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Lors des festivals, le meilleur sport à pratiquer, en dehors de la marche intensive, est sans doute de faire le grand écart entre des propositions aussi différentes les unes que les autres. Cette deuxième soirée du Festif! de Baie-Saint-Paul n'y a pas échappé, naviguant entre heavy metal, punk afro-futuriste, garage rock, électro-pop et indie pop-rock.
Seul point commun de la soirée : les costumes de scène originaux étaient de mise, particulièrement chez Ravenspell, Fulu Miziki et The Mummies. Pour bien terminer la soirée, ou commencer la nuit, selon les préférences, place aux talents québécois BéLi et Malaimé Soleil, qui ont livré des performances solides de bout en bout.
Le temps d'un concert, le Garage du Curé s'est transformé en un lieu de rassemblement métal et médiéval empreint de légendes et de mise en récit à tendance occulte. Ravenspell, groupe québécois inspiré du heavy metal des années 1980, a lancé son premier album, Obsidian King, en mars 2026. Sur scène, Ravok Blackwing (guitare), Corvax Crowhammer (basse), Volpale the Ravenous (batterie) et le chanteur Alisander the Seer (le clairvoyant) portent tous des camails, introduisant directement l'esthétique médiévale de Ravenspell.

Ce jeune groupe baigne entièrement dans un univers résolument ancré dans la fantasy. D'ailleurs, le chanteur se fait conteur, voire prophète, entre les chansons. « Citoyens, la fin est proche. [...] Repentez-vous, car ceux qui refuseront de se repentir périront dans la grande tempête de feu », a-t-il lancé au public avant Hellstorm.

Le groupe livre un heavy metal efficace qui ne réinvente pas le genre, mais l'ensemble est prometteur et suscite la curiosité. Rappelons que Ravenspell est encore jeune : il reste donc à suivre l'évolution de sa proposition.
À la Scène MicroBrasserie Charlevoix, Fulu Miziki a rapidement entraîné le public dans son univers. Le groupe originaire de la République démocratique du Congo, dont le nom signifie « le son des poubelles » en lingala, mise sur une démarche afro-futuriste et écoresponsable : costumes, masques et instruments sont ainsi fabriqués à partir de matières recyclées ou de déchets.

Si la première pièce instrumentale peine à lever l'ambiance, le groupe met rapidement du charbon dans le feu pour mettre les spectateurs dans sa poche. Sans doute la proposition la plus surprenante des deux premiers jours du Festif!, Fulu Miziki fait constamment danser le public sur des sonorités naviguant entre disco-house et soukous.

Là où la formation trouve ses limites, c'est sur le plan musical. Les instruments fabriqués à partir de matériaux de récupération donnent inévitablement lieu à un son imparfait et parfois discordant. Mais cela fait aussi partie de cette approche DIY et écologique. Fulu Miziki trouve ainsi un bel équilibre en éclipsant cette rugosité sonore par son énergie communicative.
De retour au Garage du Curé à 22 h, les momies déjantées de The Mummies offrent un court, mais marquant concert de 48 minutes. Le groupe de garage rock formé en 1988 a donné son tout premier spectacle au Québec (oui, oui !) et a laissé aussi une forte impression.

D'abord en proposant du punk et du rock bruts, mais aussi en demeurant blagueur et complètement fou par moments. « On a entendu dire que c'était un show gratuit ce soir, mais pour sortir, il va falloir payer 40 dollars », a lancé le chanteur Trent Ruane, qu'on a retrouvé un peu plus tard devant la scène, son orgue Farfisa sur les épaules... puis, quelques instants après, les pieds en l'air.

The Mummies a enchaîné les chansons à un rythme effréné et a finalement quitté la scène avec éclat à 22 h 48, pour ne jamais y revenir. Alors que la foule scandait des « olé, olé, olé » dans l'espoir de faire revenir la formation américaine, elle a finalement dû se résigner lorsque le festival a fait jouer de la musique dans les haut-parleurs.
À 23 h 45, c'est encore le début de soirée lorsque BéLi monte sur la scène SiriusXM. Ariane Béliveau, que l'on retrouve derrière le projet, conquiert rapidement le public avec sa musique électro-pop, qu'elle porte avec théâtralité et vigueur. Elle interprète des pièces de son album XUV, lancé en 2024 et qu'elle présente depuis en tournée.
Devant des spectateurs qui ont vite embarqué dans son univers, elle les encourage à continuer de sortir de chez eux et à quitter leur zone de confort, après avoir confié à quel point la présence du public à ses concerts l'émeut.
Présente au centre de la scène, de profil derrière son instrument, avec un ventilateur à ses pieds faisant voler ses cheveux, on pense rapidement à N Nao ou encore Lysandre. De GHOST à whatisenough, en passant par eyez on it, BéLi livre une performance habitée, portée par une présence scénique magnétique.
Pour clôturer la soirée, Malaimé Soleil a été l'auteur d'un gros party. « Ça va-tu ben ma gang de malade » a crié le chanteur et guitariste Francis Leclerc qui, de sa voix éraillée, débute sur L'amour en sang. Il n'en faut pas plus au public pour se faire entendre en reprenant les paroles, chose qu'il fera tout au long du concert, notamment sur Coin coin, Monotonie ou encore Tout rattraper.
Ça a brassé tandis que les basses ont fait vibrer les cages thoraciques et que les mosh pits et le crowd surfing se sont enchaînés, même pendant les chansons aux textes plus mélancoliques.
« Y est 2h du matin, le monde est saoul, mais c’est un sujet important », a fait valoir le chanteur avant d'interpréter L'élève de la douceur, dénonçant la haine envers les femmes, les personnes faisant partie de la communauté LGBTQ+ et celles marginalisées. « C’est terrible de voir ça, moi je suis en tabarnak », a-t-il ajouté sous les cris d’acquiescement du public.
Malaimé Soleil a porté un solide show qui se place dans mes coups de cœur de cette édition du Festif! de Baie-Saint-Paul.
Voici plus de photos des concerts de Fulu Miziki, Ravenspell et The Mummies prises par notre photographe Pierre Montminy.
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