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La dixième édition de la Série hommage du Cirque du Soleil à l’Amphithéâtre Cogeco est un coup de maître. Présentée jusqu’au 15 août, cette création marie la fougue indisciplinée de Jean Leloup à l’excellence circassienne dans un feu d’artifice visuel, acrobatique et sonore. Le problème ? C’est déjà complet ! Mais voici pourquoi ce spectacle restera dans les annales.
La première médiatique s’est d’ailleurs déroulée sous une électrisante bienveillance, marquée par la présence de Leloup lui-même, venu applaudir les 27 artistes sur scène.
Crédit photo : Cyrille Farré
Même sans être la plus grande admiratrice de Jean Leloup, bien que je connaisse ses plus grands succès, j’ai été complètement happée. Pour marquer ce dixième opus, la metteuse en scène Marie-Ève Milot et le directeur musical Jean-Phi Goncalves ont réussi un pari audacieux : canaliser le chaos, la tendresse rebelle et la poésie brute du Roi Ponpon.
Dès qu’on prend place sous la majestueuse structure de l’Amphithéâtre Cogeco, le visuel saisit. On imagine la scène devenue une forêt avec d’immenses herbes géantes faites de structures gonflables monochromes vertes. L’échelle du décor est ainsi redéfinie : les artistes y semblent parfois microscopiques, faisant penser aux célèbres Fourmis de l’artiste. Au fond du plateau trône une vieille voiture de police abandonnée, couverte de graffitis, prête à servir de tremplin aux acrobates.
Crédit photo : Marie-Andrée Lemire
Côté musique, les chansons ne sont pas simplement projetées à partir des enregistrements de Leloup; le directeur musical Jean-Phi Goncalves a réalisé un véritable travail d’orfèvre en réarrangeant les pièces mythiques de l’artiste.
Crédit photo : Marie-Andrée Lemire
Sur scène, un guitariste charismatique incarne le Roi Ponpon et mène un band imaginaire. Il est appuyé par l’extravagant personnage de L’Enfant-Fou, qui déambule à monocycle et fait du lip-sync désopilant sur un collage d’onomatopées, de rires et d’éclats de voix originaux de Leloup (Laisse-toi haller, Je suis un cow-boy, Isabelle, je te déteste !).
Des cuivres percutants, des cordes enveloppantes et la voix d’Ines Talbi venant enrichir celle de Leloup sur La Chambre donnant un souffle nouveau à un répertoire déjà colossal. De Le Dôme à L’amour est sans pitié, en passant par Sang d’encre, 1990, I Lost My Baby, Les Fourmis, Balade à Toronto et À Paradis City, la bande sonore est d’une puissance telle qu’on prie pour la sortie d’un album officiel !
Ayant vu d’innombrables spectacles de cirque au fil des décennies, je peux vous assurer que l’originalité et le degré de dangerosité de plusieurs numéros m’ont laissée bouche bée :
Crédit photo : Marie-Andrée Lemire
Crédit photo : Marie-Andrée Lemire
Ajoutez à cela une omniprésence de la danse, des éclairages chaotiques, mais sublimement maîtrisés, et des costumes éclatés qui mêlent textures, plumes et clins d’œil cachés aux textes de l’artiste : l’ensemble offre une richesse visuelle tout simplement éblouissante.
Grande nouveauté pour ce dixième anniversaire, le Cirque propose une expérience immersive inédite intitulée Nos cent toucans. Moyennant 380 $ la paire (soit un supplément d’environ 70 $ par rapport aux meilleures places en salle), 80 spectateurs privilégiés s’assoient directement sur les gradins intégrés au décor de la scène.
Accueillis plus tôt avec cocktail et accessoires costumés, sac cadeau-souvenir et stationnement VIP, ces Toucans d’un soir deviennent un décor vivant, participant même à quelques pas de danse chorégraphiés pendant Paradis City. Ce public privilégié observe de près le souffle et les muscles des athlètes, et vit assurément une expérience exceptionnelle pour des super-fans. Cependant, mon regard de spectatrice m’amène à conclure que pour embrasser toute la magie du récit, la salle demeure le siège de choix.
En tant que scientifique, je salue particulièrement le travail d’ingénierie verte derrière la conception des décors. En partenariat avec l’organisme Écoscéno, l’équipe a réussi l’exploit d’analyser 23 700 kg de matériaux : 96 % s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire et plus de 70 % proviennent du réemploi. Faire de l’art grandiose tout en laissant une empreinte écologique plus légère, c’est tout simplement brillant.
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