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Au début des années 90, la famille Lespérance s’envolait vers la Floride, traînant avec elle les rêves de grandeur d’une génération de Québécois. Trente-trois ans après la sortie du film culte de George Mihalka, couronné à l’époque du Prix Bobine d’Or, voilà que cette folle aventure atterrit sur la scène du Théâtre du Vieux-Terrebonne pour l’été.
Si le projet s’annonçait comme le grand coup de cœur de la saison estivale, force est d’admettre que l’atterrissage, bien que sympathique, se fait parfois en douceur.
La transition du grand écran à la scène comporte son lot de défis. Surtout quand les dialogues sont presque intégralement calqués sur l’œuvre originale, ce qui est tout à fait normal, puisque ce sont les auteurs originaux, Suzette Couture et Pierre Sarrazin, qui signent cette adaptation théâtrale.

C'est l’histoire de Léo (Louis Champagne) et de sa femme Ginette (Anne-Élisabeth Bossé à Terrebonne, qui cédera sa place à Tammy Verge en tournée) qui réalisent enfin un rêve de longue date : retaper un motel délabré à Hollywood Beach. En pleine tempête de neige à Montréal, ils laissent toute leur vie passée derrière, et entraînent, bien malgré eux, leur fille Carmen ainsi que Pépère, à vivre cette nouvelle aventure…
Pourtant, malgré ces répliques célèbres et ce scénario qui a jadis fait courir les foules, l’engouement tarde un peu à s’installer dans la première moitié de la représentation.
Pourquoi ?
Le cinéma a cette capacité de nous faire grelotter sous la tempête de neige du départ et de nous faire sentir l’air salin de la plage. Sur scène, malgré un décor tropical délicieusement kitsch sous la direction de Charles Dauphinais, l’effet d’immensité et le réalisme des motels voisins s’estompent inévitablement. Peut-être faut-il être un inconditionnel pur et dur du film de 1993 pour y trouver pleinement son compte du début à la fin.
C’est plutôt du côté des planches et du jeu physique que réside la véritable force de cette proposition. Alors que le long-métrage s’appuyait sur une impressionnante distribution de vedettes, la pièce relève le pari de faire vivre près d’une vingtaine de personnages avec seulement sept artistes. Et ils font leur travail avec une belle énergie.

Didier Lucien s’avère absolument hilarant sous les traits de Roméo, un rôle astucieusement fusionné pour la scène qui met en valeur son impeccable sens du timing comique. Lauren Hartley brille en incarnant à elle seule Carmen, Lucille, Lorraine et Fernande. Gary Boudreault prête son épaule solide à Pépère, Omer et Arthur. Joakim Robillard se multiplie en Cyrille, Bob, Rhéal et le Brigand. Marc St-Martin, quant à lui, livre une performance phénoménale en enchaînant les rôles de Jay, Sylvain, Curé Caron, Rhéaume et l’ouvrier. Ses changements de costumes à vitesse grand V rivalisent de virtuosité avec les plus grands transformistes. Chapeau !
Le public finit d’ailleurs par se dérider, totalement charmé par la précision de ces sept comédiens de talent qui incarnent leurs différents personnages sans aucune équivoque. Les comédiennes et comédiens font un travail impeccable pour porter cette comédie humaine à bout de bras.

S’il ne s’agit pas de la production la plus marquante de la saison, l’escapade demeure un divertissement honnête pour les nostalgiques et les curieux. Et le public semble au rendez-vous : plus de 13 000 billets ont déjà trouvé preneur.
Après sa résidence estivale au Vieux-Terrebonne, qui se poursuit jusqu’au 7 août 2026, la production de La Florida pliera bagage pour une vaste tournée aux quatre coins de la province dès l’automne et tout au long de l’année 2027. Les snowbirds de la scène s’arrêteront notamment à Chicoutimi, Laval, Brossard, Gatineau, et s’offriront même une escale au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal le 19 février 2027.
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