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Il y a des films qui vous prennent aux tripes avant même la première réplique. El Diablo Fuma (y guarda las cabezas de los cerillos quemados en la misma caja) d’Ernesto Martínez Bucio en fait partie. À travers le regard de cinq enfants livrés à eux-mêmes enfermés dans la maison de leur grand-mère délirante, le film explore la peur, la solitude et la résilience dans un Mexique des années 1990 à la fois réaliste et fantasmé.
Oscillant entre frayeur, poésie et émerveillement, le film installe un vertige où l’angoisse et l’innocence se mêlent, où le quotidien devient une expérience sensorielle intense, et où la réalité se fissure pour laisser place à un monde tremblant, étrange et hypnotique.
La maison est bien plus qu’un décor : elle est un organisme vivant, étouffant et mouvant. Chaque plan, chaque détail, chaque morceau de plancher qui grince ou rideau qui tremble participe à créer une atmosphère de tension permanente. Les rubans tue-mouche suspendus au plafond, les journaux collés aux fenêtres, les bougies vacillantes et les jeux d’ombres projetés sur les murs transforment le quotidien en un théâtre sensoriel. La caméra, souvent basse et à hauteur d’enfant, amplifie l’impression de claustrophobie : chaque pièce de cette maison surchargée devient un espace à la fois protecteur et menaçant, chaque recoin porte le frisson de la peur ou l’éclat d’une découverte.

Romana, la grand-mère, hante cet espace comme un spectre tourmenté. Ses psychoses et ses visions font basculer le foyer dans un équilibre instable entre réel et hallucination : elle parle du diable, s’alarme de dangers invisibles, se perd dans des gestes compulsifs et des rituels obsessionnels. Elle n’est ni malveillante ni rassurante, mais sa présence amplifie l’angoisse et la fragilité des enfants. Sa paranoïa rend chaque bruit, chaque intrusion potentielle plus menaçante et crée un vertige permanent. Pourtant, cette intensité dramatique contraste avec la capacité des enfants à s’adapter et à inventer des stratégies pour survivre, donnant au film une dimension poétique et sensorielle, où la peur et la créativité coexistent.
La figure du pape traverse le récit comme un fil symbolique, oscillant entre réel et imaginaire. Quand il apparaît à la télévision, une des petites embrasse l’écran, fascinée par cette figure lointaine et protectrice, et confie plus tard qu’elle rêve de devenir pape quand elle sera grande. Les images d’archives de leur vie d’avant, plus lumineuses et tendres, accentuent le contraste avec le huis clos actuel et rappellent la continuité d’un monde extérieur qui existe encore mais reste inaccessible. Le pape devient ainsi un symbole d’ordre, de sécurité et d’idéal, une présence récurrente qui structure les rituels et les imaginaires des enfants dans un espace où la réalité vacille.

Le film traite les absences parentales avec une subtilité rare. Judith, la mère, disparaît au milieu de la nuit, sans prévenir ni dire au revoir. Son départ est silencieux, presque spectral, laissant un vide que le spectateur perçoit autant qu’il le ressent. Emiliano, le père, part à sa recherche sans que le motif exact soit expliqué. Le récit ne cherche jamais à clarifier la raison de ces départs et, pourtant, les enfants ne semblent pas traumatisés de manière dramatique. Cette gestion elliptique de l’absence renforce le réalisme du film : le monde des enfants continue malgré les changements brutaux et incompréhensibles, et leur adaptation devient une forme de résistance.

Cette absence crée un espace narratif riche : les enfants inventent des règles, des jeux et des rituels pour donner du sens à leur quotidien instable. Creuser un trou dans le mur pour observer l’extérieur, parler au diable à la bougie ou s’inventer des scénarios à partir des objets de la maison devient autant de stratégies pour occuper l’espace et reprendre le contrôle d’un monde qui les dépasse. Les flashbacks et les images d’archives montrent un passé plus lumineux, presque nostalgique, où la vie familiale semblait cohérente, renforçant la mélancolie et le vertige de la situation actuelle. Les départs parentaux, malgré leur mystère, servent de moteur dramatique pour l’inventivité et la solidarité des enfants, et traduisent avec subtilité leur étonnante résilience face à l’incompréhensible.
La frontière entre réel et fantastique est constamment poreuse. Les psychoses de Romana et ses rituels paranoïaques et le huis clos oppressant de cette maison sale, aux fenêtres condamnées qui ne laissent pas entrer les rayons du soleil créent un monde où le quotidien semble à la fois concret et irréel. Les enfants vivent et interprètent la peur avec des rituels qui transforment leur quotidien en espace presque magique : prières murmurées, bougies allumées, jeux à travers le trou du mur, dialogues avec le diable ou interactions avec la télévision.
Le fantastique s’infiltre par touches discrètes mais puissantes : la bougie qui vacille, les mains surgissant de l’ombre, la figure récurrente du pape, symbole de protection et de transcendance. La mise en scène sensorielle, la photographie sépia brûlée, les plans glitchés et les images d’archives évoquent la fragilité de la mémoire, la discontinuité des souvenirs et le vertige d’une enfance suspendue entre l’angoisse et la poésie. Le monde extérieur, avec ses tensions sociales et sa pauvreté, se devine plutôt qu’il ne s’impose, laissant l’espace narratif entièrement aux perceptions des enfants. L’expérience est totale : le spectateur ressent chaque souffle, chaque frisson et chaque geste comme si la maison devenait elle aussi un corps vivant, vibrant au rythme des peurs et des émerveillements des enfants.

El Diablo Fuma (y guarda las cabezas de los cerillos quemados en la misma caja) est un vertige sensoriel et émotionnel rare, où la fragilité de l’enfance, les absences mystérieuses des parents, les psychoses de la grand-mère et la figure récurrente du pape se mêlent pour créer un récit hypnotique et poétique. Ernesto Martínez Bucio signe un premier long métrage bouleversant, où chaque geste, chaque souffle, chaque détail transforme l’ordinaire en expérience immersive, et où la tension, la beauté et la magie persistent longtemps après la dernière image.
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