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Présenté comme le premier long-métrage de fiction canado-somalien tourné au Canada, Une tribu nommée amour de Mohamed Ahmed s’impose d’emblée comme un geste attendu et nécessaire. Mais au-delà de cette reconnaissance symbolique, le film surprend par son ambition narrative et visuelle : une histoire d’amour ancrée dans la diaspora somalienne de Toronto, qui revisite les codes de la tragédie classique pour interroger les fractures héritées, et la possibilité fragile de les dépasser.
Au cœur du récit, Farah, jeune homme partagé entre ses passions : les comics, les échecs et un amour interdit, Halima. Leur relation est immédiatement posée comme impossible, non pas pour des raisons personnelles, mais en raison de leur appartenance à des tribus différentes.

Ce qui, pour Farah, relève d’un archaïsme importé et qui ne devrait pas survivre à Toronto, structure pourtant profondément les dynamiques du quartier où quatre grandes tribus somaliennes se partagent le territoire. La référence à Roméo et Juliette n’est jamais loin, mais le film la déplace intelligemment. Ici, la tragédie ne repose pas uniquement sur des familles ennemies, mais sur une mémoire collective : celle de la guerre civile somalienne dont les répercussions continuent de façonner les relations au sein de la diaspora.
Le récit se déploie en deux temps. D’abord, l’amour adolescent, empêché, dans un contexte de tensions latentes qui finissent par exploser. La violence tribale force la famille de Farah à fuir Toronto pour Vancouver, interrompant brutalement cette première tentative d’attachement.

Puis, quatorze ans plus tard, le retour. Farah revient dans ce quartier, le coeur rempli de souvenirs, avec un objectif concret : sauver le restaurant de sa tante. Ce retour agit comme un déclencheur narratif, réactivant à la fois les tensions passées et les émotions laissées en suspens. Cette structure permet au film de jouer sur la mémoire, sur ce qui persiste malgré le temps et sur la difficulté de réellement quitter un héritage, même à distance.
L’un des aspects les plus marquants du film réside dans son univers visuel. Une tribu nommée amour assume pleinement une esthétique hybride, où l’influence des comics se fait sentir dans les couleurs, les contrastes, et certains choix de mise en scène. Ce mélange aurait pu sembler disparate, mais il fonctionne étonnamment bien, donnant au film une identité visuelle forte. La photographie s’inscrit dans une filiation visuelle propre aux débuts du numérique, où le grain, les couleurs chaudes et un léger effet de diffusion produisent une image à la fois douce et tactile, conférant aux scènes une profondeur émotionnelle singulière.
Les cadrages sont précis, la lumière souvent stylisée, le grain rappelle et l’intégration d’éléments graphiques, notamment des dessins, enrichit le récit en lui apportant une dimension presque subjective. Chaque plan semble travaillé pour produire un effet, sans jamais tomber dans la surcharge.
Le film repose largement sur la crédibilité de son couple central et sur ce point, il réussit pleinement. Dalmar Abuzeid incarne Farah avec justesse, oscillant entre détermination face à ses objectifs et vulnérabilité. Avec lui, Feaven Abera apporte à Halima une présence à la fois lumineuse et contenue. Leur alchimie est indéniable, et constitue l’un des moteurs émotionnels du film.

Les versions plus jeunes des personnages, interprétées par Ahmed Ibrahim et Muntaha Mohamed, participent également à cette cohérence, donnant au récit une continuité sensible entre passé et présent. Enfin, il est nécessaire de souligner la présence de Guled Abdi, particulièrement intéressant dans un registre plus dramatique que celui auquel il nous a habitués. Ce déplacement de jeu apporte une profondeur supplémentaire à l’ensemble.

Là où le film trouve une véritable singularité, c’est dans sa manière d’aborder le tribalisme au sein de la diaspora. Il ne s’agit pas d’un simple décor narratif, mais d’un système de tensions qui structure les relations, les territoires, les appartenances. Le film met en lumière la manière dont des décennies de conflit en Somalie continuent de se manifester ailleurs, notamment sous forme de rivalités de quartier ou de violences symboliques et physiques.

Mais Une tribu nommée amour évite soigneusement l’écueil du trauma porn. La violence est présente, mais elle n’est jamais exploitée pour elle-même, pour tomber dans le pathos. Ce qui intéresse Mohamed Ahmed, c’est la fine possibilité de dépasser ces divisions et c’est de cette façon que l’histoire d’amour prend tout son sens : elle n’agit pas comme un simple ressort narratif, mais comme une tentative de rupture avec ces héritages.
Le film impressionne par son ambition thématique, narrative, esthétique. Pour un premier long-métrage, la maîtrise est indéniable mais, cela dit, certaines faiblesses subsistent. Par moments, le film semble vouloir embrasser trop d’enjeux à la fois entre histoire d’amour, réflexion politique, exploration communautaire sans toujours leur accorder un développement équivalent. Certaines transitions, notamment dans le passage entre les deux temporalités, auraient gagné à être davantage fluidifiées. Malgré tout, ces hésitations restent marginales au regard de la cohérence globale du projet.
Une tribu nommée amour est un premier film remarquable, à la fois ancré dans une réalité sociale précise et ouvert à une forme de stylisation audacieuse. Rafraîchissant dans sa proposition, porté par des performances solides et une direction artistique affirmée, il marque une étape importante dans le paysage du cinéma canadien. Imparfait, parfois inégal, mais profondément sincère et habité, c’est un film qui ne se contente pas d’exister : il affirme, avec force et nuance, la nécessité de raconter autrement.
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