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À l'occasion du Festival Juste pour Rire Montréal, Noam Sinseau a présenté son spectacle Makoumè Superstar au Gesù le 19 juillet dernier. Dès l’entrée en salle, le ton est donné : le drapeau « martiniqueer » (un mélange du drapeau de la Martinique et du drapeau des fiertés) flotte fièrement, annonçant une soirée sous le signe de l'inclusivité, de la célébration et du rire sans filtre.
La déconstruction a commencé sans attendre grâce à une première partie piquante assurée par l'humoriste suisse Julie Conti. Fidèle à l'esprit de son propre spectacle solo, bien nommé Nuances, elle a livré avec un léger manque de nuance réjouissant une démonstration hilarante sur l'importance d'ouvrir son couple... pour le bien du féminisme et la mémoire de Simone de Beauvoir ! Sa capacité à nous décoincer en ce début de soirée est tout à fait adaptée pour nous préparer au grand bain qu'est Noam.

Le titre du spectacle, Makoumè Superstar, n'a rien d'un hasard : issu du créole martiniquais où il sert d'injure homophobe, le mot est ici réapproprié avec puissance. Noam Sinseau retourne l'insulte pour en faire une bannière d'affirmation de soi.
Sur scène, le show est total : un cocktail détonant qui fusionne le stand-up et l'énergie du voguing. Dès son arrivée, Noam a imposé une présence scénique électrisante. Sa maîtrise des calembours et de la mauvaise foi nous rappelle à chaque instant que l'on a affaire à une véritable diva.

Son interaction avec le public n'a rien à envier aux plus grands cabarets parisiens. Après avoir fait lever toute la salle, Noam nous embarque dans un jeu devenu culte : « Hétéro déconstruit ou gay caché ? ». Sa bienveillance et son sens du spectacle font des merveilles : il descend dans la salle, se balade au milieu des spectateurs, exige de voir son public et crée un lien intime et jubilatoire.
Derrière l'extravagance se cache aussi un récit initiatique réjouissant. Le fil rouge du spectacle est un cri du cœur : aimez-vous, acceptez votre destin extraordinaire, et soyez au moins 1/10e aussi fabuleux que Noam Sinseau. Et il sait de quoi il parle : parti de sa petite bourgade martiniquaise de dix habitants pour aller à Paris, il déroule son parcours avec un sens du storytelling désopilant. Mention spéciale pour ses anecdotes sur le choc culturel, comme le jour où il a découvert qu'en France métropolitaine, on n'hurlait pas « ARRÊT » pour stopper un bus, mais qu'il fallait appuyer sur un petit bouton prévu à cet effet...

La mise en scène vient sublimer chaque nuance de sa performance. Lors des moments de danse et de runway, des effets stroboscopiques mettent en lumière des performances physiques impressionnantes. Mais dès que le masque tombe, le showman laisse place à un homme touchant. Les projecteurs se sont alors éteints pour n'en laisser qu'un seul braqué sur lui, soulignant avec une grande sobriété des confidences sincères et émouvantes.
Makoumè Superstar est un show complet, politique, touchant et follement drôle. Noam Sinseau y prouve qu'il est un showman hors pair et une voix incontournable du stand-up actuel. En continuant sur cette lancée, l'humoriste de seulement 27 ans met déjà une barre très haute pour la suite de sa carrière. Une claque d'énergie dont on ressort le sourire aux lèvres et le cœur rempli d'amour propre.
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