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Imaginez être debout, au milieu d'un dôme géant, juste à côté d'un vrai voilier, entouré de projections d'océan à 360° et de rafales de vent dignes d’une tempête en pleine mer. À quelques centimètres, des acrobates grimpent aux mâts, s'enroulent dans les voiles et exécutent des prouesses incroyables. C'est autant une odyssée sensorielle intense qu'une magnifique histoire de solidarité humaine.
C’est exactement l'expérience que j'ai vécue le 6 juillet dernier lors du festival Montréal Complètement Cirque.
Pour cette création inédite, la compagnie Pirate Life Adventures, menée par les concepteurs, metteurs en scène et navigateurs Alexia Gourd et Hugo Noel, a choisi un écrin hors norme : le dôme de la Société des arts technologiques (SAT) de Montréal. Ce choix scientifique et artistique est brillant. Les projections vidéo immersives à 360° enveloppent le public, enfants comme adultes, recréant l'infini de l'océan ou la fureur des éléments. Leur mentor et conseiller à la dramaturgie est Fernand Rainville.
Au centre de l’espace, pas de scène traditionnelle, mais un véritable pont de voilier grandeur nature. Les artistes y évoluent en habits de plein air, loin des costumes circassiens habituels, ce qui renforce l'authenticité de l'aventure.

Cette proximité immédiate avec le public décuple l’effet de vertige et l'impression de danger, d'autant plus que l'espace de jeu sur le bateau est restreint. On sent le vent souffler grâce à d'énormes ventilateurs installés dans la salle. On y est. On navigue avec eux. On est pris avec eux dans la tempête qui rugit!
L’idée de FLŌ n’est pas née de nulle part. Elle puise sa source dans l'expérience réelle des concepteurs, eux-mêmes habitués de la mer. Le scénario suit deux marins dont le voyage bascule lorsqu’ils croisent la route de réfugiés en détresse.
La narration enregistrée, qui guide le spectateur à travers les haut-parleurs, pose les enjeux moraux de cette rencontre avec une grande délicatesse :
« Signaler un réfugié en mer est une obligation légale. Faciliter son passage dans un autre pays constitue un crime.
5 ans de prison et 45 000 $ d'amende, par passager. »
Malgré les risques financiers et pénaux, la solidarité l’emporte. Les deux marins accueillent les trois réfugiés. C'est là que le voilier devient un espace de partage où l’on s’apprivoise, où l'on jongle avec les barrières et les objets du quotidien, comme de simples rames en équilibre.

L'ingéniosité de la mise en scène réside dans le détournement des structures mêmes du bateau, qui se transforment à vue d'œil en agrès de cirque.
La barre du voilier devient une roue Cyr qui s'anime sur l'étroit pont. Les haubans et les mâts se muent en mât chinois pour des montées d’une force herculéenne. Les grandes voiles blanches se déploient quant à elles pour des acrobaties aériennes épurées et poétiques.
Toutefois, le point culminant sensoriel du spectacle est sans conteste le numéro de mât oscillant. Une acrobate grimpe au sommet d’un mât flexible alors que la tempête fait rage sous le dôme. Le mât plie et oscille à des angles vertigineux, imitant le roulis violent du bateau. Visuellement, c'est à couper le souffle. On entend les oh! et les ah! des spectateurs. Les vagues géantes projetées à 360° semblent nous engloutir tandis que la voix hors champ résonne dans la tempête :
« Un vent qui hurle de partout et de nulle part, si fort qu'on n'entend même plus nos propres cris. »
Ça a été mon coup de cœur absolu de la soirée ! Un moment d’une beauté dramatique pure qui symbolise à lui seul la vulnérabilité de l'humain face aux forces déchaînées de la nature.

La musique, quant à elle, fait office de véritable boussole émotionnelle. Elle alterne brillamment entre des ambiances douces lors des nuits étoilées — où les artistes jonglent littéralement avec des globes lumineux imitant les étoiles — et des rythmes entraînants et dynamiques lors des moments de vie à bord.
Malgré l'immense coup de cœur pour cette proposition originale, poétique et inventive, un bémol logistique mérite d’être soulevé. Le spectacle dure 70 minutes et les spectateurs sont invités à rester debout tout au long de la représentation, disposés autour du navire. C'est long pour les jambes ! Bien que des chaises aient été offertes aux personnes à mobilité réduite, l'ajout de bancs ou de simples coussins au sol pour les enfants à l'avant aurait grandement amélioré l'expérience générale. C'était ainsi à la première représentation... Peut-être que le tout s'est amélioré par la suite.
Malheureusement, les représentations montréalaises se sont terminées le 9 juillet dernier et aucune autre date n’est annoncée pour l'instant. Pourquoi ?
Parce que FLŌ souffre de sa propre originalité : le spectacle est intimement dépendant de la technologie d’un dôme de projection immersif à 360° et requiert le transport complexe d’un voilier grandeur nature.
C’est une œuvre rare, mais gardons l'œil ouvert. La compagnie Pirate Life Adventures espère assurément pouvoir exporter ce superbe concept à l'avenir. Si vous voyez passer leur nom dans une programmation future, n'hésitez pas une seconde : laissez-vous embarquer !
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