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C'est un fait, Marjo a toujours la pêche sur scène. De son rôle de choriste dans des revues musicales à Corbeau jusqu'à sa carrière solo, la première rockeuse québécoise continue, après toutes ces années, de démontrer une fougue impressionnante sur scène. Lors de son passage au Festival en chanson de Petite-Vallée, atuvu.ca a pu s’entretenir avec la chanteuse afin de lui demander le secret de cette énergie survoltée et de discuter du silence, une composante essentielle de sa vie.
Au regard de sa vaste carrière, Marjo l'admet, elle ne s'imaginait pas accomplir tout ce qu'elle a réalisé jusqu'ici. « Toute petite, je le savais que j'étais pour chanter. Comment y arriver ? Je ne savais pas. Donc, je suis devenue secrétaire. J'ai pris un cours de secrétariat pour gagner ma vie, mais j'avais confiance. Je me disais, un jour, ça va m'arriver », se souvient Marjo.
« Je vis d’instinct, donc ça m’a toujours bien servi », remarque celle qui a été intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2023.
L’impromptu fait parfois bien les choses, et Marjo l’a appris au fil des ans. C’est sa rencontre avec l’auteur-compositeur-interprète québécois François Guy qui la propulse dans le monde de la musique, lui permettant d’occuper le rôle de choriste dans les spectacles Tout chaud, tout show et L’île en ville dans la deuxième moitié des années 1970.
« Il est arrivé, l’auteur-compositeur François Guy, qui aujourd’hui est décédé, qui montait des revues musicales, qui visitait mon chum photographe [et] qui connaissait tout le milieu artistique. […] Et puis, François racontait à Pierre [Dury], “Ah ben là, je me cherche de nouvelles têtes !” Puis Pierre a fait “Ah ouais ? Jojo est en haut, puis elle s’ennuie. Elle ne sait pas quoi faire.” Il est monté avec sa guitare, il m’a gratté ça, puis il m’a dit “on répète demain.” Ça a commencé comme ça. Puis ça n’a jamais lâché. »
C’est finalement à la fin des années 1970 qu’elle rejoint Corbeau, prenant la relève de Pierre Harel, cofondateur du groupe avec Michel Lamothe et Roger « Wézo » Belval, qui quitte la formation. Complété par Donald Hince et Jean Millaire, le groupe de rock, devenu culte dans le paysage québécois, connaît un grand succès grâce à des chansons telles que J’lâche pas, Illégal et Ailleurs, qui continuent encore aujourd’hui de traverser les générations.
« Quand je suis rentrée dans Corbeau, j’étais avec des membres d'Offenbach. Au départ, je me disais, “hum, c’est quand même des gros mâles.” Puis non, eux autres étaient gentils avec moi, c’est des tendres, des doux. Alors moi, j’arrivais comme la petite jeune là-dedans qui ne connaît rien, mais ils m’ont tout appris dans les styles dans le rock que je ne connaissais pas », dit-elle avec reconnaissance.
À l'aube de son 73e anniversaire, Marjo conserve sur scène une énergie survoltée, comme nous avons pu le constater récemment au Festival en chanson de Petite-Vallée. De quoi se demander si l'artiste ne possède pas un secret magique pour garder une telle forme. La réponse réside toutefois davantage dans le calme que dans la magie.

« J’ai deux personnalités. C’est-à-dire que pour remplir ma pile, je suis une solitaire. J’ai pas de chien, pas de chat, pas de char, pas de chum, je suis tranquille », confie l’artiste, qui explique ne pas écouter de musique, seulement un peu de radio de temps en temps pour rester au courant de l’actualité.
Dans ses textes, Marjo puise dans son vécu et ses souvenirs, et avoue toujours s’apercevoir que le silence joue un rôle important dans sa vie, « parce qu’on vit dans un monde tumultueux ».
« Lorsque je me retrouve à la maison […], il n’y a rien. Puis, quand je repars, je repars dans la fougue. »
« Quand on s’en va [en concert], je ne joue pas de la petite musique symphonique, je m’en vais dans le rock, c’est donnant. Puis le genre de paroles aussi que j’explore, c’est de rejoindre au maximum les gens et de leur donner de la joie, de la vitalité, de jouer dans les souvenirs, le vécu. Je propose quelque chose auquel je veux qu’ils adhèrent et je pense que je réussis. »

Lors de ses passages dans les salles de spectacle de la province ou dans les festivals estivaux, Marjo réunit toujours différentes générations dans son public, un phénomène qui ne la surprend pas vraiment.
« Souvent, aux signatures d’autographes, en finale de show, je rencontre les gens, je veux voir leur face, je veux comprendre qui est là, je veux savoir c’est qui mon public. Pour moi, c’est une belle façon de les rencontrer. Et puis, on a des témoignages qui nous disent que "c’est ma fille", "c’est ma mère", "c’est ma grand-mère". La transmission est là, affirme-t-elle. Donc, c’est pour ça qu’il y a différentes générations. [Et] les chansons touchent à tout le monde, j’ai l’impression. »
La rockeuse, qui a lancé son premier album solo, Celle qui va, en 1986, admet avoir beaucoup appris grâce à l'écoute et à l'observation tout au long de sa carrière, deux qualités qu'elle encourage les jeunes artistes à cultiver.
« Regarder, écouter, c’est ce qu’on apprend là-dedans. Les plus grands que toi, tu les écoutes. Il y a des noms qui sortent, il y a une façon de faire des choses à laquelle tu n’as peut-être pas pensé, et ça fait réfléchir. »
« Je suis plutôt timide, je ne vais pas vers l'autre. Encore une fois, je suis très observatrice, je regarde. Je me nourris de ça pour mieux être celle que je suis, celle qui va. »
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