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Huit ans après son dernier passage à Montréal, Orelsan a enfin retrouvé le public québécois le 11 juin au Centre Bell. Chargé d’ouvrir les Francos de Montréal, le rappeur français présentait également en avant-première canadienne son film Yoroï le même jour. Concernant son concert c’est un spectacle ambitieux mêlant musique, cinéma et récit autobiographique, une proposition immersive qui a transformé cette soirée en véritable voyage intérieur.
Dès les premières minutes, l’artiste donne le ton. Entouré de son équipe et de ses parents, il invite le public à franchir une porte vers son univers, un univers fortement inspiré du Japon, mais surtout ancré dans ses propres réflexions. Doutes, frustrations, ambitions et démons personnels deviennent les fils conducteurs d’un récit qui se déploie tout au long de la soirée.
La scénographie impressionne immédiatement. Plus proche d’un film découpé en chapitres que d’un concert traditionnel, il se construit comme une œuvre narrative. Entre projections vidéo, décors évolutifs, références à la culture japonaise et créatures inspirées du folklore nippon, le spectacle brouille volontairement les frontières entre performance musicale et théâtrale.
Le premier chapitre, intitulé « La fuite », ouvre la soirée sur une note introspective. Au fil des tableaux, Orelsan retrace les différentes étapes de son parcours artistique, de ses débuts à la fin des années 2000 jusqu’à aujourd’hui. Cette structure chronologique permet de revisiter sa carrière tout en mettant en lumière les transformations personnelles qui ont façonné son œuvre.
La force du spectacle réside justement dans cet équilibre entre confession intime et expérience collective. Alors que des morceaux comme Basique, La Pluie, Tu l’as voulu déclenchent instantanément l’enthousiasme de la foule, d’autres passages plongent le Centre Bell dans une écoute attentive, presque contemplative.
Le deuxième chapitre, « Armure », fait basculer le concert dans une dimension plus intime et introspective. On quitte l’énergie nostalgique du show pour entrer dans la tête d’Orelsan, là où le succès prend une autre forme : celle du poids, du vide après la scène, et des obligations qui s’enchaînent.
Sur scène, cette partie traduit ce contraste entre ce qu’il a voulu et ce qu’il vit maintenant. La célébrité n’est plus seulement une réussite, mais aussi une charge mentale, une distance avec lui-même. L’armure symbolise cette protection qu’il s’est construite pour tenir dans ce rythme mais qu’il ne peut plus enlever…
C’est aussi un moment où il évoque sa future paternité et le besoin de se recentrer. Il parle de ralentir, de préserver son énergie et de remettre ses proches au centre. Un passage plus calme et humain, qui montre l’envers du décor derrière la performance.
Le chapitre 3 est consacré aux yōkai et constitue sans doute l’un des moments les plus marquants de la soirée.
Dans cette partie du spectacle, un moment fort est lié à l’univers des yokai : l’un d’eux est incarné par YAME sur le titre Encore une fois. L’artiste n’était malheureusement pas présent physiquement sur scène, mais sa présence était remplacée par une projection monumentale, le représentant en géant, chantant à sa place. Cette mise en scène renforce encore l’aspect hybride du show entre réel et imaginaire, et accentue l’idée d’un univers fragmenté, presque mental.
À travers une mise en scène théâtrale soignée, des interventions vidéo et une riche symbolique inspirée du folklore japonais, ces créatures deviennent la représentation des peurs, des angoisses et des obsessions qui accompagnent chacun d’entre nous. Orelsan transforme ses propres démons en figures universelles auxquelles chacun peut facilement s’identifier.
Le dernier acte offre une conclusion plus lumineuse. Malgré les doutes qui traversent plusieurs de ses textes et les questionnements liés au succès, Orelsan choisit d’avancer. Lorsque résonnent les premières notes de Jour meilleur, des milliers de voix s’élèvent à l’unisson dans le Centre Bell. Le public cesse alors d’être simple spectateur pour devenir pleinement partie prenante du récit.
Orelsan propose une œuvre hybride où se rencontrent musique, danse, théâtre et introspection. Son retour au Québec aura laissé une impression durable : celle d’avoir assisté à un voyage spectaculaire dans l’univers de l’artiste, mais aussi dans les contradictions qui nous habitent tous.
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