation.
« Michel [Cusson] m'a donné une boîte de cassettes, il y en avait 200, j'ai tout numérisé, j'ai tout écouté ce qu'il y avait dedans, j'ai trouvé des bibittes un peu partout », raconte-t-il.
« Durant la tournée en 1990, j'avais une caméra, j'ai eu des moments dans l'autobus, des moments que personne n'aurait », ajoute pour sa part Paul Brochu, batteur du groupe.
Philippe Frenette-Roy estime que le traitement des entrevues lui a pris près d'un an et demi. « Il fallait tout découper », explique-t-il, précisant avoir créé près de 200 dossiers, organisés par thèmes et sous-thèmes, dans lesquels il classait les extraits.
« Si Alain parle 30 secondes, "Ah ma basse", je découpais ce petit bout-là et je le mettais dans le dossier "technologie". »
Devant cette abondance de contenu, des choix « crève-cœur » se sont imposés.
« J'ai commencé le montage, c’est un autre deux ans peut-être, pour mettre ça en place. Puis j'avais une version de 6 heures, je coupais ça à 4, je coupais ça à 2, je coupais ça à 1. À un moment donné, c'était comme "qu'est-ce que je coupe?". »
Si le documentaire permet au public de replonger dans l'histoire d'UZEB et d'en apprendre davantage sur la scène jazz fusion québécoise, il a aussi ravivé des souvenirs chez les membres du groupe, parfois enfouis depuis des décennies.
« Quand on a vu le premier montage, il y a eu certains moments où on avait peut-être, moi en tout cas, j'avais peut-être un peu oublié », avoue le bassiste Alain Caron, mimant son étonnement.
« Il faut s'imaginer que, par exemple, j'ai gardé l'affiche du Festival de jazz de Paris 83, on part peut-être l'année d'après, trois mois de temps. Avec notre bagage, nos instruments de musique et notre valise, on a trois mois à vivre constamment l’un à côté de l'autre et jouer partout, rencontrer plein de gens. Mais à Paris, à chaque fois qu'on était là, c'était comme le marathon d'entrevues », se souvient le guitariste.
« J’en revenais pas, j’avais 3-4 VHS d’émissions qu'on avait faites à l'époque, que je ne me souviens même pas qu'on avait fait. Donc, c'est des beaux souvenirs, c'est quand même une tranche de vie », affirme de son côté Paul Brochu.
Le documentaire revient également sur le concert historique présenté en 1992 en extérieur dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, un an après une prestation à la Salle Wilfrid-Pelletier. Plus de 100 000 personnes ont assisté à ce spectacle mythique.
« Imagine que tu es parachuté dans une mer de monde », s'exclame Michel Cusson, encore impressionné par l'immense foule, présente parfois depuis le matin même. Pour les membres du groupe, ce souvenir est aussi empreint d'émotion, puisque Didier Lockwood et Michel Cyr, qui partageaient la scène ce soir-là, sont aujourd'hui décédés.
« C'est comme revisionner une partie de notre vie », affirme Alain Caron, qui se souvient avoir été impressionné par la masse sonore lors du test de son.
« Ça nous rappelle qu'on a fait beaucoup de choses », ajoute le batteur Paul Brochu.
Le succès international d'UZEB trouve aujourd'hui un certain écho avec celui d'Angine de Poitrine, qui a lui aussi attiré une foule monstre au Festival International de Jazz de Montréal en juillet 2026.
« La petite anecdote que je peux dire, mais je ne prends aucun crédit de ça, ils ont dit dans une interview qu’ils avaient été influencés par une de mes compositions, qui s'appelle “1-4-U” », ajoute le bassiste du groupe Alain Caron.
De son côté, Michel Cusson lie le fait que Angine de Poitrine comme UZEB auparavant, brise les codes. « Nous autres, à l'époque, on brisait les cordes avec les moyens du bord parce qu'il n'y avait pas de réseaux sociaux », poursuit-t-il.
« On était des martiens, à l'époque. Eux autres, ils viennent de Jupiter. Mais c'est extraordinaire de réussir à créer de la musique qui plaît mondialement comme ça », conclut-il.
UZEB en fusion, de Philippe Frenette-Roy, est actuellement à l'affiche.
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