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Les idées - combattantes, oubliées et parfois refoulées – liées à l’indépendantisme du Québec sont au centre de Se fondre, le cinquième long métrage du réalisateur Simon Lavoie. Le film met de l’avant un mariage singulier de genres cinématographiques qui trouve tout son sens lorsque mis à l’écran.
Six détenus politiques québécois, tous dans la soixantaine, peinent leur sentence à vie dans une prison anglophone aux conditions exécrables. Tour à tour, ces hommes et femmes décèdent, trouvés sans vie sur la toilette de leur cellule, au matin. Au fil du récit, les raisons masquées de l’enfermement de ces personnages et de leur décès seront habilement et intimement liées.
Jonglant entre les codes stylistiques de différents genres cinématographiques, Se fondre présente au-delà de son apparence thriller-horreur un fort sous-texte au ton nationaliste.
Cette constante saveur d’indépendantiste se fait sentir dans différents pans de l’œuvre. Lors de la première moitié du long métrage, l’un des prisonniers, interprété par Jean-François Casabonne, s’exprime presque entièrement en citations d’illustres auteurs québécois.
Les mots d’Anne Hébert, d’André Laurendeau, de Hubert Aquin et de Maurice Séguin deviennent ceux du prisonnier : une poésie francophone qui suit le thème de révolutionnaire que Simon Lavoie inclut souvent dans ses films. Les révolutions, aux formes variées, sont notamment au cœur de Le Torrent (2012) et Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau (2016).
Se fondre passe de l’horreur à la science-fiction (on soulignera l’animation plutôt réussie d’un certain ver, garant de faire naître une moue de dédain sur le visage du téléspectateur à chaque apparition), mais accentue son œuvre de codes empruntés à d’autres genres, dont le cinéma muet.
On tait volontairement les paroles de certains personnages; tous anglais, exclusivement. Dans la prison, l’identité québécoise se doit d’être refoulée, cachée, mais la réalisation choisit d’exclure de son film presque toute trace de la langue de Shakespeare. Les gardes anglophones ne sont pas entendus, leur dialogue étant écrit à l’écran sur un fond noir comme le feraient les classiques du cinéma muet.
Ces clins d’œil à un cinéma d’autrefois ne passent pas que par ce dialogue éclipsé. Les images arborent une certaine imperfection : elles ne sont pas tout à fait nettoyées, elles comportent un grain ou des poussières visibles, etc. Tant de choix techniques qui font échos à une ancienne manière de filmer, et qui reflètent le caractère vrai et difficile du combat sourd et ravalé que mènent les détenus.
Si la lenteur contemplative du film, accompagnée d’une répétition narrative qui martèle les thèmes présentés, devient parfois lassante, elle s’explique et se comprend néanmoins par sa cohérence avec le reste des choix techniques qui composent l’œuvre.
Se Fondre, distribué par K-Films Amérique, prendra l'affiche dès le 28 juin 2024 au Québec.
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